Saint François d'Assise : vie, stigmates et cantique

Fête
4 octobre
Vie
1181 - 1226
Patron(ne) de
Italie, animaux, écologistes, marchands, protection de l'environnement
saints italiens franciscains stigmates XIIIe siècle pauvreté
Saint François d'Assise prêchant aux oiseaux
Romainbehar• CC0

Qui était Saint François d’Assise ?

Saint François d’Assise est l’un des saints les plus aimés de l’histoire du christianisme. Fils d’un riche marchand italien, il renonça à tous ses biens pour embrasser une vie de pauvreté radicale à la suite du Christ. Fondateur de l’Ordre des Frères Mineurs (franciscains), il a profondément marqué la spiritualité occidentale par son amour de la pauvreté, sa fraternité avec la création et sa joie évangélique.

Le « Poverello » (le petit pauvre), comme on le surnomme, est le premier saint de l’histoire à avoir reçu les stigmates du Christ, deux ans avant sa mort. Son « Cantique des Créatures », considéré comme le premier texte poétique en langue italienne, chante la louange de Dieu à travers toute la création.

Huit siècles après sa mort, François d’Assise reste extraordinairement actuel. Le pape François a choisi son nom en hommage à sa simplicité et à son amour des pauvres. En 1979, Jean-Paul II l’a proclamé patron des écologistes, tant son message de respect de la création résonne avec les préoccupations de notre temps.

L’Italie du XIIIe siècle

L’essor des communes italiennes

François naît à Assise vers 1181-1182, dans une Italie en pleine effervescence. Les communes italiennes s’enrichissent grâce au commerce. Une nouvelle classe sociale émerge : la bourgeoisie marchande, à laquelle appartient la famille de François.

Cette prospérité a son revers : guerres entre cités rivales, conflits entre empereur et pape, écart croissant entre riches et pauvres. L’Église elle-même est touchée par le luxe et la mondanité. Des mouvements de réforme se lèvent, réclamant un retour à la pauvreté évangélique. Certains restent orthodoxes, d’autres versent dans l’hérésie comme les Cathares et les Vaudois.

L’Église face aux hérésies

L’Église du XIIIe siècle est puissante mais contestée. Les mouvements paupéristes dénoncent la richesse du clergé. Les Cathares, répandus dans le sud de la France et le nord de l’Italie, rejettent l’Église romaine et prônent un christianisme dualiste.

C’est dans ce contexte que François proposera une réforme de l’Église non pas contre elle, mais en son sein : un retour à la pauvreté évangélique dans l’obéissance au pape. Cette fidélité ecclésiale distinguera les franciscains des mouvements hérétiques.

Vie et jeunesse de François

Le fils du marchand

Giovanni di Pietro di Bernardone naît à Assise en 1181 ou 1182. Son père, Pietro di Bernardone, est un riche marchand drapier. Sa mère, Pica, serait originaire de Provence. L’enfant est baptisé Jean, mais son père, rentrant de voyage en France, le surnomme « Francesco » (le petit Français). Le surnom lui restera.

François grandit dans l’aisance. Il apprend le français (langue du commerce), les bonnes manières, l’art de la fête. C’est un jeune homme joyeux, généreux, qui aime les plaisirs et rêve de gloire chevaleresque. Il dépense sans compter l’argent de son père.

La guerre et la captivité

En 1202, la guerre éclate entre Assise et Pérouse. François, qui rêve de devenir chevalier, part au combat. Mais Assise est vaincue à la bataille de Collestrada. François est fait prisonnier et passe un an dans les geôles de Pérouse.

Cette captivité constitue une première épreuve. François tombe malade. Libéré contre rançon, il rentre à Assise affaibli et changé. La fête ne l’attire plus autant. Une inquiétude le travaille.

Les premières conversions

En 1205, François tente une nouvelle aventure militaire et part rejoindre les troupes pontificales dans les Pouilles. Mais à Spolète, une voix lui demande : « François, qui peut te donner davantage, le seigneur ou le serviteur ? » François comprend qu’il doit servir le Seigneur et non chercher la gloire mondaine. Il rentre à Assise.

