Saint Pierre apôtre : premier pape et roc de l'Église

Fête
29 juin
Vie
1 - 64
Patron(ne) de
papes, pêcheurs
saints bibliques apôtre premier pape Ier siècle
Saint Pierre apôtre tenant les clés du Royaume des Cieux
Didier Descouens• CC BY-SA 4.0

Qui était saint Pierre apôtre ?

Saint Pierre, fêté le 29 juin en même temps que saint Paul, occupe une place sans équivalent dans l’histoire du christianisme. Aucun autre apôtre n’a reçu du Christ lui-même une mission aussi explicite. Né Simon, fils de Jonas, dans le village de Bethsaïde en Galilée, il gagnait sa vie comme pêcheur sur le lac de Tibériade lorsque Jésus de Nazareth l’appela à devenir « pêcheur d’hommes ». C’est le Christ qui le renomma Pierre (Céphas en araméen, Petros en grec) en lui déclarant : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle » (Mt 16, 18).

Ce mot fondateur fait de saint Pierre le premier chef de l’Église, le premier pape, le roc sur lequel repose l’édifice ecclésial tout entier. Son parcours humain, marqué par l’enthousiasme mais aussi par la faiblesse (son triple reniement lors de la Passion), puis par le repentir et la restauration, en fait probablement le saint le plus accessible du Nouveau Testament. Un homme qui a trahi et qui a pleuré. Un homme que Jésus a relevé.

Martyr à Rome sous l’empereur Néron vers l’an 64, Pierre fut crucifié la tête en bas, par humilité, estimant ne pas être digne de mourir comme son Maître. La basilique Saint-Pierre du Vatican, la plus grande église du monde, s’élève au-dessus de son tombeau. Deux millénaires de foi concentrés dans un lieu unique.

Contexte historique : la Galilée au temps de Jésus

Une terre de pêcheurs et de croyants

La Galilée du Ier siècle, où naquit et vécut Simon-Pierre avant sa vocation apostolique, était une région agricole et halieutique prospère. Sa population dense vivait d’une économie centrée sur la pêche dans le lac de Tibériade, l’agriculture et l’artisanat. Contrairement à la Judée, dominée par Jérusalem et le Temple, la Galilée était une terre de frontière, au contact des populations païennes de la Décapole et de la Syrie. On la désignait parfois comme « Galilée des nations » (Galilaea gentium).

Cette ouverture géographique et culturelle explique en partie pourquoi Jésus y commença son ministère et y recruta la plupart de ses apôtres. Le lac de Tibériade, aussi appelé mer de Galilée ou lac de Génésareth, constituait le cœur économique de la région. La pêche y était une activité organisée, avec des corporations de pêcheurs, des barques relativement sophistiquées et un commerce florissant du poisson séché et salé. On aurait tort d’imaginer un monde primitif : la Galilée du Ier siècle fonctionnait selon une organisation économique structurée et exigeante.

Le métier de pêcheur au Ier siècle

Simon-Pierre exerçait le métier de pêcheur avec son frère André et les fils de Zébédée, Jacques et Jean. Loin de l’image romantique du pêcheur solitaire, ce travail était physiquement éprouvant, pratiqué de nuit, et il exigeait de la force, de l’endurance et une connaissance intime des courants et des saisons du lac. Les pêcheurs galiléens n’appartenaient pas aux plus pauvres de la société. Ils possédaient des barques, des filets coûteux et employaient parfois des ouvriers.

Simon-Pierre s’était établi à Capharnaüm, petite ville située sur la rive nord-ouest du lac, qui devint le centre de la prédication de Jésus en Galilée. Les fouilles archéologiques y ont mis au jour ce qui est traditionnellement identifié comme la maison de Pierre : une habitation modeste transformée dès le Ier siècle en lieu de réunion chrétienne, puis en église octogonale au Ve siècle. C’est dans cette maison que Jésus guérit la belle-mère de Pierre, atteinte de fièvre, l’un des premiers miracles racontés dans les Évangiles synoptiques. Ce détail confirme que Simon était marié, bien que les Évangiles ne mentionnent plus jamais son épouse par la suite. Le silence des textes sur ce point reste, aujourd’hui encore, un mystère que les historiens ne peuvent trancher.

Vie et enfance de saint Pierre

Simon, fils de Jonas, pêcheur de Bethsaïde

Simon, que Jésus surnommera Pierre, naquit à Bethsaïde, un village de pêcheurs situé sur la rive nord-est du lac de Tibériade, près de l’embouchure du Jourdain. Son père se nommait Jonas (ou Jean, selon la variante johannique). Il avait un frère, André, qui fut également appelé par Jésus au nombre des Douze.

