Saint Jean Bosco : père et maître de la jeunesse

Fête
31 janvier
Vie
1815 - 1888
Patron(ne) de
jeunes, éditeurs, magiciens
saints italiens salésiens jeunesse XIXe siècle Turin
Portrait de saint Jean Bosco entouré de jeunes garçons dans l'oratoire de Turin
Olive Titus• CC BY 2.0

Qui était saint Jean Bosco ?

Saint Jean Bosco, universellement connu sous le nom affectueux de Don Bosco, est l’un des saints les plus populaires et les plus influents du XIXe siècle. Né dans une famille de paysans piémontais en 1815, mort à Turin en 1888, ce prêtre italien a consacré toute sa vie à l’éducation et au salut de la jeunesse pauvre et abandonnée. Il a fondé la Société de Saint-François-de-Sales (les Salésiens), l’Institut des Filles de Marie-Auxiliatrice et l’Association des Coopérateurs salésiens. Don Bosco a mis en œuvre un système éducatif révolutionnaire fondé sur la raison, la religion et l’affection, connu sous le nom de système préventif. Visionnaire infatigable, il a créé des oratoires, des écoles professionnelles, des patronages et des missions qui accueillent encore aujourd’hui des millions de jeunes à travers le monde. Doté de dons surnaturels remarquables, notamment des rêves prophétiques d’une précision stupéfiante, il a su allier un sens pratique extraordinaire à une vie mystique profonde. L’Église l’a proclamé « Père et Maître de la jeunesse » et sa fête est célébrée le 31 janvier.

Turin au temps du Risorgimento et la question sociale

Turin, capitale du Piémont et creuset de la révolution industrielle

Le XIXe siècle italien est marqué par des bouleversements politiques et sociaux considérables. Le mouvement du Risorgimento, qui vise à l’unification de la péninsule italienne, provoque des guerres, des révolutions et des tensions profondes entre l’Église et les nouvelles forces libérales et anticléricales. Turin, capitale du royaume de Piémont-Sardaigne puis brièvement de l’Italie unifiée, se trouve au cœur de ces transformations. La ville connaît une industrialisation rapide qui attire des milliers de paysans déracinés, venus chercher du travail dans les manufactures et les chantiers de construction. Parmi eux, de très nombreux jeunes garçons, parfois âgés de dix ou douze ans à peine, quittent leurs campagnes pour tenter leur chance dans la grande ville.

La misère de la jeunesse ouvrière

Ces jeunes migrants arrivent à Turin sans famille, sans instruction, sans protection. Exploités par des patrons sans scrupules, ils travaillent dans des conditions inhumaines pour des salaires de misère. Beaucoup tombent dans la délinquance, la mendicité ou la prison. Don Bosco raconte avoir été profondément choqué par sa visite aux prisons de Turin, où il découvrit des centaines de garçons de quinze à vingt ans, entassés dans des conditions effroyables, sans aucune perspective d’avenir. C’est cette réalité douloureuse qui détermine sa vocation : arracher ces jeunes à la misère matérielle et morale en leur offrant éducation, formation professionnelle et accompagnement spirituel. Dans un contexte où l’Église catholique est de plus en plus marginalisée par les gouvernements libéraux et où les lois de suppression des ordres religieux se multiplient, Don Bosco doit faire preuve d’une habileté diplomatique et d’une audace apostolique exceptionnelles pour mener à bien son œuvre. Il entretient des relations cordiales avec les autorités civiles tout en refusant de compromettre la mission spirituelle de ses institutions. Il navigue avec une sagesse remarquable entre les écueils politiques de son temps.

Vie et enfance de saint Jean Bosco

Les origines paysannes et le deuil du père (1815-1824)

Giovanni Melchiorre Bosco naît le 16 août 1815 dans le hameau des Becchi, commune de Castelnuovo d’Asti, dans le Piémont. Son père, Francesco Bosco, est un modeste paysan ; sa mère, Margherita Occhiena, est une femme d’une foi profonde et d’une énergie remarquable. Elle jouera un rôle essentiel dans la formation de son fils. La famille vit dans une grande pauvreté, aggravée par la terrible famine qui frappe l’Europe en 1816-1817. Le malheur frappe cruellement le foyer lorsque Francesco Bosco meurt d’une pneumonie en mai 1817. Margherita se retrouve veuve à vingt-neuf ans avec trois garçons à charge : Antonio, l’aîné, né d’un premier mariage de Francesco, Giuseppe et le petit Giovanni, âgé de seulement deux ans. Mamma Margherita, comme la tradition salésienne l’appelle avec vénération, élève ses fils avec une fermeté douce et une foi inébranlable. Elle leur inculque l’amour du travail, la crainte de Dieu et la charité envers les pauvres.

