Qui était Saint Louis ?
Saint Louis, né Louis IX de France, est le seul roi de France à avoir été canonisé par l’Église catholique. Son règne s’étend de 1226 à 1270. Il fut un souverain chrétien d’une trempe rare : juste, pieux, soucieux des pauvres, prêt à risquer sa vie pour défendre la foi. Aucun autre roi de France n’a atteint ce sommet.
L’image du roi rendant la justice sous le chêne de Vincennes est restée gravée dans la mémoire collective française. Ce roi lavait les pieds des pauvres. Il visitait les lépreux de ses propres mains. Il était aussi un administrateur efficace et un diplomate respecté dans toute l’Europe. Son règne marque l’apogée de la monarchie capétienne.
Canonisé par le pape Boniface VIII en 1297, seulement vingt-sept ans après sa mort, Saint Louis reste un modèle de vie chrétienne pour tous les états de vie. Il prouve qu’on peut être saint dans l’exercice du pouvoir, et que la politique peut se mettre au service du bien commun et de la gloire de Dieu. Ce n’est pas un hasard si aucun autre roi de France n’a reçu cet honneur.
La France du XIIIe siècle, sommet de la chrétienté
L’apogée de la civilisation médiévale
Le XIIIe siècle est souvent considéré comme le sommet de la civilisation médiévale chrétienne. C’est le siècle des grandes cathédrales gothiques (Notre-Dame de Paris, Chartres, Reims), de la fondation des universités, de la scolastique avec saint Thomas d’Aquin, des ordres mendiants franciscains et dominicains.
La France de Saint Louis est le royaume le plus peuplé et le plus puissant d’Europe. Paris est la capitale intellectuelle de la chrétienté, avec son université qui attire des étudiants de tout le continent. Le français devient la langue de la diplomatie et de la courtoisie dans les cours européennes.
Un héritage politique complexe
Louis IX hérite d’un royaume considérablement agrandi par son grand-père Philippe Auguste, vainqueur de Bouvines en 1214. Mais il hérite aussi de conflits non résolus : la croisade contre les Albigeois dans le sud de la France, les tensions avec l’Angleterre des Plantagenêts, les querelles entre le pape et l’empereur germanique.
Le jeune roi devra naviguer entre ces écueils. Il cherchera toujours la paix et la justice plutôt que la conquête et la gloire militaire, ce qui le distingue nettement de la plupart des souverains de son temps.
Vie et enfance de Louis IX
Une naissance royale à Poissy
Louis naît le 25 avril 1214 à Poissy, quelques mois avant la victoire de Bouvines. Il est le fils de Louis VIII le Lion et de Blanche de Castille, petite-fille d’Aliénor d’Aquitaine. Le lieu de son baptême lui restera cher toute sa vie. Il signera « Louis de Poissy » plutôt que « Louis, roi de France », pour rappeler que le baptême l’avait fait enfant de Dieu avant que le sacre ne le fasse roi. Ce choix en dit long sur sa hiérarchie des valeurs.
L’enfance de Louis est marquée par la figure imposante de sa mère. Blanche de Castille, femme de foi et de caractère, élève son fils dans la piété et lui inculque une conscience aiguë de ses devoirs royaux. « J’aimerais mieux te voir mort que souillé d’un péché mortel », lui dit-elle. La phrase est dure. Elle façonnera un roi.
Une régence mouvementée
En 1226, Louis VIII meurt lors de la croisade des Albigeois. Louis IX, âgé de douze ans, devient roi de France. Blanche de Castille assure la régence et doit faire face à la révolte des grands barons qui contestent l’autorité d’une femme et d’un enfant sur le trône.
Avec énergie et habileté, Blanche mate les rebellions et préserve l’intégrité du royaume. Louis, à ses côtés, apprend l’art de gouverner. Il voit sa mère résister aux pressions, négocier avec les uns, commander aux autres, tout en restant fidèle à la prière et aux œuvres de charité. Cette double leçon, la fermeté et la piété, ne le quittera jamais.
Le mariage avec Marguerite de Provence
En 1234, Louis épouse Marguerite de Provence, fille du comte Raymond-Bérenger IV. Cette union, politique à l’origine, devient un authentique mariage d’amour. Le couple aura onze enfants, dont cinq atteindront l’âge adulte.
Marguerite accompagnera Louis en croisade et lui donnera un fils à Damiette, en pleine campagne d’Égypte. Leur tendresse mutuelle est attestée par les chroniqueurs, même si Blanche de Castille, jalouse de l’influence de sa belle-fille, chercha parfois à les séparer.
