Qui était saint Maximilien Kolbe ?
Un prêtre polonais meurt de faim dans un bunker d’Auschwitz pour sauver un inconnu. L’histoire est vraie. Saint Maximilien Kolbe, né Raymond Kolbe en 1894, franciscain conventuel, a offert sa vie le 14 août 1941 à la place d’un père de famille condamné au bunker de la mort. Il avait quarante-sept ans.
Mais réduire Kolbe à ce seul geste serait une erreur. Avant sa déportation, cet homme avait fondé la Militia Immaculatae, bâti deux cités mariales (l’une en Pologne, l’autre au Japon), lancé un journal tiré à un million d’exemplaires et créé une station de radio. Tuberculeux, privé d’un poumon, il travaillait comme trois. Jean-Paul II l’a canonisé le 10 octobre 1982, en lui donnant un titre sans précédent dans l’histoire de l’Église : martyr de la charité. Sa fête est célébrée le 14 août.
L’Europe entre les deux guerres et la montée des totalitarismes
La Pologne renaissante et les menaces qui l’encerclent
Kolbe naît dans un pays qui n’existe plus. La Pologne a été dépecée au XVIIIe siècle entre la Russie, la Prusse et l’Autriche-Hongrie. Sa famille vit sous domination russe. La foi catholique y fait office de ciment national. Les Polonais prient en polonais : c’est un acte de résistance.
Le traité de Versailles de 1919 ressuscite l’État polonais. Répit de courte durée. À l’est, l’Union soviétique. À l’ouest, l’Allemagne nazie. La Pologne indépendante vivra vingt ans. Vingt ans d’effervescence culturelle et spirituelle, certes, mais vingt ans coincés entre deux mâchoires totalitaires qui finiront par se refermer.
La Shoah et le camp d’Auschwitz
Le 1er septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne. Commence la Seconde Guerre mondiale. Le camp de concentration d’Auschwitz (Oświęcim en polonais) ouvre en juin 1940 pour les prisonniers politiques polonais. Il deviendra un complexe d’extermination où périront plus d’un million de personnes, en majorité des Juifs. C’est là, dans cet enfer, que Kolbe arrive en mai 1941. C’est là qu’il posera le geste le plus radical qu’un homme puisse poser : mourir volontairement pour un autre. Dans un lieu conçu pour effacer toute humanité, la charité du Christ a eu le dernier mot.
Vie et enfance de saint Maximilien Kolbe
Les origines et la vision de la Vierge Marie (1894-1907)
Raymond Kolbe naît le 8 janvier 1894 à Zduńska Wola. Son père, Julius, est tisserand. Sa mère, Maria Dąbrowska, deviendra religieuse plus tard. Famille ouvrière, modeste, pieuse. La dévotion à la Vierge Marie est partout, comme dans la plupart des foyers polonais de l’époque.
L’enfant est espiègle et turbulent. Un jour, exaspérée, sa mère lui lance : « Mon petit Raymond, que deviendras-tu ? » La phrase le frappe. Peu après, dans l’église paroissiale, il prie devant une image de la Vierge. Il a une vision. La Madone lui présente deux couronnes : une blanche (la pureté) et une rouge (le martyre). Elle lui demande laquelle il choisit. Il répond : « Je les veux toutes les deux. » Il confiera cette vision à sa mère des années plus tard. Toute sa vie tient dans cette réponse d’enfant.
L’entrée chez les franciscains et les études à Rome
En 1907, des franciscains conventuels prêchent une mission à Pabianice, où la famille Kolbe s’est installée. Raymond et son frère François entrent au petit séminaire franciscain de Lwów. Raymond prend l’habit en 1910 et reçoit le nom de Maximilien.
On l’envoie à Rome pour ses études. Il fréquente l’Université grégorienne et l’Université Saint-Bonaventure, décroche deux doctorats (philosophie et théologie). À Rome, en 1917, il assiste aux manifestations anticléricales de la franc-maçonnerie. Des banderoles proclament : « Satan doit régner au Vatican. » Le jeune franciscain est secoué. C’est à ce moment-là que germe son projet : conquérir le monde entier au Christ par l’intercession de l’Immaculée. Il est ordonné prêtre le 28 avril 1918.
La fondation de la Militia Immaculatae et l’apostolat de la presse
Naissance d’un mouvement marial mondial
Le 16 octobre 1917. Maximilien n’est encore qu’étudiant. Avec six compagnons, il fonde la Militia Immaculatae (MI). Le programme est d’une ambition folle : la conversion de tous les hommes par la Vierge conçue sans péché, en utilisant tous les moyens de communication modernes. Rien que ça.
