Saint Martin de Tours, patron de la France

Fête
11 novembre
Vie
316 - 397
Patron(ne) de
France, soldats, mendiants
saints français Antiquité charité Tours IVe siècle
Saint Martin de Tours partageant son manteau avec un pauvre aux portes d'Amiens
UnknownUnknown . Architect: Étienne de MortagneEusebius• Public domain

Qui était saint Martin de Tours ?

Saint Martin de Tours est sans doute le saint le plus populaire et le plus vénéré de toute l’histoire de France. Né vers 316 à Sabaria, dans la province romaine de Pannonie (actuelle Szombathely en Hongrie), ce fils d’officier romain devint le modèle par excellence de la charité chrétienne grâce à un geste devenu légendaire : le partage de son manteau avec un pauvre grelottant de froid aux portes d’Amiens. Soldat romain converti au christianisme, Martin renonça aux armes pour se consacrer entièrement à Dieu. Il fonda le premier monastère de Gaule à Ligugé, près de Poitiers, en 361, avant d’être élu évêque de Tours en 371. Il exerça cette charge avec un zèle apostolique sans égal pendant plus de vingt-cinq ans. Infatigable évangélisateur des campagnes gauloises encore largement païennes, thaumaturge et homme de prière, saint Martin de Tours est le patron de la France, des soldats, des cavaliers, des mendiants et de nombreuses villes et paroisses. Sa fête, célébrée le 11 novembre, coïncide avec la date de ses funérailles en 397 et demeure l’une des plus importantes du calendrier liturgique français.

L’Empire romain au IVe siècle, entre paganisme et christianisme

La christianisation progressive de l’Empire

Le IVe siècle constitue un tournant majeur dans l’histoire du christianisme et de l’Empire romain. En 313, l’édit de Milan, promulgué par les empereurs Constantin et Licinius, accorde la liberté de culte aux chrétiens et met fin à près de trois siècles de persécutions. En 380, l’édit de Thessalonique, signé par l’empereur Théodose, fait du christianisme la religion officielle de l’Empire. Entre ces deux dates, la société romaine vit une transformation profonde, passant progressivement du paganisme au christianisme.

Cette christianisation est loin d’être uniforme. Si les grandes villes de l’Empire adoptent assez rapidement la nouvelle foi, les campagnes restent largement attachées aux anciens cultes. Le mot « païen » lui-même vient du latin paganus, qui signifie « habitant de la campagne ». C’est précisément dans ce contexte que se situe l’action missionnaire de saint Martin de Tours. Il consacra une grande partie de son épiscopat à évangéliser les zones rurales de la Gaule, détruisant les temples et les arbres sacrés des païens pour y substituer des églises et des croix.

La Gaule romaine de cette époque est une société en pleine mutation. Les structures administratives de l’Empire se maintiennent encore, mais les premières incursions barbares annoncent les bouleversements à venir. La vie monastique, importée d’Orient par des figures comme saint Athanase d’Alexandrie, commence à s’implanter en Occident. Martin de Tours sera l’un des pionniers de ce mouvement monastique en Gaule, en faisant de Ligugé puis de Marmoutier des foyers de prière et de rayonnement évangélique qui marqueront durablement le paysage religieux de la France.

Vie et enfance de saint Martin de Tours

Le fils du tribun militaire

Martin naît vers 316 à Sabaria, en Pannonie, au sein d’une famille païenne. Son père est tribun militaire dans l’armée romaine, un grade important qui confère à la famille un statut social respectable. La carrière militaire du père conduit bientôt la famille à Pavie, dans le nord de l’Italie, où Martin passe l’essentiel de son enfance. C’est là, vers l’âge de dix ans, que le jeune garçon entre en contact avec le christianisme et demande à être inscrit au catéchuménat, la période de préparation au baptême, contre la volonté de ses parents restés fidèles au paganisme romain.

Cette attirance précoce pour la foi chrétienne, dans un milieu familial hostile, révèle déjà la force de caractère et l’indépendance d’esprit qui caractériseront toute la vie de Martin. La vocation religieuse du jeune garçon se heurte cependant à la réalité de son temps : en tant que fils de vétéran de l’armée romaine, Martin est soumis à l’obligation du service militaire. À quinze ans, il est enrôlé dans la cavalerie impériale, conformément aux décrets de l’empereur qui imposent aux fils de soldats de suivre la carrière des armes.

