Qui est saint Michel archange ?
Saint Michel archange est l’un des êtres spirituels les plus puissants et les plus vénérés de la tradition chrétienne. Son nom signifie « Qui est comme Dieu ? », une question rhétorique qui est aussi un cri de guerre lancé contre Satan et contre tous ceux qui prétendent s’élever au-dessus du Créateur. La question ne demande pas de réponse. Elle est la réponse.
Chef des armées célestes, saint Michel est celui qui a vaincu Lucifer lors de la révolte des anges rebelles et l’a précipité dans l’abîme. Il est le protecteur par excellence contre les forces du mal, l’ange du combat spirituel et de la justice divine. Là où le démon attaque, Michel défend. Là où l’orgueil s’élève, Michel terrasse.
L’Église lui rend un culte depuis les premiers siècles. Des sanctuaires célèbres lui sont dédiés dans le monde entier, dont le majestueux Mont-Saint-Michel en France. On l’invoque pour la protection contre le démon, le courage dans les épreuves et la défense de la foi. Il est, parmi les anges, celui que les chrétiens connaissent le mieux et prient le plus.
Saint Michel dans les Écritures
Dans l’Ancien Testament
Le nom de Michel apparaît dans le livre de Daniel. L’ange Gabriel révèle à Daniel : « Michel, l’un des premiers princes, est venu à mon aide » (Dn 10, 13). Plus loin : « En ce temps-là se lèvera Michel, le grand prince qui se tient auprès des enfants de ton peuple » (Dn 12, 1).
Ces textes présentent Michel comme un prince angélique de premier rang, protecteur spécial du peuple d’Israël, combattant les puissances spirituelles mauvaises. La tradition juive, bien avant le christianisme, reconnaissait déjà en Michel le plus grand des anges. Le christianisme a hérité de cette vénération et l’a approfondie.
Dans le Nouveau Testament
L’épître de Jude mentionne que « l’archange Michel, lorsqu’il contestait avec le diable et lui disputait le corps de Moïse, n’osa pas porter contre lui un jugement insultant, mais dit : Que le Seigneur te réprime ! » (Jude 9). Ce passage est remarquable. Même l’archange le plus puissant ne s’arroge pas le pouvoir de juger : il s’en remet à Dieu.
Le passage le plus célèbre se trouve dans l’Apocalypse : « Il y eut un combat dans le ciel. Michel et ses anges combattirent contre le dragon, et le dragon combattit avec ses anges. Mais ils ne furent pas les plus forts, et il n’y eut plus de place pour eux dans le ciel. Il fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, appelé diable et Satan, le séducteur du monde entier ; il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui » (Ap 12, 7-9).
Cette vision grandiose du combat cosmique entre Michel et Satan est au cœur de la vénération de l’archange. Elle n’est pas seulement le récit d’un événement passé : elle est la clé de lecture de toute l’histoire humaine, traversée par le combat entre le bien et le mal.
Les fonctions traditionnelles de saint Michel
La tradition attribue à saint Michel plusieurs fonctions principales qui structurent sa vénération depuis les premiers siècles.
Il est d’abord le chef des armées célestes. Il commande les anges fidèles contre les démons et porte l’armure divine comme guerrier du ciel. C’est la fonction qui frappe le plus l’imagination et qui domine l’iconographie.
Il est ensuite le défenseur de l’Église. Comme il protégeait Israël dans l’Ancien Testament, il protège désormais l’Église, nouvelle alliance de Dieu avec les hommes. Les papes ont constamment invoqué sa protection dans les moments de crise.
Il est aussi le peseur des âmes. L’iconographie médiévale le représente souvent tenant une balance pour peser les âmes au Jugement dernier. Il accompagne les défunts et les défend contre les attaques du démon au moment de la mort, qui est le plus redoutable de tous.
Il est enfin le vainqueur de Satan. Il a terrassé l’Orgueil personnifié, le premier et le plus redoutable des adversaires de Dieu. Sa victoire est définitive, même si le combat continue dans le temps humain.
Le culte de saint Michel à travers les siècles
Les origines du culte
Le culte de saint Michel remonte aux premiers siècles chrétiens. En Orient, il se développe dès le IVe siècle. L’empereur Constantin aurait érigé un sanctuaire en son honneur près de Constantinople, et les Églises orientales lui consacrent de nombreuses fêtes. En Occident, le culte prend son essor après les apparitions du Mont Gargan en Italie (vers 490-492). L’archange serait apparu à l’évêque de Siponto, lui ordonnant de consacrer une grotte en son honneur. Ce sanctuaire existe toujours et accueille chaque année des milliers de pèlerins.