Commence alors une période de recherche. François se retire dans des grottes pour prier. Il visite les lépreux, qu’il craignait autrefois par-dessus tout, et les embrasse. Un jour, dans l’église en ruines de Saint-Damien, le crucifix lui parle : « François, va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruines. »

La conversion définitive

La rupture avec le père

François prend d’abord ces paroles au sens littéral. Il vend des étoffes de son père pour financer la restauration de Saint-Damien. Pietro, furieux, le cite devant l’évêque d’Assise. La scène qui suit est restée célèbre.

Devant l’évêque, François se dépouille de tous ses vêtements, les rend à son père, et déclare : « Jusqu’ici j’ai appelé Pietro di Bernardone mon père. Désormais je peux dire : Notre Père qui êtes aux cieux. » L’évêque le couvre de son manteau. François quitte la ville, libre et nu, pour commencer une vie nouvelle.

Les débuts dans la pauvreté

François vit désormais en ermite, mendiant sa nourriture, restaurant des églises (Saint-Damien, San Pietro, Sainte-Marie-des-Anges dite la Portioncule). Il porte une tunique grossière, marche pieds nus, dort à la belle étoile.

Le 24 février 1208, à la Portioncule, il entend l’Évangile de l’envoi des apôtres en mission (Matthieu 10) : « N’emportez ni or ni argent… » François comprend soudain sa vocation : vivre l’Évangile à la lettre, dans la pauvreté absolue, et prêcher la conversion.

Les premiers compagnons

Très vite, des compagnons le rejoignent : Bernard de Quintavalle, Pierre de Catane, Gilles d’Assise, puis d’autres. En 1209, ils sont douze, comme les apôtres. François rédige une première règle, très simple, faite essentiellement de citations évangéliques.

Avec ses compagnons, il se rend à Rome pour demander l’approbation du pape Innocent III. Le pape hésite d’abord devant la radicalité du projet, puis, selon la tradition, fait un songe où il voit François soutenir l’église du Latran qui s’écroule. Il approuve verbalement la règle. L’Ordre des Frères Mineurs est né.

L’expansion de l’Ordre

Dame Pauvreté

François appelle la pauvreté sa « Dame », son « épouse ». Les frères ne possèdent rien, ni individuellement ni collectivement. Ils vivent du travail de leurs mains et de la mendicité. Pas de couvent, pas de livres (sauf les livres liturgiques), pas de sécurité.

Cette pauvreté n’est pas une mortification triste. C’est une libération joyeuse. « Quand les frères ne possèdent rien, écrit François, ils peuvent courir librement dans la joie du Seigneur. » La pauvreté rend disponible pour Dieu et pour les autres.

Claire d’Assise et les Pauvres Dames

En 1212, une jeune noble d’Assise, Claire, séduite par l’idéal de François, quitte sa famille pour le suivre. François lui coupe les cheveux et la consacre à Dieu. Elle fonde, avec ses sœurs, un ordre féminin vivant la même pauvreté radicale : les Pauvres Dames (futures Clarisses).

Claire et François resteront unis par une profonde amitié spirituelle. Claire défendra jusqu’à sa mort le « privilège de la pauvreté », c’est-à-dire le droit de ne rien posséder, même collectivement, contre les pressions de la curie romaine.

La rencontre avec le sultan

En 1219, François part pour la cinquième croisade. Pas pour faire la guerre. Il veut convertir le sultan d’Égypte par la prédication. Au cœur du siège de Damiette, il traverse les lignes musulmanes et obtient une audience avec le sultan al-Malik al-Kâmil.

La rencontre est courtoise. François prêche, le sultan écoute avec respect, mais ne se convertit pas. François rentre en Occident. Cet épisode révèle sa vision de la mission : non pas imposer la foi par les armes, mais annoncer l’Évangile par la parole et l’exemple.

Les stigmates et la mort

La Verna et les stigmates

Le 17 septembre 1224, sur le mont de la Verna, dans les Apennins, François vit une expérience mystique extraordinaire. Pendant une longue retraite de prière et de jeûne, il a une vision du Christ en croix sous la forme d’un séraphin à six ailes.