De son enfance et de sa jeunesse, les Évangiles ne nous apprennent rien directement. On peut raisonnablement déduire qu’il reçut une éducation religieuse juive traditionnelle : fréquentation de la synagogue le jour du sabbat, apprentissage des Écritures et des traditions des pères, participation aux grandes fêtes de pèlerinage à Jérusalem. Il grandit dans un milieu modeste mais non misérable, héritant du métier de pêcheur de sa famille.

Simon était un homme impétueux, franc, passionné, parfois maladroit dans ses réactions mais d’une générosité profonde. Les Évangiles ne cherchent nullement à dissimuler ces traits de caractère. C’est justement cette transparence qui fait de Pierre un personnage d’une humanité saisissante. On le reconnaît. On se reconnaît en lui.

L’appel décisif au bord du lac

L’appel de Simon par Jésus est raconté par les quatre évangélistes avec des variantes qui se complètent. Selon l’Évangile de Jean (1, 40-42), c’est André qui, après avoir rencontré Jésus sur les bords du Jourdain grâce au témoignage de Jean-Baptiste, amena son frère à Jésus. Celui-ci, le fixant du regard, lui dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu seras appelé Céphas », ce qui se traduit par Pierre.

Les Évangiles synoptiques présentent l’appel au bord du lac de Galilée : Jésus aperçut Simon et André qui jetaient leurs filets, et il leur dit : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes » (Mc 1, 17). Luc ajoute le récit de la pêche miraculeuse (Lc 5, 1-11). Après une nuit infructueuse, Simon accepta de jeter ses filets sur la parole de Jésus et prit une quantité de poissons si considérable que les filets menaçaient de se rompre. Saisi de stupeur et de crainte devant ce prodige, Simon tomba aux genoux de Jésus et dit : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. » Jésus le rassura : « Sois sans crainte ; désormais ce sont des hommes que tu prendras. »

Et Simon laissa tout. Il le suivit. Ce récit fondateur résume tout le mystère de la vocation : la parole souveraine du Christ qui appelle, la conscience de son indignité chez l’appelé, et la réponse généreuse qui engage toute l’existence.

La confession de foi et la primauté de Pierre

« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant »

Le moment le plus solennel de la vie de saint Pierre se situe près de Césarée de Philippe, au nord de la Galilée. Jésus, se tournant vers ses disciples, leur demanda : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Simon-Pierre, prenant la parole avec cette impétuosité qui le caractérisait, répondit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16).

Cette confession de foi, inspirée par le Père céleste selon les paroles mêmes de Jésus, valut à Simon la promesse fondatrice : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. Je te donnerai les clés du Royaume des cieux : tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (Mt 16, 18-19).

Ces paroles constituent le fondement scripturaire de la primauté de Pierre et de ses successeurs, les papes de Rome, sur l’ensemble de l’Église catholique. Elles expriment une certitude qui n’a jamais cessé d’habiter la conscience catholique : l’Église repose sur un fondement visible et humain, choisi par le Christ lui-même, et elle bénéficie de l’assistance divine dans sa mission d’enseigner, de sanctifier et de gouverner. C’est là, à Césarée de Philippe, que tout commence. Le pêcheur de Galilée reçoit les clés du Royaume.

Le reniement, le pardon et la mission apostolique

La nuit la plus sombre : le triple reniement

L’épisode le plus douloureux de la vie de saint Pierre est son triple reniement lors de la Passion de Jésus. Au cours du dernier repas, Jésus avait averti Pierre : « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois » (Mt 26, 34). Pierre protesta avec véhémence : « Même si tous tombent à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. » La certitude de Pierre était sincère. Elle était aussi aveugle.

Quelques heures plus tard, dans la cour du grand prêtre, interrogé par des servantes et des gardes, Pierre nia trois fois connaître Jésus. Après le troisième reniement, le coq chanta, et « le Seigneur se retournant, fixa Pierre du regard » (Lc 22, 61). Alors Pierre, se souvenant de la parole du Seigneur, « sortit et pleura amèrement » (Lc 22, 62).

Ces larmes de Pierre comptent parmi les plus célèbres de toute la littérature universelle. Elles expriment le repentir profond d’un homme qui a trahi son Maître par lâcheté et qui découvre, dans cet effondrement, la profondeur de son amour et de sa fragilité humaine. Il faut avoir renié pour mesurer ce que signifie croire.

