Qui était saint François de Sales ?
Saint François de Sales est l’un des plus grands maîtres spirituels de l’histoire chrétienne. Évêque de Genève, docteur de l’Église, il a renouvelé la spiritualité catholique en la rendant accessible à tous les états de vie. Son ouvrage « Introduction à la vie dévote » reste un classique que l’on lit encore quatre siècles après sa publication.
Né dans une famille noble de Savoie, François aurait pu mener une brillante carrière juridique ou politique. Il choisit la prêtrise et se consacra à la reconquête spirituelle du Chablais, région passée au protestantisme. Par sa douceur, sa patience et son talent d’écrivain, il ramena des milliers d’âmes à la foi catholique, sans user de force ni de contrainte.
Cofondateur avec sainte Jeanne de Chantal de l’Ordre de la Visitation, François de Sales est le saint de la douceur et de l’optimisme chrétien. « Tout par amour, rien par force », répétait-il. Son message de confiance en Dieu et de bienveillance envers soi-même reste étonnamment actuel. Peut-être plus que jamais.
Contexte historique : la Savoie au temps des guerres de Religion
Un duché entre deux mondes
François de Sales naît en 1567, un an après l’édit d’Amboise et en pleine guerre de Religion. La Savoie est alors un duché indépendant, coincé entre la France catholique et la Suisse protestante. Genève, ville du duché, est devenue la « Rome du protestantisme » sous l’impulsion de Calvin. Ce voisinage pèsera lourd sur toute la vie de François.
Le duc de Savoie, allié de la Ligue catholique, tente de reconquérir ses territoires perdus. Le Chablais, région du sud du lac Léman, a été soumis de force au protestantisme par les Bernois. Quand la Savoie récupère ce territoire en 1593, il faut le reconvertir au catholicisme. La question n’est pas seulement religieuse : elle est aussi politique et identitaire.
Le renouveau catholique post-tridentin
Le concile de Trente (1545-1563) a lancé la Réforme catholique. De nouveaux ordres religieux naissent : Jésuites, Oratoriens, Ursulines. Le clergé se réforme. La piété populaire se renouvelle. C’est dans ce contexte de profond renouveau que François de Sales exercera son ministère, avec une approche qui lui est entièrement propre.
Vie et jeunesse de François de Sales
Une naissance aristocratique
François naît le 21 août 1567 au château de Sales, près de Thorens, en Savoie. Son père, François de Boisy, seigneur de Sales, est un noble respecté. Sa mère, Françoise de Sionnaz, est une femme pieuse et attentive. François est l’aîné de treize enfants. On attend beaucoup de lui.
L’enfant est fragile mais intelligent. Il reçoit une éducation soignée : d’abord au château familial, puis au collège de La Roche et au collège d’Annecy. Il montre très tôt une piété profonde et un attrait sincère pour les études.
Les études à Paris et Padoue
En 1578, à onze ans, François part étudier à Paris, au collège de Clermont tenu par les Jésuites. Il y reste dix ans. Il y étudie les humanités, la philosophie et la théologie. C’est à Paris qu’il traverse une terrible crise spirituelle : tourmenté par la question de la prédestination, il passe six semaines à croire qu’il est prédestiné à l’enfer. Cette épreuve le consume.
La délivrance vient dans l’église Saint-Étienne-des-Grès, devant une statue de la Vierge noire. François prononce un acte d’abandon total à Dieu : quoi qu’il advienne, il aimera Dieu en cette vie. La paix revient aussitôt. Cette expérience fondera toute sa spiritualité de l’abandon confiant. Il faut insister sur ce point : la douceur de François ne vient pas d’un tempérament facile. Elle vient d’une nuit traversée.
De 1588 à 1591, François étudie le droit à l’université de Padoue. Il obtient un doctorat en droit civil et en droit canon, avec les plus hautes distinctions. Son père rêve pour lui d’une brillante carrière au service du duché.
L’appel au sacerdoce
Mais François a d’autres projets. En secret, il a décidé de devenir prêtre. Son père résiste longtemps. Il voit s’effondrer ses rêves de grandeur pour son fils aîné. Finalement, grâce à l’intervention de l’évêque de Genève, François obtient d’être nommé prévôt du chapitre cathédral, dignité compatible avec les ambitions familiales. Le père cède. Non sans amertume.
