Saint Augustin d'Hippone, docteur de la grâce

Fête
28 août
Vie
354 - 430
Patron(ne) de
théologiens, imprimeurs, brasseurs
Pères Église docteur Afrique Ve siècle conversion
Saint Augustin d'Hippone en tenue d'évêque tenant un livre et un cœur enflammé
Didier Descouens• CC BY-SA 4.0

Qui était saint Augustin d’Hippone ?

Saint Augustin d’Hippone reste l’une des figures les plus monumentales du christianisme et de la pensée occidentale. Né en 354 à Thagaste, dans l’actuelle Algérie, mort en 430 à Hippone assiégée par les Vandales, il traversa l’un des siècles les plus tumultueux de l’Empire romain. Père et docteur de l’Église, on le désigne comme le « docteur de la grâce » pour sa contribution décisive à la théologie du salut. Son parcours, de la vie dissolue de sa jeunesse à sa conversion retentissante sous l’influence de sa mère sainte Monique et de l’évêque saint Ambroise de Milan, demeure l’un des récits de conversion les plus célèbres jamais écrits. Auteur des Confessions, premier grand récit autobiographique de la littérature occidentale, et de La Cité de Dieu, œuvre magistrale de philosophie de l’histoire, Augustin a façonné durablement la théologie, la philosophie et la politique du monde chrétien. Patron des théologiens, des imprimeurs et des brasseurs, il est fêté le 28 août.

L’Afrique romaine au IVe siècle

Un monde entre grandeur et déclin

Saint Augustin vécut à une époque charnière. Le IVe siècle marqua simultanément le triomphe officiel du christianisme dans l’Empire romain, depuis l’édit de Milan en 313, et les premiers signes du déclin irréversible de la puissance romaine en Occident. L’Afrique du Nord, province prospère et profondément romanisée, comptait parmi les centres intellectuels et religieux les plus dynamiques de l’Empire. Carthage, Hippone, Thagaste abritaient des écoles de rhétorique réputées, des communautés chrétiennes florissantes et une vie culturelle intense. Mais cette Afrique romaine était traversée de tensions profondes. Les querelles théologiques opposaient catholiques, donatistes et manichéens, tandis que les populations berbères autochtones entretenaient des rapports complexes avec la culture romaine dominante.

L’Empire lui-même était en pleine mutation. Divisé administrativement depuis la fin du IIIe siècle, fragilisé par les invasions barbares et les crises économiques, il tentait de maintenir l’unité d’un monde de plus en plus fragmenté. Le christianisme, devenu religion d’État sous Théodose Ier en 380, assumait la fonction nouvelle de ciment social et culturel. C’est dans ce contexte de grandeur déclinante et de renouveau spirituel qu’Augustin grandit, étudia, se convertit et exerça son ministère épiscopal. La chute de Rome en 410, événement traumatisant pour tout le monde antique, inspira directement la rédaction de La Cité de Dieu. Augustin y proposa une vision chrétienne de l’histoire qui transcendait le destin des empires terrestres. Son œuvre fut forgée dans le creuset des bouleversements qui marquèrent la fin de l’Antiquité et l’aube du Moyen Âge.

Vie et enfance de saint Augustin

Une jeunesse entre deux mondes

Aurelius Augustinus naquit le 13 novembre 354 à Thagaste (aujourd’hui Souk Ahras, en Algérie), petite ville de la province romaine de Numidie. Son père, Patricius, était un notable païen de condition modeste. Il ne se convertit au christianisme que sur son lit de mort. Sa mère, Monique, était en revanche une chrétienne fervente et résolue, dont la piété et la persévérance dans la prière allaient exercer une influence décisive sur le destin de son fils. Augustin, l’aîné de plusieurs enfants, fut inscrit comme catéchumène par les soins de sa mère, sans toutefois recevoir le baptême, selon l’usage de l’époque.

Le jeune garçon manifesta très tôt une intelligence exceptionnelle. Après des études primaires à Thagaste, il fut envoyé à Madaure puis à Carthage pour y étudier la rhétorique, discipline reine de l’éducation romaine. Carthage, grande métropole cosmopolite, offrit au jeune provincial un monde de séductions intellectuelles et sensuelles. Augustin s’y plongea avec avidité. Il prit une concubine, dont il eut un fils nommé Adéodat (« donné par Dieu »), et fréquenta les spectacles du théâtre et du cirque. Ses Confessions relatent avec une honnêteté saisissante les passions et les errements de cette jeunesse ardente.

