Saint Jean-Paul II : le pape qui a changé le monde

Fête
22 octobre
Vie
1920 - 2005
Patron(ne) de
Journées Mondiales de la Jeunesse, familles, jeunes
papes Pologne XXe siècle JMJ doctrine sociale
Portrait de Saint Jean-Paul II bénissant la foule
Radomił Binek• CC BY-SA 3.0

Qui était Saint Jean-Paul II ?

Karol Józef Wojtyła, devenu le pape Jean-Paul II, est l’une des figures les plus marquantes du XXe siècle. Premier pape non italien depuis 455 ans, premier pape polonais de l’histoire, il a profondément transformé l’Église catholique et pesé de tout son poids dans la chute du communisme en Europe.

Son pontificat de près de 27 ans (1978-2005) est le troisième plus long de l’histoire. Pape voyageur par excellence, il a parcouru plus de 1,2 million de kilomètres et visité 129 pays. Plus de 20 000 discours. Des millions de personnes rencontrées. Ces chiffres donnent le vertige, mais ils ne disent pas l’essentiel.

Canonisé par le pape François le 27 avril 2014, Jean-Paul II reste dans les mémoires comme le « pape des jeunes », l’artisan de la chute du mur de Berlin, et un témoin de la foi jusqu’au bout de sa maladie. Sa devise, « Totus Tuus » (Tout à Toi), exprime sa consécration totale à la Vierge Marie.

Contexte historique : la Pologne du XXe siècle

Un pays martyr

Karol Wojtyła naît en 1920, deux ans seulement après que la Pologne a retrouvé son indépendance, après 123 ans de partage entre l’Allemagne, l’Autriche et la Russie. Ce jeune État est fragile. Coincé entre deux puissances totalitaires, l’Allemagne nazie et l’Union soviétique, il n’a aucune marge de manœuvre.

En 1939, l’invasion allemande puis soviétique plonge la Pologne dans l’une des périodes les plus sombres de son histoire. Six millions de Polonais périssent pendant la Seconde Guerre mondiale, dont trois millions de Juifs. Karol vit ces années d’occupation dans sa chair.

Le communisme et la résistance de l’Église

Après la guerre, la Pologne tombe sous domination soviétique. Le régime communiste tente de détruire l’Église catholique, pilier de l’identité polonaise. Mais l’Église résiste. Elle devient le refuge de la nation, le lieu où la polonité survit malgré l’oppression. Les églises sont pleines quand le régime voudrait qu’elles soient vides.

C’est dans ce contexte de persécution et de résistance que se forge la vocation de Karol Wojtyła. Il comprend très tôt que la foi peut être plus forte que n’importe quel système totalitaire. Cette conviction ne le quittera jamais et guidera toute son action future.

Jeunesse et vocation de Karol Wojtyła

Une enfance marquée par le deuil

Karol Józef Wojtyła naît le 18 mai 1920 à Wadowice, petite ville du sud de la Pologne. Troisième enfant de Karol Wojtyła senior, sous-officier de l’armée, et d’Emilia Kaczorowska, institutrice, il a un frère aîné, Edmund, médecin de quatorze ans son aîné.

La mort frappe tôt cette famille. Emilia meurt en 1929, quand Karol a neuf ans. En 1932, son frère Edmund meurt de la scarlatine, contractée en soignant une patiente. Karol reste seul avec son père, homme pieux et austère qui l’élève dans la prière et la discipline.

« À vingt ans, écrit-il plus tard, j’avais déjà perdu tous ceux que j’aimais. » Ces deuils précoces forgent en lui une maturité spirituelle et une familiarité avec la souffrance qui ne s’effaceront jamais. On ne traverse pas de telles épreuves sans en être changé.

Le jeune intellectuel et artiste

Karol est un élève brillant, passionné de poésie, de théâtre et de sport. Il apprend le latin, le grec, l’allemand, et se distingue par sa mémoire exceptionnelle. Au lycée, il joue dans des pièces de théâtre et écrit déjà des poèmes.

En 1938, il s’inscrit à l’Université Jagellon de Cracovie pour étudier la philologie polonaise. Il rêve de devenir acteur ou poète. Mais l’invasion allemande de septembre 1939 ferme l’université et bouleverse ses plans. Le jeune homme de lettres devra d’abord survivre.

Les années d’occupation

Pendant l’occupation nazie, les Polonais sont traités comme des sous-hommes. L’intelligentsia est systématiquement persécutée. Karol travaille dans une carrière de pierre, puis dans une usine chimique, pour éviter la déportation. Il connaît le froid, la faim, l’épuisement.

Malgré les risques, il participe à la résistance culturelle. Il joue dans un « théâtre rhapsodique » clandestin qui maintient vivante la culture polonaise. Il lit saint Jean de la Croix et approfondit sa vie spirituelle. La mystique et la résistance se rejoignent chez lui.