« Simon, m’aimes-tu ? » : la triple réparation

Après la Résurrection, au bord du lac de Tibériade, Jésus restaura Pierre dans sa mission par un dialogue d’une beauté poignante (Jn 21, 15-19). Par trois fois, en écho aux trois reniements, le Christ demanda à Simon-Pierre : « M’aimes-tu ? » Et par trois fois, Pierre répondit : « Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime. » À chaque réponse, Jésus lui confia la charge pastorale suprême : « Pais mes agneaux », « Pais mes brebis. »

Cette scène fonde le ministère pétrinien. C’est l’amour pour le Christ, et non la perfection humaine, qui qualifie Pierre pour guider l’Église. Le reniement n’a pas disqualifié Pierre. Il l’a purifié, approfondi, rendu plus humble et plus miséricordieux. Le même Jésus qui l’avait constitué chef de l’Église lui annonça également le martyre : « En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu te ceignais toi-même et tu allais où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudras pas » (Jn 21, 18). Cette prophétie annonçait la crucifixion de Pierre, l’ultime preuve de son amour pour le Christ.

Le chef de l’Église naissante

Après l’Ascension et la Pentecôte, Pierre assuma pleinement son rôle de chef de la communauté chrétienne primitive. Les Actes des Apôtres le montrent prenant les décisions essentielles. C’est lui qui proposa l’élection de Matthias pour remplacer Judas. Lui qui prêcha le premier discours apostolique le jour de la Pentecôte, convertissant trois mille âmes. Lui qui opéra les premiers miracles au nom de Jésus. Lui qui accueillit les premiers païens dans l’Église en baptisant le centurion Corneille à Césarée.

Il présida le concile de Jérusalem, où fut tranchée la question de l’admission des païens dans l’Église sans obligation de la circoncision, une décision dont on mesure mal, aujourd’hui, l’audace qu’elle représentait. Emprisonné par Hérode Agrippa, il fut miraculeusement libéré par un ange. La tradition rapporte qu’il dirigea la communauté chrétienne d’Antioche avant de s’établir à Rome, capitale de l’Empire, où il exerça son ministère épiscopal pendant les dernières années de sa vie.

Martyre et sépulture de saint Pierre

La croix inversée : mourir pour le Christ

Selon une tradition ancienne et unanime, confirmée par les Pères de l’Église, les historiens ecclésiastiques et les découvertes archéologiques, saint Pierre fut martyrisé à Rome pendant la persécution de Néron, probablement entre 64 et 67 après Jésus-Christ. Après le grand incendie de Rome en 64, Néron accusa les chrétiens d’en être responsables et déclencha une persécution d’une cruauté inouïe.

Pierre fut arrêté et condamné à la crucifixion. La tradition rapporte qu’il demanda à être crucifié la tête en bas, s’estimant indigne de mourir dans la même position que son Seigneur. La croix inversée de saint Pierre, contrairement à ce que certains croient, n’est pas un symbole négatif. Elle est au contraire un signe d’humilité profonde et de conformité au Christ dans la souffrance.

Il fut enseveli dans la nécropole vaticane, sur la colline du Vatican, à proximité immédiate du cirque de Néron où il avait été supplicié. Des fouilles archéologiques menées sous la basilique Saint-Pierre entre 1939 et 1949, puis à nouveau dans les années 1960, ont mis au jour un monument funéraire du IIe siècle, le « trophée de Gaïus », élevé au-dessus d’une tombe vénérée depuis les origines comme celle de l’apôtre. Le pape Paul VI annonça en 1968 que les ossements retrouvés sous ce monument avaient été identifiés, avec une probabilité très élevée, comme ceux de saint Pierre. Cette identification, même si elle ne fait pas l’unanimité chez les archéologues, repose sur des analyses sérieuses et des indices convergents.

L’héritage spirituel de saint Pierre

Le roc de la foi et le pasteur de la miséricorde

L’héritage spirituel de saint Pierre est immense et se déploie à plusieurs niveaux. Sur le plan institutionnel, il est le fondement de la papauté : chaque pape, de Clément de Rome à François, est le successeur de Pierre et hérite de sa mission de confirmer ses frères dans la foi. Sur le plan spirituel, saint Pierre est le modèle de la conversion permanente. Son parcours, fait d’élans généreux et de chutes humiliantes, de confessions de foi et de reniements, montre que la sainteté n’est pas l’absence de péché mais la persévérance dans le repentir et l’amour.