De retour en Pologne, malgré une tuberculose qui lui a déjà pris un poumon, il lance en 1922 la revue Le Chevalier de l’Immaculée (Rycerz Niepokalanej). Le tirage atteindra un million d’exemplaires par mois. Un million. Pour une revue religieuse dans la Pologne de l’entre-deux-guerres, le chiffre est proprement vertigineux.
Niepokalanów, la cité de l’Immaculée
En 1927, Maximilien fonde près de Varsovie la cité de l’Immaculée : Niepokalanów. Le lieu ressemble à une ruche. Huit cents frères franciscains à son apogée, la plus grande communauté religieuse masculine du monde. Une imprimerie moderne, une station de radio inaugurée en 1938, un aérodrome, des ateliers de toutes sortes. Maximilien y publie un quotidien, un magazine pour enfants, des brochures.
Il rêve du cinéma, de la télévision naissante, de tout ce qui peut porter la parole de Dieu plus loin. En cela, il précède de plusieurs décennies le décret Inter Mirifica du concile Vatican II sur les communications sociales. Quand on visite Niepokalanów aujourd’hui, on a du mal à croire qu’un seul homme, malade, a pu bâtir tout cela.
L’œuvre missionnaire et les derniers combats
La mission au Japon et le retour en Pologne
L’ambition de Kolbe n’a pas de frontières géographiques. En 1930, il part au Japon avec quatre compagnons. Ils ne parlent pas japonais. Ils n’ont pas d’argent. En quelques semaines, il lance une édition japonaise du Chevalier de l’Immaculée (Seibo no Kishi) et fonde un couvent sur les hauteurs de Nagasaki : le Mugenzai no Sono (Jardin de l’Immaculée).
Détail saisissant : Maximilien choisit un terrain situé sur le versant de la colline opposé au centre-ville. Le 9 août 1945, quand la bombe atomique tombe sur Nagasaki, la montagne protège le couvent. Le bâtiment survit à la dévastation. Coïncidence ? Intuition providentielle ? Les frères japonais ont leur avis.
Kolbe reste six ans au Japon, apprend la langue, forme des novices. Rappelé en Pologne en 1936, il reprend Niepokalanów et travaille sans relâche.
L’invasion nazie et la déportation
1er septembre 1939. L’Allemagne envahit la Pologne. Niepokalanów est bombardé, puis occupé. Maximilien est arrêté le 19 septembre, puis libéré le 8 décembre (fête de l’Immaculée Conception, on notera la date). Il rentre au couvent et le transforme en centre d’accueil. Près de trois mille réfugiés y trouvent asile, dont environ deux mille Juifs fuyant les persécutions nazies. Le Chevalier de l’Immaculée continue de paraître, avec des textes qui dénoncent implicitement l’idéologie nazie.
Le 17 février 1941, la Gestapo l’arrête pour de bon. Prison de Pawiak à Varsovie, puis transfert au camp d’Auschwitz le 28 mai 1941. Matricule 16670. Les coups, les humiliations, le travail de bête de somme. Kolbe continue d’exercer son ministère en secret : confessions murmurées, hosties clandestines, paroles de réconfort. Les survivants témoigneront que sa sérénité impressionnait même les gardiens SS.
Le sacrifice suprême et la canonisation
« Je suis prêtre catholique, je veux mourir à sa place »
Fin juillet 1941. Un prisonnier du bloc 14 s’évade. En représailles, le commandant Karl Fritzsch désigne dix prisonniers du même bloc pour mourir de faim dans le bunker de la mort (bloc 11). L’un d’eux, le sergent polonais Franciszek Gajowniczek, éclate en sanglots. Il pense à sa femme, à ses enfants.
Kolbe sort des rangs. Il s’avance vers le commandant. « Je suis prêtre catholique polonais. Je suis vieux. Je veux prendre sa place, car il a une femme et des enfants. » Fritzsch accepte l’échange.
Pendant deux semaines, sans nourriture ni eau, Maximilien soutient ses compagnons d’agonie. Prières, chants, paroles d’espérance. Les SS, habitués aux hurlements de désespoir, entendent monter du bunker des hymnes et des cantiques. Le 14 août 1941, veille de l’Assomption, Kolbe est le dernier encore conscient. On l’achève par injection de phénol. Il tend lui-même son bras au bourreau. Il meurt avec une sérénité qui bouleverse le médecin SS. Il avait quarante-sept ans.
Franciszek Gajowniczek a survécu à Auschwitz. Il a vécu jusqu’en 1995, consacrant cinquante-quatre ans à porter la mémoire du père Kolbe. Il était présent à Rome le 10 octobre 1982 quand Jean-Paul II, Polonais lui aussi, a canonisé Maximilien en le déclarant « martyr de la charité ». Sa fête est fixée au 14 août, veille de l’Assomption.