Quand la vision disparaît, François porte sur son corps les cinq plaies du Christ : les mains et les pieds percés de clous, le côté ouvert. Il est le premier saint de l’histoire à recevoir les stigmates. Ces plaies ne guériront jamais et lui causeront de grandes souffrances.

Le Cantique des Créatures

Malade, presque aveugle, souffrant de ses stigmates, François compose en 1225 le « Cantique des Créatures » (ou « Cantique du frère Soleil »), premier grand texte poétique en langue italienne. Il y loue Dieu à travers toutes ses créatures : le frère Soleil, la sœur Lune, le frère Vent, la sœur Eau, le frère Feu, la sœur Terre notre mère…

Ce cantique exprime la vision franciscaine de la création : non pas un monde à dominer et à exploiter, mais une fraternité universelle où toutes les créatures louent leur Créateur.

La mort du Poverello

Le 3 octobre 1226, François meurt à la Portioncule, à quarante-quatre ou quarante-cinq ans, allongé nu sur la terre nue, comme il l’avait demandé. On lui avait lu le récit de la Passion selon saint Jean. Ses dernières paroles sont : « J’ai fait ma part ; que le Christ vous enseigne la vôtre. »

Deux ans plus tard, le 16 juillet 1228, le pape Grégoire IX, son ancien protecteur, le canonise. La basilique d’Assise est construite pour abriter son tombeau.

L’héritage spirituel de François d’Assise

La fraternité franciscaine

L’ordre fondé par François compte aujourd’hui trois branches masculines (Frères Mineurs, Conventuels, Capucins) et de nombreuses congrégations féminines et séculières. Des millions de personnes vivent de sa spiritualité à travers le monde.

Le message de François n’a pas pris une ride : le choix de la pauvreté contre l’idolâtrie de l’argent, la fraternité contre la violence, la joie contre le désespoir. Le pape François, en choisissant son nom, a voulu placer son pontificat sous le signe de la simplicité et de l’attention aux pauvres.

Le patron des écologistes

En 1979, Jean-Paul II a proclamé François d’Assise patron des écologistes. Son « Cantique des Créatures » et sa fraternité avec tous les êtres vivants font de lui un précurseur de l’écologie intégrale. L’encyclique « Laudato Si’ » du pape François s’inspire directement de sa spiritualité.

Prier avec Saint François d’Assise

Prière de Saint François

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix. Là où il y a la haine, que je mette l’amour. Là où il y a l’offense, que je mette le pardon. Là où il y a la discorde, que je mette l’union. Là où il y a le doute, que je mette la foi. Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance. Là où il y a les ténèbres, que je mette ta lumière. Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.

Ô Maître, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer. Car c’est en donnant qu’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on trouve, c’est en pardonnant qu’on est pardonné, c’est en mourant qu’on ressuscite à la vie éternelle. Amen.

Questions fréquentes

Saint François a-t-il vraiment parlé aux animaux ?

Les « Fioretti » (Petites Fleurs de Saint François) rapportent plusieurs épisodes où François parle aux animaux : le loup de Gubbio, les oiseaux, les poissons… Ces récits, rédigés un siècle après sa mort, ont une dimension légendaire. Mais ils expriment une vérité profonde : François voyait dans toutes les créatures des frères et des sœurs, dignes de respect et d’amour.

Pourquoi Saint François est-il patron des écologistes ?

Jean-Paul II a proclamé Saint François patron des écologistes en 1979 parce que son « Cantique des Créatures » et sa vie expriment une vision fraternelle de la création. François ne voyait pas la nature comme un objet à exploiter, mais comme une famille où toutes les créatures louent leur Créateur. Cette vision rejoint les préoccupations écologiques contemporaines.

Où peut-on visiter les lieux franciscains ?

Les principaux lieux franciscains sont : Assise (basilique Saint-François avec son tombeau, église Sainte-Claire, San Damiano, la Portioncule dans la basilique Sainte-Marie-des-Anges) ; la Verna (où François reçut les stigmates) ; Greccio (où il créa la première crèche vivante). Assise est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO et attire des millions de pèlerins chaque année.