Saint Jean-Baptiste de la Salle : patron des enseignants

Fête
7 avril
Vie
1651 - 1719
Patron(ne) de
enseignants, éducateurs
saints français éducation XVIIe siècle Frères des Écoles chrétiennes
Saint Jean-Baptiste de la Salle entouré d'enfants dans une école chrétienne
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Qui était saint Jean-Baptiste de la Salle ?

Saint Jean-Baptiste de la Salle est le fondateur de l’Institut des Frères des Écoles chrétiennes et le patron universel des enseignants et des éducateurs. Né en 1651 à Reims dans une famille de la haute bourgeoisie, ce chanoine fortuné et docteur en théologie renonça à tous ses privilèges pour se consacrer entièrement à l’éducation gratuite des enfants pauvres. À une époque où l’instruction était réservée aux élites, il créa un réseau d’écoles populaires révolutionnaires, inventa des méthodes pédagogiques novatrices et forma une communauté de laïcs consacrés — les Frères — entièrement dédiés à l’enseignement. Son oeuvre transforma radicalement le paysage éducatif français et européen. On le considère aujourd’hui comme le père de la pédagogie moderne : c’est lui qui introduisit l’enseignement simultané, les classes par niveaux, la formation des maîtres et l’usage du français au lieu du latin dans les écoles populaires. Canonisé en 1900 par le pape Léon XIII et proclamé patron des éducateurs en 1950 par le pape Pie XII, saint Jean-Baptiste de la Salle demeure une figure incontournable de l’histoire de l’éducation et de la sainteté chrétienne.

Contexte historique : l’éducation en France au XVIIe siècle

L’illettrisme des classes populaires

Au XVIIe siècle, l’éducation en France est profondément inégalitaire. Les enfants de la noblesse et de la bourgeoisie bénéficient de précepteurs privés ou fréquentent les collèges tenus par les jésuites, les oratoriens ou les doctrinaires. Mais les enfants du peuple, et singulièrement ceux des villes, sont massivement abandonnés à l’ignorance et à la misère. Les rares « petites écoles » qui existent sont souvent tenues par des maîtres incompétents et mal payés, qui enseignent de manière individuelle — chaque élève étant appelé à tour de rôle pendant que les autres attendent sans rien faire. L’enseignement se fait en latin, une langue incompréhensible pour ces enfants. Le taux d’illettrisme dans les classes populaires dépasse largement les quatre-vingts pour cent. Les enfants des artisans, des ouvriers et des pauvres errent dans les rues des villes, livrés à la mendicité, au vagabondage et à la délinquance.

Les premières tentatives de remédiation

Certains esprits éclairés prennent conscience de cette catastrophe sociale et morale. Charles Démia à Lyon, Nicolas Barré à Rouen, Nicolas Roland à Reims développent des initiatives pour scolariser les enfants pauvres. Mais ces efforts restent fragmentaires et manquent de continuité. Il n’existe pas encore de véritable corps enseignant professionnel consacré à l’éducation populaire. Les prêtres qui s’investissent dans l’enseignement sont souvent rappelés à d’autres fonctions pastorales, et les laïcs qui tiennent les écoles manquent de formation et de stabilité. C’est dans ce contexte de besoin criant que Jean-Baptiste de la Salle va concevoir et mettre en oeuvre une révolution éducative sans précédent en créant le premier institut religieux entièrement consacré à l’enseignement des enfants pauvres. Sa vision est claire : pour transformer durablement l’éducation des pauvres, il faut former des maîtres compétents, dévoués et stables, vivant en communauté religieuse et se consacrant exclusivement à leur mission éducative.

Vie et enfance de saint Jean-Baptiste de la Salle

Un héritier de la bourgeoisie rémoise

Jean-Baptiste de la Salle naît le 30 avril 1651 à Reims. Il est le premier des onze enfants de Louis de la Salle, conseiller au présidial de Reims, et de Nicole Moët de Brouillet, issue de la célèbre famille champenoise des Moët. La famille appartient à la haute bourgeoisie de robe et vit dans un hôtel particulier de la rue Sainte-Marguerite, aujourd’hui transformé en musée. Le jeune Jean-Baptiste reçoit une éducation soignée et manifeste très tôt une piété ardente ainsi qu’un attrait pour la vie ecclésiastique. Il reçoit la tonsure à l’âge de onze ans et est nommé chanoine du chapitre métropolitain de Reims à seize ans, une prébende qui lui assure des revenus confortables. Il étudie la théologie au séminaire de Saint-Sulpice à Paris, puis à l’Université de Reims où il obtient le doctorat en théologie. Il est ordonné prêtre le 9 avril 1678.

