Saint Charbel Makhlouf : ermite, miracles et guérisons

Fête
24 juillet
Vie
1828 - 1898
Patron(ne) de
Liban, guérisons
saints libanais ermite maronite XIXe siècle
Saint Charbel Makhlouf en prière dans son ermitage d'Annaya au Liban
JackyM59• CC BY-SA 4.0

Qui était saint Charbel Makhlouf ?

Saint Charbel Makhlouf est né Youssef Antoun Makhlouf le 8 mai 1828 à Bekaa Kafra, un village perché dans les montagnes du nord du Liban. Peu de saints contemporains suscitent autant de dévotion à travers le monde. Moine de l’Ordre libanais maronite, il a tout donné à la prière, au silence et à la pénitence, avec une rigueur qui rappelle les Pères du désert des premiers siècles. Ordonné prêtre en 1859, il a vécu seize ans au monastère de Saint-Maron d’Annaya, puis vingt-trois ans dans l’ermitage voisin des Saints-Pierre-et-Paul.

C’est après sa mort, le 24 décembre 1898, que saint Charbel est devenu mondialement célèbre. Son corps a été retrouvé incorrompu à plusieurs reprises. Il dégageait une lumière surnaturelle et une huile mystérieuse. Les miracles se comptent par milliers et continuent encore aujourd’hui. Ils ont conduit à sa béatification en 1965 par Paul VI, puis à sa canonisation le 9 octobre 1977. L’ermite d’Annaya reste un intercesseur invoqué par des fidèles de toutes confessions, bien au-delà des frontières du Liban.

Contexte historique : le Liban au XIXe siècle

Un pays au carrefour des civilisations

Pour comprendre saint Charbel, il faut regarder le Liban du XIXe siècle. Une terre de diversité religieuse, mais aussi de tensions communautaires récurrentes. Le Mont-Liban, où naquit Youssef Antoun Makhlouf, constituait un émirat semi-autonome au sein de l’Empire ottoman. Les communautés maronites vivaient dans ces montagnes depuis le VIIe siècle, selon des traditions ancestrales qui mêlaient foi chrétienne orientale et culture villageoise libanaise. Les maronites avaient maintenu leur communion avec Rome depuis les Croisades. Cette fidélité faisait d’eux une Église catholique de rite syriaque antiochien unique en son genre.

Les épreuves du peuple maronite

La première moitié du XIXe siècle fut particulièrement troublée pour les chrétiens du Liban. Les conflits entre Druzes et Maronites culminèrent lors des massacres de 1860, qui firent des milliers de victimes chrétiennes dans le Mont-Liban et à Damas. Le jeune Youssef avait déjà prononcé ses vœux monastiques à cette époque. Ces événements tragiques marquèrent profondément la communauté maronite et renforcèrent chez beaucoup le désir de se tourner vers Dieu.

Le monastère d’Annaya, perché dans les hauteurs du Mont-Liban, offrait un refuge spirituel dans un monde agité par les conflits politiques et confessionnels. Face à la violence, la vocation érémitique de saint Charbel prend tout son sens : il choisit le silence, l’ascèse et l’union mystique avec Dieu. L’Ordre libanais maronite, fondé en 1695, traversait alors une période de renouveau spirituel et monastique qui produisit plusieurs grandes figures de sainteté. Saint Charbel est la plus connue d’entre elles. Cette congrégation, inspirée par la règle de saint Antoine le Grand, maintenait un mode de vie cénobitique et érémitique d’une grande exigence, fidèle aux traditions ascétiques de l’Orient chrétien.

Vie et enfance de saint Charbel Makhlouf

Les origines humbles de Youssef Antoun Makhlouf

Youssef Antoun Makhlouf naquit le 8 mai 1828 à Bekaa Kafra, le village le plus haut du Liban, à plus de 1 600 mètres d’altitude dans le district de Bcharré, en pleine vallée sainte de Qadisha. Il était le cinquième et dernier enfant d’Antoun Zaarour Makhlouf, un humble muletier, et de Brigitta Elias al-Chediac. Son père mourut alors qu’il n’avait que trois ans, emporté par les corvées imposées par les autorités ottomanes. Sa mère se remaria avec un homme pieux, Lahoud Ibrahim Khoury, qui devint plus tard prêtre de la paroisse. Ce foyer profondément chrétien marqua l’enfant d’une empreinte indélébile.