Les grands sanctuaires dédiés à saint Michel
Le Mont Gargan, dans les Pouilles en Italie, est le premier sanctuaire occidental dédié à saint Michel. Fondé au Ve siècle dans une grotte naturelle, c’est là que, selon la tradition, l’archange a laissé l’empreinte de son pied dans la roche. Les pèlerins qui s’y rendent ressentent encore aujourd’hui la puissance spirituelle du lieu.
Le Mont-Saint-Michel en France constitue le deuxième grand sanctuaire. En 708, l’archange apparaît en songe à l’évêque Aubert d’Avranches, lui demandant de construire un sanctuaire sur le rocher. Le Mont-Saint-Michel devint l’un des plus grands lieux de pèlerinage de la chrétienté et le reste aujourd’hui.
La Sacra di San Michele, abbaye perchée dans les Alpes piémontaises, fut fondée vers 983-987. Elle complète le triangle des grands sanctuaires michaéliques européens.
Ces trois sanctuaires sont alignés sur une même ligne géographique, surnommée la « ligne sacrée de saint Michel », qui traverserait l’Europe de l’Irlande jusqu’en Israël. Coïncidence géographique ou dessein providentiel, cet alignement a frappé les esprits depuis des siècles.
La fête de saint Michel
L’Église célèbre saint Michel le 29 septembre, fête des « saints archanges Michel, Gabriel et Raphaël ». Cette date correspond à la dédicace de la basilique romaine de Saint-Michel, sur la Via Salaria.
Une autre fête, le 8 mai, commémore les apparitions du Mont Gargan. Elle est particulièrement célébrée en Italie du Sud, où la dévotion à saint Michel est restée vivace comme nulle part ailleurs en Europe.
Saint Michel et la France
Patron de la France
Saint Michel est, avec sainte Jeanne d’Arc et sainte Thérèse de Lisieux, l’un des patrons de la France. Ce patronage remonte au Moyen Âge, quand les rois de France invoquaient sa protection pour leurs armées. L’archange et la France entretiennent un lien ancien, profond, et qui ne s’est jamais complètement rompu, même aux heures les plus laïques de l’histoire nationale.
C’est saint Michel qui aurait parlé à Jeanne d’Arc, l’envoyant accomplir sa mission. « Saint Michel m’a dit que saint Gabriel et sainte Catherine viendraient à moi », témoigna-t-elle lors de son procès. Le fait qu’une jeune paysanne de Domrémy ait reconnu la voix de l’archange, et que cette voix l’ait conduite à libérer Orléans, reste l’un des épisodes les plus saisissants de l’histoire de France.
L’ordre de Saint-Michel, ordre de chevalerie fondé par Louis XI en 1469, plaçait ses membres sous la protection de l’archange. La devise « Immensi tremor oceani » (« La terreur de l’immense océan ») évoquait le Mont-Saint-Michel, cerné par les flots et imprenable.
Le Mont-Saint-Michel
Le Mont-Saint-Michel est l’un des sites les plus visités de France et l’un des plus extraordinaires d’Europe. Ce rocher granitique, cerné par les marées les plus fortes du continent, porte une abbaye dédiée à l’archange depuis plus de treize siècles. La silhouette du Mont surgissant des sables est l’une des images les plus reconnaissables du patrimoine français.
Selon la tradition, l’évêque Aubert d’Avranches reçut trois fois la visite de saint Michel en songe, lui ordonnant de construire un sanctuaire. Ne croyant pas à ces visions, Aubert hésitait. Lors de la troisième apparition, l’archange lui aurait touché le crâne du doigt, y laissant une marque. Le crâne d’Aubert, conservé à Avranches, porterait encore cette trace. Les médecins qui l’ont examiné au XIXe siècle ont effectivement constaté un trou dans l’os temporal, sans pouvoir en déterminer la cause avec certitude.
Le Mont-Saint-Michel fut un grand centre de pèlerinage au Moyen Âge. Les « Miquelots », pèlerins de saint Michel, affluaient de toute l’Europe, bravant les sables mouvants et les marées traîtresses. Jamais pris pendant la guerre de Cent Ans alors que toute la Normandie était occupée par les Anglais, le Mont devint symbole de résistance française. Cette forteresse spirituelle avait tenu là où les forteresses militaires avaient cédé.
La spiritualité de saint Michel
Le combat spirituel
Saint Michel est le patron du combat spirituel. Il rappelle que la vie chrétienne est un combat contre « les Principautés, les Puissances, les Régisseurs de ce monde de ténèbres, les esprits du mal qui habitent les espaces célestes » (Ep 6, 12). Ce combat n’a rien de métaphorique pour qui le prend au sérieux. Les saints l’ont tous vécu. Les chrétiens ordinaires le vivent aussi, à leur mesure.