En 1941, son père meurt. Karol, à vingt ans, se retrouve seul au monde. « Je n’ai jamais ressenti aussi profondément la solitude », confiera-t-il. C’est dans cette solitude qu’il discerne sa vocation sacerdotale. Quand on a tout perdu, il reste Dieu.

Le séminaire clandestin

En 1942, Karol entre secrètement au séminaire clandestin de Cracovie, dirigé par l’archevêque Adam Stefan Sapieha. Il poursuit ses études théologiques tout en continuant son travail d’ouvrier pour ne pas éveiller les soupçons. Être découvert signifierait la déportation ou la mort.

Après la guerre, il termine ses études au grand séminaire de Cracovie et est ordonné prêtre le 1er novembre 1946. Il part ensuite à Rome pour un doctorat en théologie, puis à Louvain pour approfondir sa formation.

L’évêque et le cardinal

Un jeune évêque face au communisme

De retour en Pologne, Karol Wojtyła enseigne l’éthique et accompagne les étudiants. Son charisme, sa proximité avec les jeunes et sa profondeur intellectuelle le distinguent. En 1958, à seulement 38 ans, il est nommé évêque auxiliaire de Cracovie. Le plus jeune évêque de Pologne.

Sa méthode est inhabituelle : il va vers les gens, organise des camps de montagne avec les jeunes, pratique le ski et le kayak. Cette proximité humaine, rare pour un évêque, construit des liens profonds avec son peuple. Il n’est pas un dignitaire lointain. Il marche avec les siens.

En 1964, il devient archevêque de Cracovie. En 1967, Paul VI le crée cardinal. Il participe activement au Concile Vatican II (1962-1965), où ses interventions sur la liberté religieuse et la dignité humaine sont remarquées.

Le concile Vatican II et la liberté religieuse

Le cardinal Wojtyła contribue de manière significative à l’élaboration de la déclaration « Dignitatis Humanae » sur la liberté religieuse. Pour lui, cette liberté n’est pas une concession au relativisme mais une exigence de la dignité humaine. Il sait de quoi il parle : il vit sous un régime qui nie cette liberté chaque jour.

« La liberté religieuse a ses racines dans la dignité même de la personne humaine », enseigne le Concile. Cette conviction, forgée dans la résistance au totalitarisme, guidera tout le pontificat de Jean-Paul II.

L’élection et le pontificat

« Habemus Papam ! », 16 octobre 1978

Le 16 octobre 1978, après seulement 33 jours de pontificat, le pape Jean-Paul Ier meurt. Le conclave qui suit élit Karol Wojtyła. À 58 ans, il devient le 264e pape de l’histoire sous le nom de Jean-Paul II.

« N’ayez pas peur ! » lance-t-il sur la place Saint-Pierre lors de son intronisation. Ces mots, repris tout au long de son pontificat, deviennent son cri de ralliement. « Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! »

L’élection d’un pape polonais est un séisme politique. Moscou s’inquiète. En Pologne, l’émotion est immense. L’Église de silence a donné un pape au monde. Personne ne s’y attendait.

Le premier voyage en Pologne, 1979

En juin 1979, Jean-Paul II effectue son premier voyage en Pologne. Des millions de Polonais se massent sur son passage. À Varsovie, il lance : « Que ton Esprit descende ! Qu’il descende et renouvelle la face de la terre. De cette terre ! »

Ce voyage est un tournant historique. Le peuple polonais découvre sa propre force. « Nous étions des millions, raconte un témoin. Pour la première fois depuis des décennies, nous n’avions plus peur. » Le mouvement Solidarność naîtra un an plus tard. Le lien de cause à effet est direct.

L’attentat du 13 mai 1981

Le 13 mai 1981, place Saint-Pierre, le pape est victime d’un attentat. Mehmet Ali Ağca, un Turc, lui tire dessus à bout portant. Grièvement blessé, Jean-Paul II frôle la mort.

Il attribue sa survie à l’intercession de la Vierge de Fatima, l’attentat ayant eu lieu le jour anniversaire de la première apparition. En 1983, il rend visite à son agresseur en prison et lui pardonne publiquement. Ce geste bouleverse le monde entier. Le pardon n’est plus une abstraction théologique ; c’est un homme blessé qui regarde dans les yeux celui qui a voulu le tuer.

La chute du communisme

Jean-Paul II pèse d’un poids décisif dans la chute du communisme en Europe de l’Est. Son soutien moral à Solidarność, ses appels répétés à la liberté, sa simple présence de pape polonais minent le système soviétique de l’intérieur.

Mikhaïl Gorbatchev reconnaîtra lui-même l’influence du pape : « Ce qui s’est passé en Europe de l’Est n’aurait pas été possible sans ce pape. » Le mur de Berlin tombe le 9 novembre 1989. Jean-Paul II a contribué à « gagner la Guerre froide sans tirer un coup de feu », selon la formule de Lech Wałęsa. C’est une affirmation forte, mais les historiens la confirment largement.