Le 18 décembre 1593, François est ordonné prêtre. Il a vingt-six ans. Son ministère commence.
La mission du Chablais
L’évangélisation par la douceur
En septembre 1594, François se porte volontaire pour la mission du Chablais. Cette région, protestante depuis soixante ans, vient d’être rendue à la Savoie par le traité de Nyon. Il faut la ramener au catholicisme, mais sans violence : le duc veut éviter une nouvelle guerre de Religion.
François part presque seul, avec son cousin Louis de Sales. L’accueil est hostile. Les portes se ferment. Les auberges refusent de l’héberger. Il doit loger à la forteresse des Allinges, à deux heures de marche de Thonon. Chaque jour, il fait le trajet à pied, par tous les temps, pour prêcher à des auditoires d’abord inexistants. N’importe quel missionnaire aurait pu se décourager. Pas lui.
Les feuilles volantes
Puisque les protestants ne viennent pas l’écouter, François décide de leur écrire. Il rédige des « feuilles volantes », petits tracts qu’il glisse sous les portes ou affiche sur les murs. Ces textes, rassemblés plus tard sous le titre « Les Controverses », exposent la doctrine catholique avec clarté et douceur, sans polémique agressive. Chaque feuille est un argument patient, une main tendue.
Cette méthode, révolutionnaire pour l’époque, fait de François un pionnier de l’évangélisation par l’écrit. C’est la raison pour laquelle il sera proclamé patron des journalistes et des écrivains.
Le succès de la mission
Peu à peu, la glace fond. Les protestants viennent écouter ce prêtre qui ne les insulte pas. Des conversions se produisent, d’abord timides, puis plus nombreuses. En 1598, après quatre ans de mission, la majorité du Chablais est revenue au catholicisme, non par la force, mais par la persuasion. Ce résultat est exceptionnel.
François a montré qu’on pouvait reconquérir les âmes par la douceur. « On prend plus de mouches avec une cuillerée de miel qu’avec cent barils de vinaigre », aimait-il dire. Cette phrase résume tout son apostolat.
L’évêque de Genève
La nomination épiscopale
En 1599, François est nommé coadjuteur de l’évêque de Genève, avec droit de succession. En 1602, à la mort de Claude de Granier, il devient évêque titulaire. Mais il ne peut résider à Genève, aux mains des protestants. Il s’installe à Annecy, où réside la curie diocésaine depuis 1535.
Son épiscopat durera vingt ans. François se montre évêque modèle. Il réforme le clergé, visite les paroisses, prêche sans relâche. Sa disponibilité est légendaire : il reçoit tous ceux qui le demandent, du plus grand seigneur au plus humble paysan. Il ne refuse personne.
La direction spirituelle et l’Introduction à la vie dévote
François devient l’un des directeurs spirituels les plus recherchés de son temps. Nobles, bourgeois, religieuses, simples fidèles sollicitent ses conseils. Il correspond avec des centaines de personnes et adapte son enseignement à chacun avec une finesse psychologique remarquable.
C’est à l’occasion de cette direction spirituelle qu’il écrit, à la demande d’une dame de la cour de Savoie, l’« Introduction à la vie dévote » (1609). Ce livre, qui montre que la sainteté est possible dans tous les états de vie, connaît un succès immédiat et durable. Il traverse les siècles. Quatre cents ans plus tard, on le lit toujours.
La fondation de la Visitation
En 1604, François rencontre Jeanne-Françoise Frémyot, baronne de Chantal, jeune veuve en quête de direction spirituelle. Une profonde amitié spirituelle naît entre eux. Ensemble, ils fondent en 1610 l’Ordre de la Visitation Sainte-Marie.
Cet ordre est conçu pour accueillir des femmes que leur santé ou leur âge exclut des ordres contemplatifs traditionnels. La règle est douce, la clôture moins stricte. L’originalité est frappante : François veut un ordre où l’on entre par amour, non par performance ascétique. L’ordre se répand rapidement en France et en Europe.
Mort et postérité
Les dernières années
En décembre 1622, François accompagne le duc de Savoie à Lyon pour rencontrer Louis XIII. Épuisé par le voyage et les audiences, il tombe malade. Le 28 décembre, il meurt dans le parloir du monastère de la Visitation de Lyon. Il a cinquante-cinq ans. La nouvelle de sa mort plonge Annecy dans le deuil.