La quête intellectuelle, du manichéisme au néoplatonisme

Sur le plan intellectuel, le jeune Augustin cherchait passionnément la vérité. La lecture de l’Hortensius de Cicéron, un dialogue aujourd’hui perdu consacré à l’amour de la sagesse, provoqua en lui un éveil philosophique profond. Mais le style de la Bible latine, qu’il jugeait barbare et indigne d’un lettré, le détourna du christianisme. Il adhéra alors au manichéisme, religion dualiste fondée par le prophète Mani au IIIe siècle, qui proposait une explication séduisante du problème du mal en opposant deux principes cosmiques, la Lumière et les Ténèbres. Pendant près de neuf ans, Augustin fut « auditeur » manichéen, séduit par la prétention de cette doctrine à fournir une explication rationnelle de l’univers. Ses rencontres avec les maîtres manichéens, notamment l’évêque Fauste de Milève, le laissèrent pourtant profondément déçu par la superficialité de leurs réponses.

Augustin traversa ensuite une période de scepticisme académique sous l’influence de la Nouvelle Académie de Carnéade, avant de découvrir les écrits néoplatoniciens de Plotin et Porphyre, traduits en latin par Marius Victorinus. Cette découverte fut pour lui une révélation intellectuelle majeure. Le néoplatonisme lui offrait une conception spirituelle de la réalité qui le libérait du matérialisme manichéen et lui ouvrait la voie vers une compréhension plus profonde de Dieu.

La conversion, « Prends et lis »

Sainte Monique et saint Ambroise

La conversion d’Augustin ne fut pas un événement soudain. Elle fut l’aboutissement d’un long cheminement intérieur, soutenu par la prière incessante de sa mère Monique. Celle-ci avait suivi son fils de Thagaste à Carthage, puis de Carthage à Rome et enfin à Milan, où Augustin avait obtenu la prestigieuse chaire de rhétorique impériale. À Milan, deux rencontres furent déterminantes. La première fut celle de l’évêque saint Ambroise, dont l’éloquence et l’interprétation allégorique des Écritures dissipèrent les objections intellectuelles qu’Augustin nourrissait contre le christianisme. La seconde fut celle du vieux prêtre Simplicianus, qui lui raconta la conversion de Marius Victorinus, célèbre rhéteur néoplatonicien devenu chrétien. Ce récit toucha profondément Augustin en lui montrant qu’un intellectuel pouvait embrasser la foi sans renoncer à la raison.

La scène décisive se déroula en août 386, dans le jardin de la maison qu’Augustin partageait à Milan avec son ami Alypius. En proie à un déchirement intérieur entre sa soif de vérité et son incapacité à rompre avec ses habitudes anciennes, Augustin entendit une voix d’enfant chantant : « Tolle, lege ! Tolle, lege ! » (« Prends et lis ! Prends et lis ! »). Il saisit le livre des Épîtres de saint Paul et lut le premier passage sur lequel ses yeux se posèrent : « Pas de ripailles ni d’orgies, pas de coucheries ni de débauches, pas de querelles ni de jalousies. Revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ » (Romains 13, 13-14). En un instant, toutes ses hésitations se dissipèrent. Il décida de se convertir et de recevoir le baptême. Monique, en apprenant la nouvelle, pleura de joie. Augustin fut baptisé par saint Ambroise lors de la vigile pascale de 387, en même temps que son fils Adéodat et son ami Alypius.

L’œuvre et le ministère épiscopal de saint Augustin

L’évêque d’Hippone, pasteur et théologien

Après son baptême, Augustin renonça à sa carrière de rhéteur et retourna en Afrique, où il fonda une communauté monastique à Thagaste. En 391, lors d’une visite à Hippone (aujourd’hui Annaba, en Algérie), il fut ordonné prêtre de manière quasi forcée par l’évêque Valère, qui avait besoin d’un prédicateur de talent. En 395, il fut consacré évêque coadjuteur, puis devint évêque titulaire d’Hippone à la mort de Valère. Pendant plus de trente-cinq ans, Augustin exerça son ministère épiscopal avec un zèle infatigable. Il prêchait quotidiennement, administrait la justice, s’occupait des pauvres et défendait la foi contre les hérésies.