Le soldat malgré lui

Martin sert dans l’armée romaine pendant environ vingt-cinq ans, d’abord en Italie puis en Gaule. Bien qu’astreint au métier des armes, il mène une vie d’une rigueur et d’une austérité remarquables pour un soldat. Sulpice Sévère, son biographe et disciple, rapporte qu’il ne gardait qu’un seul serviteur alors que son grade lui en autorisait plusieurs, et que c’était souvent Martin lui-même qui servait son domestique à table et lui cirait ses chaussures. Cette humilité extraordinaire, cette inversion des rôles sociaux, frappait ses camarades d’armes et suscitait leur respect.

C’est durant cette période militaire, vers 334-338, que se produit l’épisode le plus célèbre de sa vie : le partage du manteau. Un jour d’hiver particulièrement rigoureux, alors qu’il franchissait la porte d’Amiens avec sa troupe, Martin aperçoit un mendiant à demi nu, transi de froid, que personne ne secourt. Pris de compassion, il tire son épée, tranche son manteau militaire en deux et en donne la moitié au malheureux. La nuit suivante, le Christ lui apparaît en songe, revêtu de la moitié du manteau, et déclare aux anges qui l’entourent : « Martin, encore catéchumène, m’a couvert de ce vêtement. » Cette vision décide Martin à recevoir le baptême sans plus attendre. Il est baptisé à Amiens, probablement à Pâques 339.

La conversion et la vocation monastique de saint Martin

Le refus des armes et le choix de Dieu

Après son baptême, Martin aspire à quitter l’armée pour se consacrer entièrement à Dieu, mais les obligations militaires le retiennent encore plusieurs années. L’occasion se présente enfin en 356, à Worms, en Germanie, à la veille d’une bataille contre les Alamans. Martin refuse de combattre et déclare à l’empereur Julien : « Je suis soldat du Christ, il ne m’est pas permis de combattre. » Accusé de lâcheté, il propose de se placer le lendemain en première ligne, sans armes, protégé par la seule croix du Christ. Selon la tradition, les Alamans demandent la paix le jour même, rendant la bataille inutile. Martin obtient alors son congé.

Libéré de ses obligations militaires, Martin se rend auprès de saint Hilaire de Poitiers, l’un des plus grands théologiens de l’Église d’Occident, qui devient son maître et son guide spirituel. Après un bref séjour en Pannonie, où il convertit sa mère au christianisme, et un passage en Italie, Martin revient auprès d’Hilaire à Poitiers. En 361, il fonde à Ligugé, à quelques kilomètres de Poitiers, le premier monastère de Gaule, considéré aujourd’hui comme la plus ancienne fondation monastique de tout l’Occident. Ce monastère, où Martin mène une vie de prière, de jeûne et de travail manuel, attire bientôt de nombreux disciples et devient un foyer d’évangélisation pour toute la région.

L’épiscopat et les miracles de saint Martin de Tours

L’élection épiscopale malgré lui

En 371, le siège épiscopal de Tours est vacant. Le peuple et le clergé de la ville veulent Martin pour évêque, mais celui-ci, par humilité, refuse catégoriquement cette charge qu’il juge au-dessus de ses forces. Selon la tradition rapportée par Sulpice Sévère, les Tourangeaux eurent recours à une ruse pour le faire sortir de son monastère : un certain Rusticius vint le supplier de venir auprès de sa femme malade. Martin, poussé par la charité, se met en route et se retrouve entraîné par la foule jusqu’à la cathédrale, où il est acclamé évêque par le peuple. Certains évêques présents s’opposent à cette élection, trouvant Martin trop négligé dans sa mise, trop rustre pour la dignité épiscopale. Mais la volonté populaire l’emporte, et Martin est consacré évêque de Tours.

