Qui était saint Nicolas ?
Saint Nicolas de Myre, né vers 270 à Patara en Lycie (actuelle Turquie) et mort vers 343 à Myre, est l’un des saints les plus populaires de la chrétienté, tant en Orient qu’en Occident. Évêque de Myre, il participa au concile de Nicée en 325 et fut emprisonné durant la persécution de Dioclétien pour sa fidélité au Christ. Sa charité légendaire, notamment l’épisode célèbre des trois jeunes filles sauvées de la prostitution par des bourses d’or jetées secrètement dans leur maison, en a fait le patron des enfants, des marins, des prisonniers et de nombreuses nations et villes, de la Russie à la Lorraine, de Bari à Amsterdam. Sa figure est à l’origine de la tradition du Père Noël, transformation séculière d’un saint dont la générosité discrète et l’amour des plus faibles continuent d’inspirer des millions de chrétiens à travers le monde. Célébré le 6 décembre, saint Nicolas est une figure incontournable de l’Avent et de la piété populaire européenne.
La Lycie et l’Empire romain au IVe siècle
Une province romaine entre persécution et liberté
La Lycie, région côtière du sud-ouest de l’Asie Mineure, était au IIIe siècle une province prospère de l’Empire romain, enrichie par le commerce maritime et dotée de cités florissantes. Patara, ville natale de Nicolas, était un port important et le siège d’un célèbre oracle d’Apollon. Myre, où Nicolas devint évêque, était la capitale de la province lycienne, une cité commerçante animée par le trafic des épices et du blé. Le christianisme s’y était implanté précocement, peut-être dès l’époque apostolique, puisque saint Paul fit escale à Myre lors de son voyage vers Rome, comme le rapportent les Actes des Apôtres.
De la persécution à la paix constantinienne
Nicolas vécut l’une des transitions les plus importantes de l’histoire de l’Église : le passage de la persécution à la liberté religieuse. Dans sa jeunesse et au début de son épiscopat, il connut la Grande Persécution de Dioclétien (303-313), durant laquelle il fut emprisonné et torturé pour sa foi. Puis, avec l’édit de Milan en 313 par lequel Constantin accorda la liberté de culte aux chrétiens, Nicolas put exercer ouvertement son ministère épiscopal et contribuer à l’organisation de l’Église dans un empire désormais favorable au christianisme. Il participa au concile de Nicée en 325, premier concile œcuménique, où furent définis les fondements de la foi chrétienne face à l’hérésie arienne. La tradition rapporte que Nicolas, emporté par son zèle, aurait giflé Arius lui-même pour son blasphème contre la divinité du Christ. Même si cet épisode relève peut-être de la légende, il dit beaucoup sur la réputation de ferveur doctrinale de l’évêque de Myre.
Le rôle des évêques dans la société romaine tardive
Au IVe siècle, les évêques devinrent des figures centrales de la société romaine, assumant non seulement la direction spirituelle de leur communauté mais aussi un rôle social, judiciaire et caritatif. L’évêque était le protecteur des pauvres, le défenseur des opprimés devant les magistrats, et souvent le principal bienfaiteur de sa cité. Nicolas incarne parfaitement ce modèle de l’évêque pasteur et patron de sa ville, mettant sa fortune personnelle et son autorité morale au service des plus faibles.
Vie et enfance de saint Nicolas
Naissance et éducation chrétienne à Patara
Nicolas naquit vers 270 à Patara, dans une famille chrétienne aisée. Ses parents, dont la tradition retient les noms d’Épiphane et Jeanne, étaient des notables pieux qui élevèrent leur fils unique dans la foi et la pratique de la charité. Les sources hagiographiques rapportent des signes de sainteté précoce : le nouveau-né aurait refusé le sein de sa mère les jours de jeûne, et l’enfant se distinguait par sa piété, sa douceur et son goût pour l’étude des Écritures. Orphelin assez jeune, Nicolas hérita d’une fortune considérable qu’il résolut de mettre entièrement au service de Dieu et des pauvres, conformément à l’enseignement évangélique.