Le règne de Saint Louis
Le roi qui rendait justice sous un chêne
L’image la plus célèbre de Saint Louis est celle du roi rendant la justice sous le chêne de Vincennes. Joinville, son ami et biographe, raconte : « Maintes fois, il arrivait qu’en été, il allait s’asseoir au bois de Vincennes après sa messe, s’adossait à un chêne, et nous faisait asseoir autour de lui. Et tous ceux qui avaient affaire venaient lui parler, sans empêchement d’huissier ni d’autre. »
Cette justice directe, accessible aux humbles comme aux puissants, tranche avec les pratiques de l’époque. Louis réforme le système judiciaire, interdit les duels judiciaires (l’ordalie), nomme des enquêteurs royaux pour vérifier que les baillis et sénéchaux n’oppriment pas le peuple. Il ne se contente pas de proclamer la justice. Il la rend lui-même.
Les grandes ordonnances
Le règne de Louis IX est marqué par d’importantes réformes administratives. Il stabilise la monnaie royale, qui devient la seule ayant cours dans tout le royaume. Il interdit les guerres privées entre seigneurs. Il organise l’administration royale avec une efficacité que ses prédécesseurs n’avaient pas atteinte.
Louis cherche aussi à moraliser la société. Il prohibe la prostitution, les jeux d’argent, le blasphème. Ces mesures, parfois excessives à nos yeux, expriment sa volonté de bâtir une société conforme à l’Évangile. On peut discuter de leur pertinence, mais pas de la sincérité qui les anime.
Le protecteur de l’Église et des pauvres
Saint Louis fonde de nombreux hôpitaux et léproseries, dont l’Hôpital des Quinze-Vingts pour les aveugles. Il visite lui-même les malades, servant les lépreux à table et lavant les pieds des pauvres le Jeudi Saint. Ces gestes ne sont pas symboliques. Ils sont réguliers et concrets.
Il protège les ordres mendiants nouvellement fondés, franciscains et dominicains, contre l’hostilité de certains évêques et universitaires. Il fait construire la Sainte-Chapelle à Paris pour abriter les reliques de la Passion, la couronne d’épines et un morceau de la vraie Croix, qu’il a acquises à grands frais de l’empereur de Constantinople.
Les croisades de Saint Louis
La septième croisade (1248-1254)
En 1244, Jérusalem tombe définitivement aux mains des musulmans. Louis, bouleversé, fait vœu de partir en croisade. Malgré les réticences de sa mère et de ses conseillers, il s’embarque en 1248 avec une puissante armée.
La campagne vise l’Égypte, considérée comme la clé de la Terre Sainte. Les croisés prennent Damiette en 1249, mais la marche vers Le Caire tourne au désastre. En avril 1250, l’armée est écrasée à Mansourah. Louis lui-même est fait prisonnier.
Captif des musulmans, le roi montre une dignité qui impressionne ses geôliers. Il négocie sa libération contre une rançon colossale de 800 000 besants d’or et la restitution de Damiette. Libéré, il ne rentre pas en France. Il reste quatre ans en Terre Sainte, fortifiant les places chrétiennes et rachetant les captifs. Ce choix de rester, alors que tout semble perdu, est peut-être son acte le plus courageux.
La huitième croisade et la mort à Tunis (1270)
En 1267, malgré ses cinquante-trois ans (un âge avancé pour l’époque) et sa santé déclinante, Louis prend à nouveau la croix. Cette fois, il vise Tunis, espérant convertir l’émir et en faire un allié contre l’Égypte.
La flotte arrive devant Tunis en juillet 1270. Mais une épidémie de dysenterie, peut-être de typhus (les historiens hésitent), ravage le camp. Louis lui-même est frappé. Le 25 août 1270, couché sur un lit de cendres en signe de pénitence, le roi de France expire en murmurant : « Jérusalem ! Jérusalem ! »
Son corps est ramené en France. Son cœur est conservé à Monreale, en Sicile. Ses ossements reposent à la basilique de Saint-Denis, nécropole des rois de France.
La sainteté de Louis IX
Un roi pénitent sous la couronne
Contrairement à l’image dorée qu’on peut en avoir, la vie quotidienne de Saint Louis était austère. Il portait le cilice, jeûnait rigoureusement, se faisait flageller par son confesseur. Ces pratiques, qui surprennent aujourd’hui, exprimaient son sens aigu du péché et son désir de s’unir aux souffrances du Christ.