Devenu évêque, Martin ne change rien à son mode de vie monastique. Il s’installe non pas dans le palais épiscopal mais dans une cellule attenante à la cathédrale, puis fonde le monastère de Marmoutier, sur la rive droite de la Loire, en face de Tours. Ce monastère, qui rassemble bientôt plus de quatre-vingts moines, devient le centre de son action pastorale et missionnaire. C’est de Marmoutier que partent les campagnes d’évangélisation des campagnes gauloises, une œuvre gigantesque qui transformera en profondeur le visage religieux de la Gaule.

Les miracles et l’évangélisation des campagnes

L’activité de Martin comme évêque est prodigieuse. Infatigable voyageur, il parcourt à pied, à dos d’âne ou en barque les vastes étendues de son diocèse et au-delà, en prêchant l’Évangile aux populations rurales encore attachées aux cultes païens. Sulpice Sévère rapporte de nombreux miracles accomplis par Martin : guérisons de lépreux, d’aveugles et de paralytiques, résurrections de morts, exorcismes, et même le pouvoir de commander aux forces de la nature.

Un épisode particulièrement célèbre est la destruction du pin sacré de Levroux. Les païens du lieu vénéraient un pin immense qu’ils considéraient comme la demeure d’un dieu. Martin obtient l’autorisation de l’abattre, à condition de se placer du côté où l’arbre doit tomber. L’arbre, miraculeusement, tombe du côté opposé, manquant de peu d’écraser les païens eux-mêmes, qui se convertissent en masse devant ce prodige. Ces récits, même s’il convient de les lire avec le recul critique nécessaire, révèlent l’impact extraordinaire de la prédication de Martin sur les populations de la Gaule.

Martin ne se contente pas de détruire les sanctuaires païens. Il les remplace systématiquement par des églises et des chapelles chrétiennes, implantant le maillage paroissial qui structurera la France chrétienne pendant plus d’un millénaire. Son action pastorale s’accompagne d’un souci constant des pauvres, des prisonniers et des opprimés. Il n’hésite pas à intervenir auprès des autorités impériales pour obtenir la grâce de condamnés à mort ou pour alléger le fardeau fiscal des populations. Sa charité est universelle et ne connaît aucune limite, fidèle au geste fondateur du partage du manteau à Amiens.

La mort et la canonisation de saint Martin de Tours

Le trépas du bon pasteur

Saint Martin meurt le 8 novembre 397 à Candes, à la confluence de la Vienne et de la Loire, alors qu’il était venu réconcilier le clergé divisé de cette paroisse. Âgé d’environ quatre-vingts ans, épuisé par une vie de jeûnes, de voyages et de combats spirituels, il rend son âme à Dieu couché sur un lit de cendres, les bras en croix, refusant jusqu’au bout tout confort terrestre. Ses funérailles, le 11 novembre 397, donnent lieu à un cortège mémorable : des milliers de moines et de fidèles accompagnent sa dépouille le long de la Loire, de Candes à Tours, dans un concert de chants et de prières.

Martin n’a pas été canonisé au sens formel du terme, car la procédure de canonisation pontificale n’existait pas encore au IVe siècle. Il a été reconnu comme saint par acclamation populaire, et son culte s’est répandu avec une rapidité extraordinaire dans toute la chrétienté. Il est le premier non-martyr à avoir été vénéré comme saint en Occident, ouvrant ainsi la voie à la reconnaissance de la sainteté des confesseurs de la foi. La basilique Saint-Martin de Tours, construite sur son tombeau, devint l’un des plus grands lieux de pèlerinage de l’Europe médiévale, rivalisant avec Rome et Jérusalem.

L’héritage spirituel de saint Martin de Tours

Le père de la France chrétienne

L’héritage de saint Martin de Tours est proprement immense. Considéré comme le père de la France chrétienne, il a façonné le paysage religieux, culturel et même géographique du pays. Plus de quatre mille églises en France portent son nom, ainsi que des centaines de communes, de hameaux et de lieux-dits. Le mot « chapelle » lui-même tire son origine de la « cappa » (cape) de saint Martin, la relique la plus vénérée du royaume des Francs, que les rois emportaient au combat et qui était conservée dans un oratoire appelé « capella ».