Le rêve des neuf ans et la vocation naissante

À l’âge de neuf ans, Giovanni fait un rêve qui orientera toute sa vie. Il se voit au milieu d’une foule de garçons qui se battent et blasphèment. Il tente de les arrêter par la force, mais un personnage lumineux, accompagné d’une dame resplendissante, lui dit : « Ce n’est pas par des coups mais par la douceur et la charité que tu devras gagner ces amis. Mets-toi immédiatement à les instruire sur la laideur du péché et la valeur de la vertu. » Puis les garçons se transforment en animaux sauvages, et les animaux en agneaux dociles. Ce rêve prophétique, que Don Bosco racontera souvent dans les années suivantes, contient en germe tout son programme éducatif et apostolique. Dès lors, le jeune Giovanni manifeste un désir ardent de devenir prêtre pour se consacrer aux jeunes. Pour les attirer, il apprend des tours de magie, de l’acrobatie et des numéros de saltimbanque qu’il présente le dimanche après la messe, à condition que ses camarades assistent d’abord à l’office. Mais son demi-frère Antonio s’oppose à ses études, et Giovanni doit quitter la maison familiale pour travailler comme valet de ferme chez un voisin, la famille Moglia, avant de pouvoir reprendre sa formation scolaire grâce à l’aide de prêtres bienveillants.

La vocation sacerdotale et les débuts de l’œuvre

Du séminaire à l’oratoire ambulant

Après des études difficiles marquées par la pauvreté, Giovanni Bosco entre au séminaire de Chieri en 1835 et est ordonné prêtre le 5 juin 1841. Envoyé à Turin pour compléter sa formation pastorale au Convitto Ecclesiastico, il rencontre don Cafasso, son directeur spirituel, qui l’oriente vers l’apostolat auprès des jeunes détenus et des garçons des rues. Le 8 décembre 1841, jour de l’Immaculée Conception, une rencontre providentielle scelle sa vocation : dans la sacristie de l’église Saint-François-d’Assise, il accueille Bartolomeo Garelli, un jeune orphelin maçon de seize ans, illettré et sans instruction religieuse. Don Bosco lui enseigne le signe de croix et un Ave Maria, puis lui donne rendez-vous pour le dimanche suivant. Bartolomeo revient avec des camarades, et c’est le début de l’oratoire, cette institution informelle qui deviendra le cœur de l’œuvre salésienne. L’oratoire migre de lieu en lieu dans les faubourgs de Turin, chassé par les voisins qui se plaignent du bruit, jusqu’à ce que Don Bosco acquière en 1846 un terrain dans le quartier du Valdocco, qui deviendra le berceau de la congrégation salésienne.

Le système préventif : raison, religion, affection

Don Bosco développe une méthode éducative qu’il appelle le système préventif, en opposition au système répressif qui domine les institutions de son époque. Ce système repose sur trois piliers : la raison (faire comprendre le sens des règles plutôt que les imposer), la religion (nourrir la vie spirituelle par les sacrements et la prière) et l’affection (montrer aux jeunes un amour paternel authentique). Don Bosco résume sa pédagogie dans une formule célèbre : « Il ne suffit pas d’aimer les jeunes, il faut qu’ils sachent qu’ils sont aimés. » L’éducateur doit être présent parmi les jeunes, partager leurs jeux et leurs préoccupations, prévenir les fautes plutôt que les punir, et créer un environnement familial où chacun se sent accueilli et valorisé.