Louis confessait régulièrement ses fautes, y compris des scrupules qui nous paraîtraient minimes. Il craignait de mal exercer son office royal et de manquer à la justice. Cette humilité chez un homme aussi puissant impressionnait ses contemporains. On peut y voir de l’excès. On peut aussi y voir l’exacte mesure de la responsabilité qu’il portait.
La canonisation
Dès sa mort, la réputation de sainteté de Louis se répand. Des miracles sont signalés sur sa tombe. En 1282, le pape Martin IV ouvre le procès de canonisation. En 1297, Boniface VIII proclame Louis saint de l’Église catholique.
La bulle de canonisation souligne ses vertus royales : la justice, la protection des faibles, la paix qu’il a maintenue dans son royaume. Mais elle insiste aussi sur sa vie personnelle de prière, de pénitence et de charité. Louis n’est pas saint parce qu’il était roi. Il est saint parce qu’il a été un roi saint.
L’héritage spirituel de Saint Louis
Un modèle pour ceux qui gouvernent
Saint Louis reste un modèle pour tous ceux qui exercent des responsabilités publiques. Il montre que le pouvoir peut être exercé avec justice et miséricorde, au service des plus faibles. Ses « enseignements » à son fils Philippe, rédigés peu avant sa mort, constituent un traité de gouvernement chrétien dont la pertinence n’a pas faibli.
« Cher fils, s’il advient que tu deviennes roi, veille à avoir les qualités qui appartiennent aux rois, c’est-à-dire que tu sois si juste que tu ne t’écartes jamais de la justice, quoi qu’il advienne. »
La Sainte-Chapelle, chef-d’œuvre de foi et de lumière
La Sainte-Chapelle de Paris, construite en moins de dix ans entre 1242 et 1248, reste l’expression la plus saisissante de la foi de Saint Louis. Ce chef-d’œuvre de l’art gothique rayonnant, tout de vitraux et de lumière, était la chapelle privée du roi, écrin destiné aux reliques de la Passion.
Visiter la Sainte-Chapelle, c’est entrer dans l’univers spirituel de Saint Louis. Vous contemplez la Bible en images que forment ses vitraux, et les colonnes, les ogives vous élèvent vers le ciel presque malgré vous. Aucun autre édifice à Paris ne produit un tel effet.
Prier avec Saint Louis
Prière de Saint Louis
Seigneur, apprenez-moi à être généreux, à vous servir comme vous le méritez, à donner sans compter, à combattre sans souci des blessures, à travailler sans chercher le repos, à me dépenser sans attendre d’autre récompense que celle de savoir que je fais votre sainte volonté. Amen.
Prière à Saint Louis
Saint Louis, roi de France, modèle de justice et de charité, intercédez pour notre pays. Obtenez-nous des gouvernants intègres, soucieux du bien commun. Apprenez-nous à servir les pauvres comme vous l’avez fait. Aidez-nous à mettre Dieu à la première place dans nos vies. Saint Louis, priez pour la France et pour nous. Amen.
Questions fréquentes
Pourquoi Saint Louis est-il le seul roi de France canonisé ?
Bien que d’autres rois de France aient été pieux (Robert le Pieux, Louis VII), aucun n’a réuni les conditions requises pour la canonisation comme Louis IX. Sa vie de prière intense, ses mortifications, ses œuvres de charité, sa mort en croisade, et surtout les miracles constatés après sa mort ont conduit l’Église à le reconnaître comme saint. Son procès de canonisation a été l’un des plus rigoureux de l’époque.
Saint Louis était-il vraiment juste envers tous ?
Saint Louis cherchait sincèrement la justice, y compris envers les non-chrétiens. Il rendit à l’Angleterre des territoires qu’il aurait pu garder, préférant une paix juste à des gains contestables. Cependant, sa conception de la justice était celle de son temps : il imposa des restrictions aux Juifs et soutint l’Inquisition contre les hérétiques. Il faut le replacer dans son siècle, où la défense de l’unité chrétienne était considérée comme un devoir royal. Le juger selon nos critères actuels serait un anachronisme, mais reconnaître ces zones d’ombre est un devoir de vérité.
Où peut-on vénérer Saint Louis ?
Les principaux lieux liés à Saint Louis sont la Sainte-Chapelle à Paris (qu’il fit construire), la basilique Saint-Denis (où reposent ses ossements), Poissy (son lieu de naissance et de baptême), et Vincennes (où il rendait la justice). En Tunisie, une cathédrale fut érigée sur le lieu de sa mort, devenue aujourd’hui Acropolium de Carthage.