Le jeune Youssef grandit dans la simplicité de la vie pastorale libanaise. Il gardait le petit troupeau familial dans les montagnes qui surplombent la vallée de la Qadisha, cette gorge sacrée où des monastères et des ermitages sont creusés dans la roche depuis des siècles. Très tôt, il manifestait une piété remarquable. Il se retirait souvent dans une grotte pour prier, à l’image de son oncle maternel, le père Darwish, ermite dans les montagnes voisines.

L’appel irrésistible de la vie monastique

Deux oncles maternels de Youssef, les moines Béchara et François, vivaient au monastère maronite de Saint-Antoine de Qozhaya, dans la vallée de la Qadisha. Leur exemple exerça une influence déterminante sur la vocation du jeune garçon. Malgré son peu d’instruction formelle (les écoles étaient rares dans les villages de montagne), Youssef reçut une éducation religieuse solide auprès du curé du village et développa une vie intérieure d’une profondeur exceptionnelle pour son âge.

À vingt ans, en 1851, il quitta secrètement la maison familiale, sans prévenir personne, pour se rendre au monastère de Notre-Dame de Mayfouq. Sa famille, d’abord surprise et affligée, finit par accepter sa décision en reconnaissant l’authenticité de sa vocation. Transféré au monastère de Saint-Maron d’Annaya, il y prit l’habit monastique et reçut le nom de Charbel, en l’honneur d’un martyr antiochien du IIe siècle. Il prononça ses vœux définitifs le 1er novembre 1853. L’engagement était total et irrévocable : pauvreté, chasteté, obéissance. Envoyé au monastère de Kfifane pour ses études théologiques, il y fut formé par saint Nimatullah al-Hardini, un autre saint maronite dont l’influence sur sa vie intérieure fut considérable.

L’appel de l’ermitage : une vie consacrée au silence

Le moine d’Annaya

Ordonné prêtre le 23 juillet 1859, le père Charbel retourna au monastère d’Annaya. Pendant seize ans, il y mena la vie communautaire selon la règle de l’Ordre libanais maronite. Sa journée était scandée par la prière liturgique, le travail manuel dans les champs et les vignes du monastère, et de longues heures d’oraison silencieuse. Ses confrères remarquaient son obéissance absolue, son humilité et sa mortification constante. Il mangeait une seule fois par jour. Il dormait sur le sol. Il portait un cilice. Il observait un silence quasi permanent. La célébration de la messe était pour lui le sommet de chaque journée : il y consacrait plusieurs heures de préparation et d’action de grâce, et célébrait les saints mystères avec une ferveur qui émouvait profondément tous ceux qui y assistaient.

Le retrait au désert

En 1875, à quarante-sept ans, le père Charbel obtint enfin la permission qu’il sollicitait depuis longtemps : se retirer à l’ermitage des Saints-Pierre-et-Paul, situé à quelques centaines de mètres au-dessus du monastère d’Annaya. Selon la tradition de l’Ordre, seuls les moines les plus éprouvés et les plus avancés dans la vie spirituelle pouvaient accéder à la vie érémitique. Un signe miraculeux confirma cette permission. Le supérieur hésitait encore, quand la lampe à huile du père Charbel, remplie d’eau par erreur, brûla toute la nuit comme si elle contenait de l’huile.

Dans cet ermitage isolé, perché sur une crête rocheuse face aux cèdres du Liban, le père Charbel vécut vingt-trois années d’une austérité extrême. Sa cellule était dépouillée de tout confort : un lit de planches, une couverture de chèvre, quelques livres liturgiques. Il cultivait un petit jardin potager et partageait l’ermitage avec un seul compagnon, selon la règle. Son existence était entièrement ordonnée à la contemplation divine, dans un dépouillement qui rappelle les anachorètes de l’Égypte antique.

Miracles et prodiges : les signes de Dieu par saint Charbel

Les prodiges de son vivant

Saint Charbel était un homme de silence et d’effacement. Pourtant, plusieurs phénomènes extraordinaires furent rapportés de son vivant par ses confrères et les villageois des environs. Outre l’épisode de la lampe à huile, on rapporte qu’il pouvait rester en prière pendant des heures, immobile, insensible au froid glacial de l’hiver libanais ou à la chaleur écrasante de l’été. Les paysans venaient parfois lui demander sa bénédiction pour leurs récoltes et leurs troupeaux. Beaucoup attestèrent de grâces extraordinaires obtenues par son intercession.