L’œuvre salésienne et les merveilles de la Providence

La fondation de la Société de Saint-François-de-Sales

À partir de l’oratoire du Valdocco, Don Bosco fonde progressivement une véritable cité éducative. Elle comprend des dortoirs, des ateliers professionnels (cordonnerie, menuiserie, imprimerie, reliure), des salles de classe et une église. Sa mère Margherita le rejoint à Turin et devient la Mamma de tous les garçons du Valdocco. Elle cuisine pour eux, raccommode leurs vêtements et les console avec sa tendresse maternelle jusqu’à sa mort en 1856. En 1859, Don Bosco fonde officiellement la Société de Saint-François-de-Sales, congrégation religieuse dont les membres, prêtres et frères coadjuteurs, se consacrent à l’éducation de la jeunesse. Il choisit comme patron saint François de Sales pour son esprit de douceur et d’amabilité. La congrégation se développe rapidement : de Turin, elle s’étend à d’autres villes italiennes, puis en France, en Espagne, en Amérique du Sud. En 1872, avec sainte Marie-Dominique Mazzarello, il fonde l’Institut des Filles de Marie-Auxiliatrice pour l’éducation des jeunes filles. En 1875, il envoie ses premiers missionnaires en Argentine. Cette expansion mondiale fera des Salésiens l’une des congrégations les plus nombreuses de l’Église.

Les rêves prophétiques et les miracles

Tout au long de sa vie, Don Bosco est favorisé de rêves prophétiques d’une précision remarquable. Il prédit la mort de certains de ses élèves, l’avenir de la congrégation, des événements politiques et même des résultats de batailles. Le plus célèbre de ces rêves est celui des deux colonnes : il voit l’Église sous la forme d’un grand navire assailli par des ennemis, mais solidement ancré entre deux colonnes surmontées l’une de l’Eucharistie et l’autre de la Vierge Marie. La Providence divine se manifeste également de manière spectaculaire dans les difficultés matérielles de l’œuvre. À de nombreuses reprises, alors que Don Bosco n’a pas un sou pour nourrir ses centaines de garçons, des dons arrivent de manière inexplicable au dernier moment. On rapporte aussi la multiplication mystérieuse de pains, de châtaignes et d’hosties. Le chien gris, surnommé « il Grigio », qui apparaît mystérieusement pour protéger Don Bosco dans les quartiers dangereux et disparaît sans laisser de trace, demeure l’un des épisodes les plus énigmatiques de sa vie. Don Bosco possédait également le don de lire dans les consciences, qu’il exerçait notamment dans le sacrement de la confession pour guider ses jeunes avec une exactitude qui les laissait stupéfaits.

La mort du père de la jeunesse et sa canonisation

L’épuisement et le rappel à Dieu

Les dernières années de Don Bosco sont marquées par un épuisement physique total, fruit de cinquante années de labeur incessant. Presque aveugle, les jambes enflées, il peine à marcher mais continue néanmoins de travailler, de recevoir et de diriger sa congrégation. Son dernier voyage à Rome en 1887 est un triomphe : des foules immenses l’acclament et les dons affluent pour ses œuvres. Le 31 janvier 1888, à l’aube, entouré de ses fils spirituels en larmes, Don Bosco murmure ses derniers mots : « Dites aux jeunes que je les attends tous au paradis. » Il s’éteint paisiblement, à l’âge de soixante-douze ans. Toute la ville de Turin assiste à ses funérailles. Béatifié en 1929 par Pie XI, il est canonisé le 1er avril 1934, dimanche de Pâques, par le même pape qui le proclame « Père et Maître de la jeunesse ». Sa fête liturgique est célébrée le 31 janvier.

L’héritage spirituel de saint Jean Bosco

Une famille spirituelle au service de la jeunesse du monde

L’héritage de Don Bosco est immense et vivant. La famille salésienne constitue aujourd’hui l’une des plus grandes forces éducatives du monde catholique, avec plus de trente mille religieux et religieuses et des centaines de milliers de laïcs engagés, présents dans cent trente-quatre pays. Les écoles professionnelles, les patronages, les paroisses, les centres de jeunes et les missions salésiennes accueillent des millions de jeunes, en particulier les plus défavorisés. Le système préventif de Don Bosco, reconnu par les pédagogues du monde entier, continue d’inspirer des pratiques éducatives fondées sur la confiance, l’accompagnement personnel et le respect de la dignité de chaque jeune. Son message spirituel, enraciné dans une confiance absolue en la Providence divine et en l’intercession de Marie Auxiliatrice, reste d’une actualité brûlante dans un monde où la jeunesse est souvent livrée à elle-même. Comme il l’écrivait : « L’éducation est chose du cœur, et Dieu seul en est le maître. »