La vocation monastique et sacerdotale
Plutôt que de jouir de sa richesse, le jeune Nicolas se tourna vers la vie religieuse. Il aurait d’abord été moine, peut-être dans un monastère fondé par son oncle, lui-même évêque de Myre. Ordonné prêtre, il se distingua rapidement par sa charité envers les pauvres, ses dons de prédication et sa vie ascétique. La tradition rapporte qu’il entreprit un pèlerinage en Terre Sainte, visitant les lieux où le Christ avait vécu, et qu’il faillit périr dans une tempête en Méditerranée, ce qui explique sa future protection des marins.
L’élection comme évêque de Myre
À la mort de l’évêque de Myre, la communauté chrétienne chercha un successeur. Selon la légende, les évêques réunis pour l’élection reçurent en songe l’ordre de choisir le premier homme qui entrerait dans l’église le lendemain matin. Ce fut Nicolas, qui venait prier aux aurores selon son habitude. Élu évêque malgré sa jeunesse, il se consacra entièrement à son troupeau, faisant de la charité envers les pauvres et la défense de la justice les priorités de son ministère. Il devint rapidement une figure aimée et respectée, non seulement de sa communauté mais de toute la province de Lycie.
L’épiscopat de saint Nicolas : entre persécution et concile
L’emprisonnement sous Dioclétien
Peu après son élection, Nicolas fut confronté à la Grande Persécution de Dioclétien. Refusant de sacrifier aux dieux romains et de livrer les Écritures saintes, il fut arrêté et emprisonné. La tradition rapporte qu’il subit des mauvais traitements sans jamais faiblir dans sa foi, encourageant par son exemple les autres chrétiens prisonniers à demeurer fermes. Il fut libéré après l’édit de tolérance de Galère en 311 ou l’édit de Milan en 313, et reprit son ministère épiscopal avec une énergie redoublée.
Le concile de Nicée et la défense de l’orthodoxie
En 325, Nicolas participa au concile de Nicée convoqué par l’empereur Constantin pour trancher la question arienne. Arius, prêtre d’Alexandrie, niait la divinité du Christ en affirmant qu’il était une créature du Père. Nicolas, farouche défenseur de la foi en la pleine divinité du Fils de Dieu, se rangea résolument du côté d’Athanase d’Alexandrie et des pères orthodoxes. Le concile proclama le Credo de Nicée, affirmant que le Fils est « de même substance que le Père », formule que Nicolas défendit avec passion dans son diocèse jusqu’à la fin de sa vie.
Œuvres, miracles et légendes de saint Nicolas
Les trois jeunes filles sauvées de la prostitution
Le miracle le plus célèbre attribué à saint Nicolas concerne trois jeunes filles de bonne famille dont le père, ruiné, s’apprêtait à les livrer à la prostitution faute de pouvoir constituer leurs dots. Apprenant cette situation, Nicolas se rendit secrètement, trois nuits de suite, devant la maison du père affligé et jeta chaque fois une bourse d’or par la fenêtre. La troisième nuit, le père veillait et surprit Nicolas, qui le supplia de garder le secret. Cet épisode, exemple saisissant de charité discrète et efficace, est à l’origine de la tradition des cadeaux offerts aux enfants le jour de la Saint-Nicolas, et plus largement de la figure du Père Noël. Les trois bourses d’or sont d’ailleurs devenues l’attribut iconographique principal du saint, souvent représentées comme trois boules dorées.
Les marins sauvés de la tempête
Saint Nicolas est le patron des marins en raison de plusieurs épisodes de sauvetage miraculeux. La tradition rapporte que, lors de son pèlerinage en Terre Sainte, le navire qui le transportait fut pris dans une terrible tempête. Nicolas se mit en prière et le calme revint aussitôt. Par la suite, des marins en péril l’invoquèrent et le virent apparaître sur le pont de leur navire pour prendre la barre et les conduire à bon port. Cette protection des gens de mer explique la dévotion particulière dont il jouit dans les ports de la Méditerranée, de la mer du Nord et de la Baltique.