Un jour, une invasion de sauterelles menaçait les champs du monastère. Le père Charbel bénit les cultures avec de l’eau bénite. Les insectes épargnèrent les parcelles monastiques tout en dévastant les champs alentour. Sa réputation de sainteté grandissait malgré son désir ardent de rester caché aux yeux du monde. Il accomplissait des exorcismes avec une autorité spirituelle remarquable, et plusieurs guérisons furent attribuées à ses prières durant les dernières années de sa vie terrestre.

Le corps incorrompu et la lumière du tombeau

Le 16 décembre 1898, alors qu’il célébrait la messe selon le rite maronite, le père Charbel fut frappé d’une attaque d’apoplexie au moment de l’épiclèse, lorsqu’il prononçait les paroles : « Père de vérité, voici ton Fils. » Il agonisa pendant huit jours, supportant des souffrances terribles avec une patience héroïque, et rendit l’âme le soir de Noël, le 24 décembre 1898, à soixante-dix ans. Il fut enterré au cimetière du monastère, sans cercueil, à même la terre, comme le prescrivait la règle de l’Ordre.

Dès la nuit suivante, des phénomènes extraordinaires se manifestèrent. Une lumière intense et surnaturelle fut observée par les moines et les villageois pendant quarante-cinq nuits consécutives. Les autorités religieuses ordonnèrent l’ouverture du tombeau. Le corps du père Charbel fut retrouvé parfaitement intact, souple et flexible, comme s’il venait de mourir. Plus étonnant encore, une huile rougeâtre, au parfum suave, suintait de son corps. Ce phénomène se répéta à chaque ouverture du tombeau (en 1927, 1950, 1952 et 1965) et le corps conservait à chaque fois une fraîcheur stupéfiante. Les vêtements du saint, imbibés de cette huile mystérieuse, furent distribués comme reliques et devinrent eux-mêmes instruments de nombreux miracles.

Les guérisons miraculeuses contemporaines

Depuis la mort de saint Charbel, des milliers de guérisons miraculeuses ont été rapportées par des fidèles du monde entier, de toutes confessions et de toutes nationalités. Le dossier de sa cause en béatification comportait des centaines de cas documentés médicalement. L’un des plus célèbres concerne Nohad El Shami, une Libanaise paralysée des jambes depuis quatorze ans, qui retrouva l’usage de ses membres en 1993 après avoir vu saint Charbel en rêve : elle se réveilla avec deux cicatrices sur le corps, aux endroits exacts où le saint l’avait opérée dans sa vision. Ce miracle fut reconnu par les autorités ecclésiastiques après une enquête approfondie.

Aujourd’hui encore, le monastère d’Annaya reçoit chaque année des centaines de milliers de pèlerins venus de tous les continents. Les attestations de grâces obtenues par l’intercession de saint Charbel continuent d’affluer. Il est l’un des intercesseurs les plus invoqués du catholicisme contemporain.

Mort, béatification et canonisation de saint Charbel

Le chemin vers les autels

Le procès en béatification de saint Charbel fut ouvert en 1925, à peine vingt-sept ans après sa mort. Les prodiges liés à sa dépouille et les guérisons obtenues par son intercession étaient trop nombreux et trop bien documentés pour être ignorés. L’enquête diocésaine, menée avec rigueur par le patriarcat maronite, rassembla des centaines de dépositions. Le dossier fut transmis à Rome, où la Congrégation pour les causes des saints examina minutieusement chaque cas.

Le pape Paul VI béatifia le père Charbel le 5 décembre 1965, lors de la dernière session publique du concile Vatican II. Ce geste soulignait la dimension universelle de la sainteté de cet ermite oriental. Douze ans plus tard, le 9 octobre 1977, Paul VI procéda à sa canonisation solennelle en la basilique Saint-Pierre de Rome, en présence de milliers de fidèles libanais et d’une foule immense. La fête liturgique de saint Charbel fut fixée au troisième dimanche de juillet dans le calendrier maronite, et au 24 juillet dans le calendrier romain. Pour l’Église maronite et pour tout le Liban, cette canonisation représentait la reconnaissance d’un de ses fils comme saint universel de l’Église catholique.

L’héritage spirituel de saint Charbel Makhlouf

Un modèle de vie contemplative pour le monde moderne

L’héritage spirituel de saint Charbel Makhlouf dépasse largement les frontières de l’Église maronite et du Liban. Dans un monde dominé par le bruit, l’agitation et la quête effrénée du divertissement, l’ermite d’Annaya propose un contre-exemple radical : le silence comme chemin vers Dieu, la pauvreté volontaire comme libération intérieure, la prière incessante comme source de vie. Sa spiritualité, profondément enracinée dans la tradition monastique orientale, rejoint les aspirations universelles de l’âme humaine en quête d’absolu.