Ce combat n’est pas d’abord dirigé contre les autres hommes mais contre le mal en nous et autour de nous. Saint Michel enseigne la vigilance, le courage et la confiance dans la victoire de Dieu sur toutes les forces du mal. Il n’enseigne pas que le combat est facile. Il enseigne qu’il est gagné d’avance.
L’humilité du guerrier
Le paradoxe est frappant : le plus puissant des guerriers célestes est un modèle d’humilité. Son nom même, « Qui est comme Dieu ? », est une profession d’humilité face à la majesté divine. Michel ne combat pas par sa propre force mais par la puissance de Dieu qu’il sert. Sa force vient de son effacement.
Cette humilité du combattant est une leçon pour tous ceux qui luttent pour le bien. La victoire vient de Dieu, non de nos propres mérites. Lucifer est tombé par orgueil ; Michel a vaincu par humilité. La leçon est limpide, même si elle est difficile à mettre en pratique.
La protection quotidienne
De nombreux chrétiens invoquent saint Michel chaque jour pour obtenir la protection contre le mal. La prière à saint Michel, composée par le pape Léon XIII en 1886, était récitée après chaque messe jusqu’aux réformes liturgiques de Vatican II. L’histoire de cette prière mérite d’être rappelée : Léon XIII l’aurait composée après une vision terrifiante du combat entre le démon et l’Église. Que cette vision soit historique ou légendaire, la prière qu’elle a inspirée a traversé le temps.
Elle reste très populaire et est recommandée par de nombreux papes récents, dont Jean-Paul II et François. Sa récitation quotidienne est une habitude spirituelle simple et forte, accessible à tous les fidèles.
La prière à saint Michel
Prière de Léon XIII
Saint Michel archange, défendez-nous dans le combat ; soyez notre secours contre la malice et les embûches du démon. Que Dieu lui fasse sentir son empire, nous vous en supplions. Et vous, Prince de la Milice céleste, par la force divine, repoussez en enfer Satan et les autres esprits mauvais qui rôdent dans le monde en vue de perdre les âmes. Amen.
Invocation courte
Saint Michel archange, priez pour nous et protégez-nous de tout mal.
Litanies de saint Michel
Seigneur, ayez pitié de nous. Christ, ayez pitié de nous. Saint Michel, priez pour nous. Saint Michel, vainqueur de Satan, priez pour nous. Saint Michel, prince des armées célestes, priez pour nous. Saint Michel, défenseur de l’Église, priez pour nous. Saint Michel, protecteur des âmes au moment de la mort, priez pour nous. Saint Michel, notre secours dans les tentations, priez pour nous. Amen.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un ange et un archange ?
Les archanges sont des anges de rang supérieur, chargés de missions particulièrement importantes. La tradition catholique reconnaît trois archanges nommés dans l’Écriture : Michel (chef des armées célestes), Gabriel (messager de l’Annonciation) et Raphaël (guide et guérisseur). Le préfixe « arch- » signifie « premier » ou « chef ». La hiérarchie angélique, systématisée par le Pseudo-Denys l’Aréopagite au Ve siècle, distingue neuf chœurs d’anges, mais seuls ces trois archanges sont nommés dans la Bible.
Pourquoi saint Michel est-il représenté en armure ?
Saint Michel est représenté en armure parce qu’il est le chef des armées célestes, le guerrier de Dieu qui combat Satan et les démons. Son armure symbolise la protection divine et les vertus du combattant spirituel (vérité, justice, foi, salut, parole de Dieu) que saint Paul décrit dans l’épître aux Éphésiens (6, 13-17). L’iconographie varie selon les époques : l’art byzantin le montre en tunique impériale, l’art médiéval occidental en chevalier, la Renaissance en guerrier antique. Mais l’armure et la lance demeurent ses attributs constants.
Quand invoquer saint Michel ?
On peut invoquer saint Michel dans toute situation de combat spirituel : tentations, angoisses, attaques du malin, besoin de protection. Il est particulièrement invoqué pour la protection de la famille, de l’Église, et au moment de la mort. De nombreux fidèles récitent chaque jour la prière à saint Michel composée par Léon XIII. C’est une habitude spirituelle que l’on gagne à cultiver, surtout dans les périodes d’épreuve.
Peut-on visiter le Mont-Saint-Michel ?
Le Mont-Saint-Michel est ouvert aux visiteurs toute l’année. On peut visiter l’abbaye, assister aux offices célébrés par la communauté monastique (Fraternités monastiques de Jérusalem), et participer aux pèlerinages organisés. Le Mont est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979. La traversée de la baie à pied, avec un guide, permet de retrouver l’expérience des pèlerins médiévaux et de mesurer la puissance du lieu. Consultez notre guide des pèlerinages pour plus d’informations.