L’héritage spirituel de Jean-Paul II

Les Journées Mondiales de la Jeunesse

En 1985, Jean-Paul II institue les Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ). Ces grands rassemblements internationaux réunissent des millions de jeunes catholiques autour du pape. Rome 2000, Manille 1995, Cologne 2005 : les foules sont immenses.

« Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde », répète-t-il aux jeunes. Les JMJ ont suscité d’innombrables vocations et renouvelé la jeunesse de l’Église. Elles restent, trente ans après leur création, l’un des legs les plus vivants de son pontificat.

La théologie du corps

Jean-Paul II développe une réflexion approfondie sur le corps, la sexualité et le mariage, connue sous le nom de « théologie du corps ». Cette catéchèse, donnée lors des audiences du mercredi entre 1979 et 1984, renouvelle la vision chrétienne de l’amour humain.

Pour lui, le corps n’est pas un obstacle à la vie spirituelle mais un langage qui exprime la personne tout entière. L’union des époux est un « sacrement de l’amour de Dieu ». Cette pensée, longtemps méconnue, gagne aujourd’hui en influence.

La dévotion mariale

« Totus Tuus » : tout à toi. Cette devise, empruntée à saint Louis-Marie Grignion de Montfort, exprime la consécration totale de Jean-Paul II à Marie. Il est convaincu que la Vierge l’a protégé lors de l’attentat de 1981.

Il proclame l’année mariale 1987-1988, multiplie les pèlerinages aux sanctuaires mariaux, et promeut la récitation du chapelet. Il ajoute même cinq nouveaux mystères « lumineux » au rosaire traditionnel. Sa piété mariale n’est pas décorative. Elle structure sa vie intérieure.

La maladie et la mort

Le choix de rester jusqu’au bout

À partir de 1994, la maladie de Parkinson affaiblit progressivement Jean-Paul II. Ses mains tremblent, sa voix faiblit, sa démarche devient difficile. Mais il refuse de démissionner.

« Le Christ n’est pas descendu de la croix », dit-il. Il veut que sa souffrance même soit un témoignage. Ce pape vieillissant, malade, tremblant, délivre un message puissant dans un monde qui cache la souffrance et la mort. Il y a quelque chose de provocant dans ce choix de rester visible à l’heure où tout invite à se retirer.

« Santo Subito ! »

Jean-Paul II meurt le 2 avril 2005, veille du dimanche de la Miséricorde Divine qu’il avait lui-même institué. Lors de ses funérailles, la foule crie « Santo Subito ! » : « Saint tout de suite ! »

Le processus de béatification commence aussitôt, par dérogation au délai habituel de cinq ans. Il est béatifié par Benoît XVI le 1er mai 2011, et canonisé par le pape François le 27 avril 2014. La foule avait raison.

Prier avec Saint Jean-Paul II

Prière à Saint Jean-Paul II

Saint Jean-Paul II, toi qui as parcouru le monde pour annoncer l’Évangile, intercède pour nous qui cherchons la voie de la sainteté.

Toi qui n’as pas eu peur de défendre la vérité, donne-nous le courage de témoigner de notre foi.

Toi qui as su voir en chaque jeune un appel de Dieu, aide les nouvelles générations à découvrir leur vocation.

Toi qui as offert ta souffrance pour l’Église et le monde, soutiens les malades et les personnes âgées.

Saint Jean-Paul II, priez pour nous. Amen.

Prière pour les jeunes

Seigneur Jésus, par l’intercession de Saint Jean-Paul II, envoie ton Esprit sur la jeunesse du monde. Qu’elle n’ait pas peur de s’engager à ta suite. Qu’elle découvre la joie de l’Évangile et le bonheur de se donner. Amen.

Questions fréquentes

Pourquoi Jean-Paul II est-il appelé le « pape des jeunes » ?

Jean-Paul II a créé les Journées Mondiales de la Jeunesse en 1985 et les a présidées jusqu’à sa mort. Ces rassemblements ont attiré des millions de jeunes. Le pape avait une connexion naturelle avec la jeunesse, héritée de son ministère auprès des étudiants en Pologne. Il leur disait : « Vous êtes l’avenir de l’Église et du monde. »

Quel rôle Jean-Paul II a-t-il tenu dans la chute du communisme ?

Son influence a été décisive, bien qu’indirecte. Son élection a galvanisé les Polonais. Son premier voyage en Pologne (1979) a montré au peuple sa propre force. Son soutien à Solidarność a encouragé la résistance. Ses appels à la liberté ont sapé la légitimité du système soviétique. Gorbatchev a reconnu que « rien n’aurait été possible sans ce pape ».

Où peut-on vénérer Saint Jean-Paul II ?

Le corps de Saint Jean-Paul II repose dans la chapelle Saint-Sébastien de la basilique Saint-Pierre, au Vatican. On peut aussi visiter Wadowice (sa ville natale), Cracovie (où il fut évêque), et les nombreux sanctuaires qu’il a visités lors de ses voyages apostoliques.