Saint Charbel enseigne que la sainteté ne réside pas dans les actions extraordinaires mais dans la fidélité quotidienne aux devoirs de son état, vécue dans un amour total de Dieu. Son silence n’était pas un mutisme stérile. C’était un langage supérieur, celui de l’union mystique avec le Créateur. Son exemple inspire aujourd’hui de nombreuses vocations monastiques et érémitiques dans le monde entier. Sa dévotion ne cesse de croître, portée par les récits toujours renouvelés de grâces et de miracles obtenus par son intercession. Le monastère d’Annaya est devenu l’un des principaux lieux de pèlerinage du Moyen-Orient, symbole vivant de la foi chrétienne en terre libanaise.

Prier avec saint Charbel Makhlouf

Prière à saint Charbel

Seigneur Dieu, Toi qui as accordé à saint Charbel la grâce de vivre et de mourir à ta ressemblance, et qui lui as donné la force de renoncer au monde pour suivre l’idéal de la vie monastique dans la solitude de l’ermitage, nous te supplions, par son intercession, de nous accorder la grâce que nous te demandons humblement. Fais-nous la grâce de t’aimer et de te servir fidèlement comme saint Charbel, et d’être détachés des biens de ce monde pour ne rechercher que les trésors du Ciel. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Saint Charbel, ermite d’Annaya, toi qui as vécu dans le silence et la pénitence, intercède pour nous auprès du Père céleste. Obtiens-nous les grâces dont nous avons besoin pour notre salut et pour la sanctification de nos âmes. Amen.

Neuvaine à saint Charbel

La neuvaine à saint Charbel se prie pendant neuf jours consécutifs, de préférence devant une image ou une relique du saint. Chaque jour, le fidèle récite la prière ci-dessus, suivie d’un Notre Père, d’un Je vous salue Marie et d’un Gloire au Père. Il est recommandé de commencer la neuvaine le 15 juillet, afin qu’elle s’achève le 23 juillet, veille de la fête de saint Charbel. Durant ces neuf jours, on peut également méditer un aspect de la vie du saint : son enfance pieuse, sa vocation monastique, son obéissance, son silence, sa pénitence, sa dévotion eucharistique, sa vie érémitique, ses miracles posthumes et son intercession puissante. Il est conseillé de s’approcher du sacrement de la réconciliation et de communier au moins une fois pendant la neuvaine, afin de disposer son cœur à recevoir les grâces demandées.

Questions fréquentes

Pourquoi le corps de saint Charbel est-il incorrompu ?

L’Église catholique considère l’incorruptibilité du corps de saint Charbel comme un signe surnaturel de sa sainteté. La règle de l’Ordre libanais maronite prescrit l’ensevelissement à même la terre, sans cercueil. Malgré cela, le corps du père Charbel fut retrouvé intact lors de chaque ouverture de son tombeau, avec une souplesse et une fraîcheur remarquables. Une huile mystérieuse suintait de sa dépouille. Les experts médicaux n’ont jamais pu fournir d’explication naturelle à ce phénomène, qui reste l’un des signes les plus frappants de la sainteté de l’ermite d’Annaya.

Comment saint Charbel peut-il m’aider dans ma vie quotidienne ?

On invoque saint Charbel pour toutes sortes de besoins, mais il est particulièrement réputé pour son intercession dans les cas de maladies graves, de difficultés familiales et de situations apparemment désespérées. Des milliers de récits attestent de guérisons physiques et spirituelles obtenues par sa prière. Pour solliciter son aide, il suffit de lui adresser une prière sincère et confiante, en lui exposant ses besoins avec simplicité. Vous pouvez aussi vous rendre en pèlerinage au monastère d’Annaya si cela est possible, ou vous procurer une relique ou une image du saint pour accompagner votre prière.

Le monastère d’Annaya est-il ouvert aux pèlerins ?

Oui, le monastère Saint-Maron d’Annaya, situé dans les montagnes du Mont-Liban à environ 1 200 mètres d’altitude, accueille des pèlerins tout au long de l’année. On peut y visiter la cellule de saint Charbel, son ermitage, son tombeau et le musée qui lui est consacré. Des messes sont célébrées quotidiennement selon le rite maronite, et les moines de l’Ordre libanais maronite perpétuent la tradition monastique dans laquelle saint Charbel a vécu. Le monastère est accessible depuis Beyrouth en environ une heure et demie de route. C’est l’un des lieux de pèlerinage les plus visités du Liban et du Moyen-Orient.