Son influence dépasse largement les frontières de la France. Saint Martin est vénéré dans toute l’Europe, de la Hongrie à l’Irlande, de l’Italie à la Scandinavie. L’été de la Saint-Martin, cette période de douceur qui survient parfois autour du 11 novembre, montre l’enracinement profond de son culte dans la culture populaire européenne. Patron des soldats, des mendiants, des tailleurs, des vignerons et de la France elle-même, saint Martin de Tours incarne l’idéal chrétien de la charité active, de l’humilité radicale et du service désintéressé des pauvres. Son geste du partage du manteau reste, seize siècles plus tard, l’image la plus universelle et la plus parlante de la charité chrétienne.

Prier avec saint Martin de Tours

Prière à saint Martin de Tours

Ô saint Martin de Tours, glorieux patron de la France, toi qui as partagé ton manteau avec un pauvre et reconnu en lui le visage du Christ, apprends-nous la charité véritable. Donne-nous le courage de partager nos biens avec ceux qui souffrent du froid, de la faim et de la solitude. Toi qui as quitté les armes pour devenir soldat du Christ, obtiens-nous la grâce de lutter avec persévérance contre le péché et de revêtir les armes de la foi, de l’espérance et de la charité. Intercède pour la France, dont tu es le patron bien-aimé, afin qu’elle retrouve ses racines chrétiennes et redevienne fidèle à sa vocation baptismale. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Neuvaine à saint Martin de Tours

La neuvaine à saint Martin de Tours se prie pendant neuf jours consécutifs, du 2 au 10 novembre, pour s’achever la veille de sa fête le 11 novembre. Chaque jour, le fidèle récite la prière ci-dessus, suivie d’un Notre Père, d’un Je vous salue Marie et d’un Gloire au Père, en méditant sur une vertu particulière de saint Martin. Le premier jour, on contemple sa charité envers le pauvre d’Amiens ; le deuxième, son courage face à l’empereur ; le troisième, son humilité devant la charge épiscopale ; le quatrième, sa vie monastique et son amour de la prière ; le cinquième, son zèle pour l’évangélisation ; le sixième, ses miracles et sa foi inébranlable ; le septième, sa défense des pauvres et des opprimés ; le huitième, sa patience dans les épreuves ; le neuvième, sa mort sainte et son entrée dans la gloire. On peut ajouter une intention personnelle chaque jour, en invoquant saint Martin comme protecteur de la France et intercesseur pour les causes justes.

Questions fréquentes

Pourquoi saint Martin est-il le patron de la France ?

Saint Martin de Tours est considéré comme le patron de la France en raison de son rôle fondamental dans l’évangélisation de la Gaule. En tant qu’évêque de Tours pendant plus de vingt-cinq ans, il a parcouru inlassablement les campagnes pour y prêcher l’Évangile, fonder des paroisses et détruire les sanctuaires païens. Sa cape, la cappa, devint la relique la plus vénérée des rois francs, qui la portaient au combat comme gage de la protection divine. Clovis, premier roi franc baptisé, plaça son royaume sous la protection de saint Martin, inaugurant une tradition qui perdura pendant tout le Moyen Âge.

Que symbolise le partage du manteau de saint Martin ?

Le partage du manteau de saint Martin à Amiens est l’un des gestes les plus emblématiques de la charité chrétienne. En tranchant son manteau militaire en deux pour en donner la moitié à un mendiant transi de froid, Martin incarne de manière concrète et saisissante le commandement du Christ : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. » La vision nocturne qui suit, où le Christ apparaît revêtu de la moitié du manteau, confirme que tout acte de charité envers les pauvres est un acte de charité envers Dieu lui-même. Ce geste est devenu un symbole universel du partage et de la solidarité.

Où se trouve le tombeau de saint Martin de Tours ?

Le tombeau de saint Martin de Tours se situe dans la basilique Saint-Martin, à Tours (Indre-et-Loire). La basilique actuelle, construite entre 1886 et 1924 dans un style néo-byzantin, remplace l’ancienne collégiale médiévale détruite pendant la Révolution française. Le tombeau, situé dans la crypte, demeure un lieu de pèlerinage majeur. On peut également visiter l’abbaye de Ligugé, près de Poitiers, premier monastère fondé par Martin en 361, ainsi que l’abbaye de Marmoutier, près de Tours, et la petite église de Candes-Saint-Martin, lieu de sa mort en 397.