Les deuils qui forgent l’homme

La jeunesse de Jean-Baptiste est aussi marquée par des deuils précoces qui vont forger son caractère et approfondir sa vie spirituelle. En 1671, il perd sa mère, puis son père l’année suivante. À vingt et un ans, il se retrouve chef de famille, responsable de ses frères et soeurs cadets. Cette charge ne l’empêche pas de poursuivre ses études et sa formation sacerdotale, mais elle lui donne une expérience concrète de la gestion, de la responsabilité et du souci des autres qui lui sera précieuse dans la suite de sa mission. Son directeur spirituel, le chanoine Nicolas Roland, fondateur de la Congrégation du Saint-Enfant-Jésus pour l’éducation des filles pauvres, exerce sur lui une influence déterminante. À la mort de Roland en 1678, Jean-Baptiste est chargé d’obtenir les lettres patentes pour la communauté de son maître. Cette mission le sensibilise profondément à la question de l’éducation des pauvres et prépare mystérieusement sa propre vocation.

La conversion du chanoine : du confort à la pauvreté

La rencontre providentielle avec Adrien Nyel

En 1679, un événement apparemment anodin va bouleverser la vie du jeune chanoine. Adrien Nyel, un laïc engagé dans l’éducation populaire à Rouen, arrive à Reims avec le projet d’ouvrir des écoles gratuites pour les garçons pauvres. Il est recommandé à Jean-Baptiste de la Salle par une cousine de celui-ci. Le chanoine accepte de l’aider dans ses démarches et pense s’acquitter rapidement de ce service de charité. Mais Dieu a d’autres plans. Jean-Baptiste s’implique progressivement dans l’organisation des écoles et la formation des maîtres. Il commence par les loger près de chez lui, puis dans sa propre maison. Les maîtres, d’extraction modeste, dérangent ses habitudes de bourgeois cultivé. C’est le début d’un dépouillement radical que Jean-Baptiste n’avait pas prévu.

Le renoncement héroïque

En 1683, Jean-Baptiste de la Salle prend une décision stupéfiante qui scandalise sa famille et ses amis : il renonce à son canonicat de Reims et se prive ainsi de revenus considérables. L’année suivante, lors de la grande famine de 1684, il distribue l’intégralité de sa fortune aux pauvres. Ce geste radical n’est pas un coup de tête mais le fruit d’un long discernement spirituel. Jean-Baptiste a compris qu’il ne pouvait pas demander à ses maîtres de vivre dans la pauvreté et l’abandon à la Providence s’il conservait lui-même ses richesses et ses sécurités. Ce dépouillement volontaire, qui le place dans la même condition sociale que ses Frères, est la pierre angulaire de son oeuvre. Il vit désormais dans la même pauvreté que les enfants qu’il instruit et partage le pain des Frères et les aléas de leur existence précaire.

L’oeuvre éducative et les innovations pédagogiques

La fondation des Frères des Écoles chrétiennes

En 1684, Jean-Baptiste de la Salle fonde officiellement l’Institut des Frères des Écoles chrétiennes. Cette congrégation présente une originalité radicale dans l’histoire de l’Église : elle est composée exclusivement de laïcs consacrés qui ne sont pas prêtres et ne le deviendront jamais. Jean-Baptiste a voulu que les Frères soient entièrement disponibles pour leur mission d’enseignement, sans être détournés par des charges pastorales. Les Frères prononcent des voeux de pauvreté, de chasteté, d’obéissance et de stabilité, ainsi qu’un voeu spécifique d’enseigner gratuitement les enfants pauvres. Cette gratuité absolue est un principe fondamental que le fondateur défendra avec une ténacité inébranlable contre toutes les pressions. Les Frères portent un habit distinctif — la soutane noire à rabat blanc — et vivent en communauté selon une règle précise qui équilibre prière, travail et vie fraternelle.