L’héritage spirituel de saint Maximilien Kolbe
Un prophète pour le monde moderne
Que reste-t-il de Kolbe aujourd’hui ? Sa spiritualité mariale d’abord, portée par la Militia Immaculatae, présente sur tous les continents. Sa vision de l’évangélisation par les médias ensuite, qui anticipait de plusieurs décennies les réflexions de l’Église sur l’apostolat numérique. Niepokalanów, qui a survécu à la guerre, reste un centre de presse catholique actif en Pologne.
Mais c’est le sacrifice final qui parle le plus fort. À Auschwitz, là où tout était fait pour écraser la dignité humaine, un homme a prouvé que l’amour est plus fort que la mort. Jean-Paul II l’a formulé ainsi lors de la canonisation : « La victoire de la foi et de l’amour dans ce lieu de mort est un signe donné à notre époque. »
« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jean 15, 13). Kolbe a vécu cette parole à la lettre.
Prier avec saint Maximilien Kolbe
Prière à saint Maximilien Kolbe
Ô saint Maximilien Kolbe, martyr héroïque de la charité, toi qui as donné ta vie dans le bunker de la faim d’Auschwitz pour sauver un père de famille, intercède pour nous auprès du Seigneur. Toi qui as consacré toute ton existence à l’Immaculée, obtiens-nous la grâce d’une dévotion ardente et filiale envers la Mère de Dieu. Toi qui as su utiliser les moyens modernes pour annoncer l’Évangile, inspire tous ceux qui travaillent dans les médias pour qu’ils servent la vérité et le bien commun. Toi qui as porté le Christ dans les ténèbres de la persécution, fortifie les chrétiens qui souffrent aujourd’hui pour leur foi dans le monde. Toi qui as transformé un lieu de mort en un sanctuaire de prière et d’espérance, aide-nous à porter la lumière du Christ dans les situations les plus désespérées de notre temps. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Neuvaine à saint Maximilien Kolbe
La neuvaine à saint Maximilien Kolbe se récite traditionnellement du 5 au 13 août, en préparation de sa fête le 14 août. Chaque jour, récitez la prière ci-dessus et méditez sur un aspect de la vie et de la spiritualité du saint : la consécration à l’Immaculée (jour 1), le zèle apostolique (jour 2), l’évangélisation par les médias (jour 3), la mission universelle (jour 4), la patience dans la maladie (jour 5), le courage face à la persécution (jour 6), le pardon des ennemis (jour 7), la charité fraternelle (jour 8) et le don total de soi (jour 9). Ajoutez un Notre Père, un Je vous salue Marie et un Gloire au Père. Il est recommandé de renouveler chaque jour votre consécration à l’Immaculée et de poser un acte concret de charité envers les plus démunis ou les plus isolés.
Questions fréquentes
Qui est Franciszek Gajowniczek, l’homme sauvé par saint Maximilien Kolbe ?
Franciszek Gajowniczek, né en 1901, était sergent dans l’armée polonaise. Arrêté par les nazis, déporté à Auschwitz. Quand il fut désigné pour mourir de faim dans le bunker, le père Kolbe se proposa pour prendre sa place. Gajowniczek survécut au camp et fut libéré en 1945. Tragiquement, il apprit que ses deux fils étaient morts sous les bombardements. Il consacra le reste de sa vie à parcourir le monde pour raconter le sacrifice de Kolbe. Il était présent à la béatification en 1971 et à la canonisation en 1982. Il est mort en 1995, à quatre-vingt-treize ans. Pendant cinquante-quatre ans, il a porté cette dette impossible.
Pourquoi saint Maximilien Kolbe est-il patron des journalistes et des radioamateurs ?
Parce qu’il a bâti un véritable empire médiatique au service de l’Évangile. La revue Le Chevalier de l’Immaculée atteignait un million d’exemplaires mensuels. Il a fondé un quotidien, des publications pour enfants et une station de radio à Niepokalanów. Il parlait déjà de télévision. Dans les années 1930, en Pologne. Jean-Paul II l’a proposé comme modèle aux professionnels de la communication : un homme qui avait compris que les techniques modernes pouvaient et devaient servir la vérité.
Comment saint Maximilien Kolbe est-il mort exactement ?
Après s’être offert pour remplacer Gajowniczek le 29 juillet 1941, Kolbe est enfermé dans le bunker de la mort (bloc 11 d’Auschwitz). Deux semaines sans nourriture ni eau. Il soutient les autres condamnés par la prière et les chants à la Vierge. Au bout de quatorze jours, le 14 août, il reste encore en vie avec trois autres détenus. Les autorités du camp ont besoin de la cellule. Elles ordonnent une injection de phénol. Kolbe tend lui-même son bras gauche au médecin SS. Il meurt le nom de Marie sur les lèvres, la veille de l’Assomption.