La résurrection des trois enfants au saloir
La légende la plus populaire en France est celle des trois enfants mis au saloir par un boucher cruel et ressuscités par saint Nicolas. Selon ce récit, trois enfants égarés furent accueillis par un aubergiste malveillant qui les tua, les découpa et les mit dans un tonneau de saumure pour les vendre comme viande de porc. Sept ans plus tard, saint Nicolas, de passage dans la région, découvrit le crime et, par sa prière, ressuscita les trois enfants intacts. Cette légende, probablement d’origine médiévale, a donné naissance à la célèbre chanson populaire « Ils étaient trois petits enfants » et a consolidé le patronage de Nicolas sur les enfants. Bien que le récit soit manifestement légendaire, il porte un message profond sur la protection divine des innocents et la puissance de l’intercession des saints.
La translation des reliques à Bari
En 1087, des marchands de la ville italienne de Bari s’emparèrent des reliques de saint Nicolas dans l’église de Myre, tombée aux mains des Turcs seldjoukides, et les transportèrent à Bari. Cette translation donna lieu à une fête spéciale, la « translation de saint Nicolas » (9 mai), et fit de Bari l’un des principaux centres de pèlerinage de la chrétienté. La basilique Saint-Nicolas de Bari, construite pour abriter les reliques, attire encore aujourd’hui des millions de pèlerins, tant catholiques qu’orthodoxes. Les reliques exsudent un liquide appelé « manne de saint Nicolas », réputé miraculeux, qui est recueilli chaque année lors d’une cérémonie solennelle.
Mort et postérité de saint Nicolas
La mort paisible de l’évêque
Saint Nicolas mourut paisiblement vers 343, après un épiscopat de près de quarante ans. Contrairement à tant de saints de cette époque, il ne connut pas le martyre mais acheva sa vie dans la paix, entouré de la vénération de son troupeau. Sa mort fut pleurée par toute la ville de Myre et au-delà. Son tombeau devint immédiatement un lieu de pèlerinage, et de nombreux miracles y furent rapportés. L’Église le canonisa par la reconnaissance universelle de son culte, bien avant l’institution des procès de canonisation. Il est commémoré le 6 décembre dans le calendrier romain, le calendrier orthodoxe et de nombreuses traditions protestantes.
De saint Nicolas au Père Noël
L’histoire de la transformation de saint Nicolas en Père Noël est l’une des plus fascinantes de l’histoire culturelle occidentale. Aux Pays-Bas, la fête de Sinterklaas (Saint-Nicolas), célébrée le 6 décembre avec des cadeaux pour les enfants, fut exportée en Amérique par les colons néerlandais de la Nouvelle-Amsterdam. Au XIXe siècle, les poètes et illustrateurs américains transformèrent progressivement le saint évêque en un personnage séculier jovial, le Santa Claus, associé à Noël plutôt qu’au 6 décembre. Le saint Nicolas originel, avec sa mitre, sa crosse et ses vêtements épiscopaux, reste cependant vivant en Europe, notamment en Lorraine, en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne, où la fête du 6 décembre conserve son caractère traditionnel.
L’héritage spirituel de saint Nicolas
Un modèle de charité chrétienne intemporel
L’héritage spirituel de saint Nicolas réside avant tout dans son exemple de charité concrète et discrète. À une époque où la générosité est souvent spectaculaire et médiatisée, Nicolas rappelle la parole du Christ : « Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite » (Matthieu 6, 3). Sa charité n’était pas une philanthropie abstraite mais une attention personnelle aux situations de détresse : les jeunes filles menacées, les marins en péril, les enfants en danger, les prisonniers oubliés. Pour les chrétiens d’aujourd’hui, saint Nicolas enseigne que la sainteté ne réside pas dans les gestes héroïques mais dans la fidélité quotidienne à l’amour du prochain. Patron de la Lorraine, de la Russie, de la Grèce et de tant de villes et de corporations, il continue d’unir les chrétiens de toutes traditions dans une même vénération pour le bon évêque de Myre dont la bonté traverse les siècles.