Des innovations pédagogiques révolutionnaires

Saint Jean-Baptiste de la Salle est à l’origine de nombreuses innovations qui ont transformé durablement la pédagogie. La plus importante est l’introduction de l’enseignement simultané : au lieu de faire passer les élèves un par un devant le maître, le Frère s’adresse à toute la classe en même temps, les élèves étant regroupés par niveau. Cette méthode, qui nous semble aujourd’hui évidente, représente une véritable révolution à l’époque. Il impose également l’usage du français comme langue d’enseignement en remplacement du latin, incompréhensible pour les enfants du peuple. Il organise les classes par niveaux de compétence, crée les premières formations pour les maîtres — les « séminaires de maîtres de campagne » — qui préfigurent les écoles normales. Il rédige des manuels pédagogiques détaillés, dont la célèbre « Conduite des Écoles chrétiennes », un guide minutieux qui règle tous les aspects de la vie scolaire, de l’emploi du temps à la gestion de la discipline, en passant par les méthodes d’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Il invente aussi les « écoles dominicales » pour les jeunes travailleurs, les écoles de formation professionnelle et même un pensionnat pour les jeunes délinquants. Chacune de ces innovations place l’enfant au centre de la démarche éducative, avec un respect et une attention qui tranchent avec les pratiques brutales de l’époque.

Les épreuves et les oppositions

L’oeuvre de Jean-Baptiste de la Salle ne se construit pas sans obstacles. Il affronte l’hostilité des maîtres écrivains, corporation jalouse de ses prérogatives d’enseignement, qui lui intente des procès et fait fermer certaines de ses écoles. Des ecclésiastiques critiquent son choix de créer une congrégation de laïcs plutôt que de prêtres. Certains de ses propres Frères le trahissent ou l’abandonnent dans les moments difficiles. À plusieurs reprises, il est tenté de tout abandonner, mais il persévère, soutenu par une foi inébranlable en la Providence. Les crises internes de l’Institut, les difficultés financières permanentes et les tracasseries juridiques jalonnent les trente dernières années de sa vie. Jean-Baptiste traverse ces tempêtes avec une patience et une humilité qui révèlent la profondeur de sa vie intérieure.

La mort et la canonisation de saint Jean-Baptiste de la Salle

Les dernières années et le passage à Dieu

Les dernières années de la vie de Jean-Baptiste de la Salle sont marquées par un effacement volontaire. En 1717, il se démet de la charge de supérieur de l’Institut au profit du frère Barthélemy, pour obéir à la volonté des Frères exprimée lors d’une assemblée. Affaibli par des années de privations, de travaux et de souffrances morales, il se retire à la maison de Saint-Yon, près de Rouen. Il meurt le Vendredi saint, 7 avril 1719, à l’âge de soixante-sept ans, après avoir prononcé ces dernières paroles : « J’adore en toutes choses la conduite de Dieu à mon égard. » Son Institut compte alors vingt-trois maisons et plus de cent Frères qui instruisent des milliers d’enfants à travers la France. Son corps repose aujourd’hui dans la chapelle du centre international lasallien à Rome. Jean-Baptiste de la Salle est béatifié en 1888, canonisé le 24 mai 1900 par le pape Léon XIII, et proclamé patron de tous les éducateurs chrétiens le 15 mai 1950 par le pape Pie XII.

L’héritage spirituel de saint Jean-Baptiste de la Salle

Le père de l’école moderne

L’héritage de saint Jean-Baptiste de la Salle est immense et dépasse largement le cadre de l’Église catholique. Les historiens de l’éducation le reconnaissent comme l’un des fondateurs de la pédagogie moderne, et nombre de ses innovations ont été reprises par les systèmes éducatifs laïques du monde entier. Aujourd’hui, le réseau lasallien est présent dans plus de quatre-vingts pays, avec environ mille établissements scolaires, des universités et des centres de formation qui accueillent plus d’un million d’élèves et d’étudiants. Les Frères des Écoles chrétiennes, bien que moins nombreux qu’autrefois, continuent de porter la flamme de leur fondateur. Des milliers de laïcs associés les ont rejoints et partagent la même mission éducative. La spiritualité lasallienne, centrée sur la foi, la fraternité et le service éducatif des pauvres, inspire des générations d’enseignants et de formateurs. Le message de Jean-Baptiste de la Salle reste d’une actualité brûlante : l’éducation est le plus puissant levier de transformation sociale, et l’accès au savoir est un droit fondamental de chaque enfant, quelle que soit son origine.