Les Confessions et La Cité de Dieu

L’œuvre littéraire et théologique d’Augustin est d’une ampleur vertigineuse. Ses écrits comptent plus de cinq millions de mots et couvrent tous les domaines de la théologie et de la philosophie. Les Confessions, rédigées vers 397-401, constituent une œuvre unique dans la littérature antique. Ce récit autobiographique adressé à Dieu retrace le parcours spirituel d’Augustin depuis son enfance jusqu’à sa conversion, dans un style d’une beauté littéraire et d’une profondeur psychologique inégalées. L’œuvre dépasse largement le récit personnel pour devenir une méditation universelle sur la condition humaine, le temps, la mémoire et la quête de Dieu. La célèbre invocation du début, « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est inquiet jusqu’à ce qu’il repose en Toi », résume toute la philosophie augustinienne.

La Cité de Dieu, composée entre 413 et 426, est la réponse d’Augustin à la chute de Rome en 410. En vingt-deux livres, il développe une vision grandiose de l’histoire humaine comme le théâtre de l’affrontement entre deux « cités » : la cité de Dieu, fondée sur l’amour de Dieu, et la cité terrestre, fondée sur l’amour de soi. Cette œuvre fondatrice de la philosophie chrétienne de l’histoire influença profondément la pensée politique et religieuse du Moyen Âge et bien au-delà. Parmi ses autres œuvres majeures figurent le De Trinitate, méditation sur le mystère trinitaire, le De doctrina christiana, traité d’herméneutique biblique, et d’innombrables sermons, lettres et commentaires scripturaires.

Contre le manichéisme, le donatisme et le pélagianisme

Augustin fut aussi un polémiste redoutable, engagé dans les trois grands combats doctrinaux de son époque. Contre les manichéens, il démontra que le mal n’est pas une substance opposée à Dieu, mais une privation du bien. Contre les donatistes, qui prônaient une Église de purs, il défendit l’unité de l’Église et la validité des sacrements indépendamment de la sainteté du ministre. Contre Pélage et ses disciples, qui affirmaient la capacité de l’homme à atteindre le salut par ses propres forces, il élabora sa théologie de la grâce. L’homme pécheur, enseignait-il, ne peut être sauvé que par la grâce gratuite et prévenante de Dieu. Ce dernier combat valut à Augustin le titre de « docteur de la grâce » et marqua durablement toute la théologie occidentale.

La mort de saint Augustin et sa canonisation

Les derniers jours à Hippone assiégée

Saint Augustin mourut le 28 août 430, à l’âge de soixante-seize ans, alors que la ville d’Hippone était assiégée depuis trois mois par les Vandales de Genséric. Ses derniers jours furent consacrés à la prière et à la méditation des psaumes pénitentiels, qu’il avait fait afficher sur les murs de sa chambre. Selon son biographe Possidius, il demanda à rester seul pour prier et s’éteignit paisiblement. Sa mort coïncida symboliquement avec l’effondrement du monde romain en Afrique du Nord, mais son œuvre lui survécut et devint l’un des piliers de la civilisation chrétienne. Ses reliques furent transférées en Sardaigne au VIe siècle, puis à Pavie, en Italie, où elles reposent dans la basilique San Pietro in Ciel d’Oro. Augustin fut reconnu comme docteur de l’Église dès le VIIIe siècle, et sa fête est célébrée le 28 août dans toute l’Église catholique. Le pape Benoît XVI le qualifia de « plus grand Père de l’Église latine ».

L’héritage spirituel de saint Augustin

Une influence sans pareille sur la pensée chrétienne

Aucun théologien occidental n’a exercé une influence comparable à celle de saint Augustin. Sa théologie de la grâce fonda l’enseignement catholique sur le salut et marqua profondément les réformateurs protestants, notamment Luther et Calvin, qui se réclamèrent de lui. Sa philosophie du temps, exposée dans le livre XI des Confessions, anticipa les réflexions les plus profondes de la phénoménologie moderne. Sa conception de la mémoire comme lieu de la rencontre avec Dieu ouvrit des perspectives contemplatives qui nourrissent encore la spiritualité chrétienne contemporaine.