Son corps est ramené à Annecy et enterré dans l’église de la Visitation. Son cœur, selon son vœu, est conservé à Lyon.
Canonisation et doctorat
Béatifié en 1661 et canonisé en 1665 par Alexandre VII, François de Sales est proclamé docteur de l’Église par Pie IX en 1877. Il reçoit le titre de « Docteur de l’Amour » pour son enseignement sur l’amour de Dieu. Ce titre n’a rien de sentimental : il renvoie à une théologie exigeante de la volonté aimante.
En 1923, Pie XI le déclare patron des journalistes et des écrivains catholiques, en raison de son utilisation pionnière de l’écrit pour l’évangélisation.
L’héritage spirituel de François de Sales
Une spiritualité de la douceur
L’apport majeur de François de Sales est d’avoir proposé une voie spirituelle fondée sur la douceur et la confiance. Contre le rigorisme janséniste qui allait bientôt se répandre, il enseigne un Dieu d’amour qui désire le salut de tous. Cette position n’est pas naïve. Elle est théologiquement argumentée et profondément enracinée dans l’Évangile.
« Dieu ne nous a pas appelés en ce monde pour autre chose que pour l’aimer », écrit-il. Cette conviction traverse toute son œuvre. La vie spirituelle n’est pas un combat tendu mais une histoire d’amour avec un Dieu bon. Voilà ce que François de Sales a compris mieux que quiconque à son époque.
La sainteté pour tous
L’« Introduction à la vie dévote » affirme que la dévotion, c’est-à-dire la ferveur dans le service de Dieu, est possible dans tous les états de vie. Le soldat, le commerçant, l’épouse, le courtisan peuvent être saints à leur place, sans quitter le monde. Cette idée paraît banale aujourd’hui. En 1609, elle était profondément subversive.
Cette démocratisation de la sainteté, reprise par le concile Vatican II trois siècles et demi plus tard, reste révolutionnaire dans ses implications concrètes. François ouvre la voie à une spiritualité laïque, incarnée dans le quotidien, accessible à tous ceux qui veulent aimer Dieu là où ils sont.
Prier avec saint François de Sales
Prière de saint François de Sales
Mon Dieu, je vous donne mon cœur. Donnez-moi la grâce de commencer ce jour dans votre amour, de le continuer pour votre amour, et de l’achever dans votre amour. Donnez-moi d’accomplir vos volontés en toutes choses. Amen.
Prière à saint François de Sales
Saint François de Sales, toi qui as conquis les cœurs par ta douceur, apprends-nous la patience et la bonté. Toi qui as montré que la sainteté est pour tous, aide-nous à vivre notre foi dans notre état de vie. Inspire les journalistes et les écrivains pour qu’ils servent la vérité. Saint François de Sales, priez pour nous. Amen.
Questions fréquentes
Pourquoi saint François de Sales est-il patron des journalistes ?
Saint François de Sales a été proclamé patron des journalistes par Pie XI en 1923 parce qu’il a été un pionnier de l’évangélisation par l’écrit. Ses « feuilles volantes » distribuées au Chablais étaient de véritables tracts d’information religieuse. Ses nombreux ouvrages montrent sa maîtrise de la communication écrite au service de la foi. Il a compris, avant tout le monde, que l’écrit pouvait toucher ceux que la parole n’atteignait pas.
Qu’est-ce que l’Introduction à la vie dévote ?
L’« Introduction à la vie dévote » (1609) est l’ouvrage le plus célèbre de saint François de Sales. C’est un guide pratique de vie spirituelle destiné aux laïcs vivant dans le monde. Il montre comment concilier les obligations de la vie quotidienne avec une vie de prière et de vertu. Le livre a connu un succès immédiat et reste, quatre siècles plus tard, un classique de la spiritualité chrétienne que l’on peut ouvrir à n’importe quelle page.
Où peut-on vénérer saint François de Sales ?
Les principaux lieux liés à saint François de Sales sont Annecy (où se trouve la basilique de la Visitation avec son tombeau), Thorens-Glières (son château natal), Lyon (où il est mort), et le Chablais (région de sa mission). La spiritualité salésienne est vivante à travers l’Ordre de la Visitation, les Oblats de Saint François de Sales, et les Salésiens de Don Bosco qui se réclament de son patronage.