Prier avec saint Jean-Baptiste de la Salle

Prière à saint Jean-Baptiste de la Salle

Seigneur Dieu, Toi qui as suscité saint Jean-Baptiste de la Salle pour donner une éducation chrétienne aux enfants des pauvres et affermir les jeunes dans la voie de la vérité, accorde-nous, par son intercession, la grâce de brûler du même zèle pour Ta gloire et le salut des âmes. Saint Jean-Baptiste de la Salle, toi qui as tout quitté — fortune, honneurs et sécurité — pour te consacrer à l’instruction des plus petits, intercède pour tous les enseignants et les éducateurs de notre temps. Obtiens-leur la patience, la sagesse et la charité nécessaires pour guider les jeunes qui leur sont confiés. Veille sur tous les enfants et les jeunes du monde, spécialement ceux qui sont privés d’éducation, et inspire à notre société le souci de la justice éducative. Par le Christ notre Seigneur. Amen.

Neuvaine à saint Jean-Baptiste de la Salle

La neuvaine à saint Jean-Baptiste de la Salle se prie pendant neuf jours consécutifs, de préférence du 29 mars au 6 avril, veille de sa fête liturgique. Chaque jour, récitez la prière ci-dessus, suivie d’un Notre Père, d’un Je vous salue Marie et d’un Gloire au Père. Méditez chaque jour sur un aspect de la mission éducative : la vocation d’enseignant comme appel de Dieu, la patience avec les élèves en difficulté, la gratuité du service, la formation personnelle continue, le souci des plus pauvres, la fraternité entre éducateurs, l’importance de la prière dans l’éducation, la confiance en la Providence, et l’espérance que chaque enfant porte en lui. Cette neuvaine est particulièrement recommandée aux enseignants, aux parents, aux catéchistes et à tous ceux qui exercent une responsabilité éducative.

Questions fréquentes

Pourquoi saint Jean-Baptiste de la Salle est-il le patron des enseignants ?

Saint Jean-Baptiste de la Salle a été proclamé patron de tous les éducateurs chrétiens par le pape Pie XII en 1950, en reconnaissance de son apport fondamental à l’histoire de la pédagogie. Il a créé le premier corps enseignant professionnel de l’histoire, inventé la formation des maîtres, introduit l’enseignement simultané et l’usage du français dans les écoles populaires. Ses innovations pédagogiques, consignées dans la « Conduite des Écoles chrétiennes », ont révolutionné l’éducation et posé les bases de l’école moderne telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Qu’est-ce que l’Institut des Frères des Écoles chrétiennes ?

L’Institut des Frères des Écoles chrétiennes est une congrégation religieuse laïque fondée par saint Jean-Baptiste de la Salle en 1684. Ses membres, appelés Frères, sont des laïcs consacrés qui prononcent des voeux religieux et se dédient exclusivement à l’enseignement. L’originalité de l’Institut est que les Frères ne sont pas prêtres et ne peuvent pas le devenir, afin de se consacrer entièrement à leur mission éducative. Aujourd’hui, le réseau lasallien est présent dans plus de quatre-vingts pays et forme plus d’un million d’élèves.

Quelles étaient les innovations pédagogiques de Jean-Baptiste de la Salle ?

Saint Jean-Baptiste de la Salle a introduit de nombreuses innovations qui ont transformé l’éducation : l’enseignement simultané (le maître s’adresse à toute la classe au lieu de faire passer les élèves un par un), l’usage du français au lieu du latin, le regroupement des élèves par niveaux de compétence, les manuels pédagogiques standardisés, la formation professionnelle des maîtres, les écoles du dimanche pour les jeunes travailleurs et les programmes adaptés aux besoins des enfants pauvres. Ces méthodes, révolutionnaires au XVIIe siècle, sont devenues la norme dans les systèmes éducatifs du monde entier.