Augustin enseigne que l’homme est fondamentalement un être de désir, créé pour Dieu et incapable de trouver le repos hors de Lui. Cette anthropologie du désir, qui traverse toute son œuvre, offre une clé de lecture toujours pertinente pour comprendre l’inquiétude et la quête de sens de l’homme contemporain. Son honnêteté dans l’aveu de ses faiblesses et de ses erreurs fait de lui un saint profondément humain et accessible. Son parcours continue d’encourager tous ceux qui cherchent Dieu à travers les détours et les épreuves de l’existence.

Prier avec saint Augustin

Prière à saint Augustin

Seigneur notre Dieu, Toi qui as accordé à saint Augustin la grâce de passer des ténèbres de l’erreur à la lumière éclatante de Ta vérité, accorde-nous par son intercession la même audace dans la recherche de la vérité et la même humilité dans l’accueil de Ta grâce. Que son exemple nous enseigne à ne jamais désespérer de Ta miséricorde, même au plus profond de nos égarements. Par les prières de sainte Monique, sa mère, et par les mérites de saint Augustin, conduis-nous sur le chemin de la conversion et accorde-nous de reposer un jour en Toi, notre unique béatitude. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Neuvaine à saint Augustin

La neuvaine à saint Augustin se pratique du 19 au 27 août, veille de sa fête. Chaque jour, le fidèle est invité à réciter la prière ci-dessus, accompagnée d’un passage des Confessions choisi pour la méditation. Premier jour : la quête de la vérité (livre I). Deuxième jour : les égarements de la jeunesse (livre II). Troisième jour : la séduction des fausses doctrines (livre III). Quatrième jour : les larmes de Monique (livre V). Cinquième jour : la découverte de la sagesse (livre VII). Sixième jour : la grâce de la conversion (livre VIII). Septième jour : la joie du baptême (livre IX). Huitième jour : le mystère de la mémoire (livre X). Neuvième jour : la contemplation de l’éternité (livre XI). Cette neuvaine est recommandée pour ceux qui cherchent la vérité, traversent des doutes ou désirent approfondir leur vie intellectuelle et spirituelle.

Questions fréquentes

Pourquoi saint Augustin est-il appelé « docteur de la grâce » ?

Saint Augustin reçut ce titre en raison de sa contribution décisive à la théologie de la grâce divine, développée principalement dans sa controverse avec Pélage et ses disciples. Contre le pélagianisme, qui affirmait que l’homme pouvait se sauver par ses propres forces morales, Augustin enseigna que la nature humaine, blessée par le péché originel, ne peut être guérie et sauvée que par la grâce gratuite de Dieu. Il montra que la grâce précède, accompagne et achève tout mouvement de l’âme vers le bien. Cette doctrine, confirmée par plusieurs conciles, devint l’un des piliers de l’enseignement catholique sur le salut.

Quelles sont les œuvres principales de saint Augustin ?

L’œuvre de saint Augustin est immense et couvre tous les domaines de la théologie et de la philosophie. Ses deux œuvres les plus célèbres sont les Confessions, récit autobiographique et méditation sur la quête de Dieu rédigé vers 397-401, et La Cité de Dieu, vaste philosophie chrétienne de l’histoire composée entre 413 et 426. Parmi ses autres écrits majeurs figurent le De Trinitate (sur le mystère de la Trinité), le De doctrina christiana (traité d’interprétation biblique), les Rétractations (relecture critique de ses propres œuvres) et des milliers de sermons et de lettres qui constituent un trésor inestimable de sagesse pastorale.

Quel est le lien entre saint Augustin et sainte Monique ?

Sainte Monique est la mère de saint Augustin. Chrétienne fervente mariée à un païen, elle consacra sa vie à prier pour la conversion de son fils, qu’elle accompagna dans toutes ses pérégrinations à travers la Méditerranée. Pendant plus de quinze ans, elle pleura et supplia Dieu de ramener Augustin à la foi. Un évêque, ému par sa détresse, lui déclara : « Il est impossible que le fils de tant de larmes périsse. » Ses prières furent exaucées lors de la conversion d’Augustin en 386. Elle mourut peu après à Ostie, en 387, ayant vu s’accomplir le rêve de toute sa vie. Augustin lui consacra des pages bouleversantes dans le livre IX des Confessions.