Il enseigne que Dieu ne rejette jamais celui qui revient vers lui avec un cœur contrit, et que la grâce du Christ peut transformer le plus faible des hommes en un roc inébranlable. Cette conviction n’est pas une formule pieuse. Elle est l’expérience même de Pierre.

Saint Pierre est aussi le saint patron des pêcheurs, qui reconnaissent en lui un homme de leur condition, et des papes, qui portent sa charge avec la conscience de leur propre fragilité. La basilique Saint-Pierre de Rome, chef-d’œuvre de la Renaissance et du baroque, s’élève au-dessus de son tombeau. Pierre et marbre pour dire la foi de vingt siècles.

Prier avec saint Pierre

Prière à saint Pierre apôtre

Glorieux saint Pierre, toi que Jésus a choisi pour être le roc de son Église, le gardien des clés du Royaume, le pasteur de ses brebis, nous te prions avec confiance. Toi qui as connu la faiblesse du reniement et la force du pardon, intercède pour nous auprès du Seigneur. Obtiens-nous une foi inébranlable, une espérance ferme et un amour ardent pour le Christ. Comme toi, nous sommes faibles et pécheurs, mais nous savons que la miséricorde de Dieu est plus grande que nos chutes. Aide-nous à répondre généreusement à notre vocation, à nous relever après nos fautes et à marcher avec courage sur le chemin de l’Évangile. Saint Pierre, prince des apôtres, prie pour nous et pour le pape, ton successeur, afin qu’il guide l’Église avec sagesse et fidélité. Amen.

Neuvaine à saint Pierre

La neuvaine à saint Pierre se prie pendant neuf jours consécutifs, idéalement du 20 au 28 juin, en préparation de la solennité des saints Pierre et Paul le 29 juin. Chaque jour, le fidèle récite la prière ci-dessus, suivie d’un Notre Père, d’un Je vous salue Marie et d’un Gloire au Père.

Il est recommandé de méditer chaque jour un épisode de la vie de Pierre : l’appel au bord du lac, la pêche miraculeuse, la marche sur les eaux, la confession de Césarée, la Transfiguration, le lavement des pieds, le reniement et les larmes, l’apparition du Ressuscité au bord du lac, et le discours de la Pentecôte. On priera particulièrement pour le Saint-Père et pour l’unité de l’Église durant cette neuvaine.

Questions fréquentes

Pourquoi saint Pierre est-il considéré comme le premier pape ?

Saint Pierre est considéré comme le premier pape en vertu des paroles du Christ lui-même rapportées dans l’Évangile de Matthieu (16, 18-19) : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église… Je te donnerai les clés du Royaume des cieux. » Après la Résurrection, Jésus confirma cette mission en confiant à Pierre la charge de paître ses brebis (Jn 21, 15-17). Les Actes des Apôtres montrent Pierre exerçant effectivement un rôle de chef de la communauté chrétienne. La tradition unanime de l’Église primitive atteste qu’il se rendit à Rome, y exerça son ministère épiscopal et y mourut martyr, transmettant sa charge à ses successeurs, les évêques de Rome.

Saint Pierre a-t-il vraiment été crucifié la tête en bas ?

Cette tradition est rapportée par plusieurs sources anciennes, dont les Actes de Pierre, un texte apocryphe du IIe siècle, et par Origène au IIIe siècle, cité par Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique. Selon ces sources, Pierre demanda à être crucifié la tête en bas, s’estimant indigne de mourir dans la même posture que son Seigneur Jésus-Christ. La valeur historique exacte de ce détail est discutée par les historiens, mais la tradition est très ancienne et solidement attestée. La croix inversée de saint Pierre est devenue un symbole chrétien d’humilité et de soumission au Christ.

Où se trouve le tombeau de saint Pierre ?

Le tombeau de saint Pierre se trouve sous la basilique Saint-Pierre du Vatican, à Rome, à l’emplacement exact de l’autel papal. Des fouilles archéologiques menées de 1939 à 1949, commandées par le pape Pie XII, ont mis au jour une nécropole romaine sous la basilique et, en son centre, un monument funéraire du IIe siècle érigé au-dessus d’une tombe vénérée depuis les premiers temps du christianisme. Des ossements humains retrouvés dans un loculus adjacent à ce monument ont été étudiés par l’archéologue Margherita Guarducci et identifiés comme étant vraisemblablement ceux de l’apôtre Pierre. Les scavi (fouilles) du Vatican sont ouverts aux visiteurs sur réservation et permettent de descendre sous la basilique jusqu’au niveau de la nécropole antique et du tombeau présumé de Pierre.