Prier avec saint Nicolas
Prière à saint Nicolas
Glorieux saint Nicolas, évêque de Myre et ami des pauvres, toi qui as distribué tes richesses aux nécessiteux et protégé les innocents de tout danger, nous nous tournons vers toi avec confiance. Intercède auprès de Dieu pour nos enfants, afin qu’ils grandissent dans la foi, la sagesse et la grâce. Protège les marins sur les mers, les voyageurs sur les routes, et tous ceux qui sont en péril. Obtiens-nous un cœur généreux et attentif aux besoins de nos frères, à l’image du tien. Toi qui as défendu la vraie foi au concile de Nicée, fortifie notre attachement à la doctrine du Christ. Par ton intercession puissante, conduis-nous sur le chemin de la sainteté et de la charité. Par le Christ notre Seigneur. Amen.
Neuvaine à saint Nicolas
La neuvaine à saint Nicolas se prie du 27 novembre au 5 décembre, veille de sa fête. Chaque jour, on récite un Notre Père, trois Je vous salue Marie et un Gloire au Père, suivis de la prière ci-dessus. Chaque jour correspond à une intention inspirée par la vie du saint : la protection des enfants (jour 1), la charité envers les pauvres (jour 2), la protection des marins et des voyageurs (jour 3), la défense de la foi (jour 4), la libération des prisonniers (jour 5), la guérison des malades (jour 6), la justice pour les opprimés (jour 7), la générosité du cœur (jour 8) et la paix dans les familles (jour 9). Cette neuvaine est particulièrement priée par les familles pour la protection de leurs enfants et par les marins avant les grandes traversées.
Questions fréquentes
Saint Nicolas est-il vraiment à l’origine du Père Noël ?
Oui, le Père Noël est une transformation séculière de saint Nicolas. La tradition des cadeaux offerts aux enfants le 6 décembre, en mémoire de la charité de l’évêque de Myre, fut exportée aux Pays-Bas puis en Amérique par les colons néerlandais sous le nom de Sinterklaas, qui devint Santa Claus. Au XIXe siècle, poètes et illustrateurs américains créèrent le personnage familier du vieil homme jovial en costume rouge, déplaçant la fête du 6 au 25 décembre. En Europe, la fête de Saint-Nicolas conserve cependant son caractère traditionnel.
Pourquoi saint Nicolas est-il le patron de la Lorraine ?
Saint Nicolas devint patron de la Lorraine à la suite de la translation de l’une de ses reliques, une phalange, rapportée de Bari par le chevalier lorrain Aubert de Varangéville en 1087. Cette relique fut déposée dans le prieuré de Saint-Nicolas-de-Port, près de Nancy, qui devint un important lieu de pèlerinage. Le duc de Lorraine René II attribua sa victoire sur Charles le Téméraire à la bataille de Nancy en 1477 à l’intercession de saint Nicolas, consolidant ainsi définitivement le patronage du saint sur la province.
Que contient la « manne de saint Nicolas » à Bari ?
La « manne de saint Nicolas » est un liquide aqueux et limpide qui suinte des ossements du saint conservés dans la crypte de la basilique de Bari. Ce phénomène, observé depuis la translation des reliques en 1087, se produit de manière régulière et est recueilli solennellement chaque année le 9 mai. Des analyses scientifiques ont confirmé qu’il s’agit d’un liquide aqueux pur dont l’origine reste inexpliquée par les sciences naturelles. Les fidèles attribuent à cette manne des propriétés miraculeuses, notamment des guérisons, et elle est distribuée aux pèlerins en petits flacons.