Prier avec saint Jean Bosco

Prière à saint Jean Bosco

Ô saint Jean Bosco, père et maître de la jeunesse, toi qui as consacré ta vie entière au salut des jeunes âmes, regarde avec bonté les enfants et les adolescents de notre temps. Dans un monde qui les expose à tant de dangers et de tentations, obtiens-leur la grâce de connaître et d’aimer Jésus-Christ. Toi qui as mis ta confiance totale dans Marie Auxiliatrice, apprends-nous à recourir à elle dans toutes nos difficultés. Aide les éducateurs, les parents et les prêtres à montrer cette affection paternelle que tu portais à chacun de tes garçons. Que ton système préventif inspire nos familles et nos communautés pour qu’aucun jeune ne soit abandonné. Intercède pour nous auprès du Seigneur afin que nous persévérions dans la foi, l’espérance et la charité. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Neuvaine à saint Jean Bosco

La neuvaine à saint Jean Bosco se récite traditionnellement du 22 au 30 janvier, en préparation de sa fête le 31 janvier. Chaque jour, après la prière ci-dessus, méditez sur un aspect de la spiritualité salésienne : la confiance en la Providence (jour 1), l’amour de Marie Auxiliatrice (jour 2), la fidélité aux sacrements (jour 3), la joie chrétienne (jour 4), le zèle pour le salut des âmes (jour 5), la patience dans les épreuves (jour 6), l’esprit de famille (jour 7), le travail sanctifié (jour 8) et l’abandon filial à la volonté de Dieu (jour 9). Concluez chaque jour par un Notre Père, un Je vous salue Marie et un Gloire au Père, en demandant la grâce particulière que vous souhaitez obtenir par l’intercession de Don Bosco.

Questions fréquentes

Pourquoi saint Jean Bosco est-il le patron des magiciens ?

Saint Jean Bosco est considéré comme le patron des magiciens et des prestidigitateurs en raison des talents qu’il développa dans sa jeunesse pour attirer les garçons de son village. Dès l’âge de dix ans, le jeune Giovanni apprenait des tours de passe-passe, de l’acrobatie et des numéros de jonglerie qu’il présentait après la messe dominicale. Ces spectacles avaient toujours un but apostolique : il n’acceptait de se produire qu’à condition que ses camarades assistent d’abord aux offices religieux. Cette utilisation de l’art du divertissement au service de l’évangélisation a fait de lui le protecteur naturel de ceux qui pratiquent l’art de l’illusion.

Qu’est-ce que le système préventif de Don Bosco ?

Le système préventif est la méthode éducative développée par saint Jean Bosco, fondée sur trois piliers : la raison, la religion et l’affection. Contrairement au système répressif qui punit les fautes après coup, le système préventif vise à prévenir les manquements en créant un environnement positif où le jeune est accompagné avec bienveillance. L’éducateur est constamment présent parmi les jeunes, partage leurs activités, gagne leur confiance et les guide vers le bien par la persuasion plutôt que par la contrainte. Cette méthode a été reconnue par l’UNESCO comme une contribution majeure à la pédagogie mondiale.

Que signifient les rêves de Don Bosco ?

Les rêves de Don Bosco constituent un phénomène spirituel remarquable qui accompagna toute sa vie. Don Bosco lui-même préférait les appeler des « rêves » par humilité, bien que leur caractère prophétique soit attesté par de nombreux témoins. Ces visions nocturnes lui révélaient l’avenir de ses élèves, le développement de sa congrégation, des événements politiques et l’état spirituel des âmes. Le rêve des neuf ans, celui des deux colonnes et celui de la vigne sont parmi les plus célèbres. L’Église n’a pas prononcé de jugement officiel sur leur nature surnaturelle, mais les reconnaît comme des signes de la guidance divine dans la vie de ce saint éducateur.