Saint Sébastien, martyr romain et patron des soldats

Fête
20 janvier
Vie
256 - 288
Patron(ne) de
athlètes, soldats, archers
martyrs romains IIIe siècle Rome soldats
Saint Sébastien attaché à un arbre et percé de flèches, martyr romain
Pierre André Leclercq• CC BY-SA 4.0

Qui était saint Sébastien ?

Peu de martyrs ont été autant peints, sculptés et représentés que saint Sébastien. Né vers 256 à Narbonne (ou à Milan, selon les sources), officier de la garde prétorienne sous Dioclétien, il menait une double vie. Le jour, il servait l’empereur. La nuit, il visitait les prisonniers chrétiens dans leurs cachots.

Quand on le dénonça, il fut condamné à être criblé de flèches par ses propres soldats. Laissé pour mort, il fut recueilli et soigné par sainte Irène, veuve d’un autre martyr. Il survécut. Alors, au lieu de fuir, Sébastien retourna se planter devant Dioclétien pour dénoncer les persécutions. L’empereur le fit battre à mort et jeter dans le Cloaca Maxima, le grand égout de Rome. On fête saint Sébastien le 20 janvier. Il est patron des soldats, des athlètes, des archers et des pestiférés. Son image (un jeune homme percé de flèches, le visage levé vers le ciel) traverse l’art occidental depuis seize siècles.

Rome sous les empereurs Dioclétien et Maximien

La Tétrarchie et la montée des persécutions

Sébastien vit à la fin du IIIe siècle. L’Empire romain sort d’une crise qui a vu défiler des dizaines d’empereurs éphémères. Dioclétien restaure l’ordre en instaurant la Tétrarchie : un système de gouvernement à quatre. Maximien est co-empereur (Auguste) pour l’Occident, Galère et Constance Chlore sont Césars. La stabilité revient, mais elle a un prix. La politique religieuse se durcit. Les chrétiens, de plus en plus nombreux dans l’Empire, gênent. Ils refusent le culte impérial, refusent de sacrifier aux dieux traditionnels. Aux yeux du pouvoir, ce refus menace l’unité de l’État.

La garde prétorienne, corps d’élite de Rome

Sébastien sert dans la garde prétorienne. Dix mille hommes environ, répartis en cohortes. Mieux payés, mieux équipés que les légionnaires ordinaires. On n’y entre pas par hasard. Le fait qu’un chrétien secret ait pu atteindre le grade d’officier dans cette unité en dit long sur ses qualités de soldat, et sur sa capacité à vivre sa foi sans se trahir, jusqu’au jour où le choix devient inévitable.

Les chrétiens dans l’armée romaine

Le service militaire posait un vrai problème de conscience aux chrétiens des premiers siècles. Le serment comportait des éléments de culte impérial. Il fallait participer à des cérémonies religieuses païennes. Tertullien estimait la chose incompatible avec la foi. Clément d’Alexandrie l’admettait, à condition de ne pas participer aux rites idolâtres. En pratique, beaucoup de chrétiens servaient dans l’armée et vivaient leur foi en secret. Ils profitaient de leur position pour aider les frères persécutés. Sébastien pousse cette logique jusqu’au bout : il entre dans l’armée non pour faire carrière, mais pour secourir les prisonniers chrétiens.

Vie et enfance de saint Sébastien

Origines et jeunesse entre Gaule et Italie

La Passion de saint Sébastien, attribuée à saint Ambroise de Milan mais probablement rédigée au Ve siècle, situe sa naissance vers 256 à Narbonne, en Gaule narbonnaise. Il grandit à Milan. Famille noble, probablement déjà chrétienne ou du moins ouverte au christianisme. Il reçoit une éducation soignée, à la fois militaire et intellectuelle. Milan est alors l’une des grandes villes de l’Empire, un centre chrétien qui comptera bientôt Ambroise parmi ses évêques.

L’engagement militaire comme couverture apostolique

La décision de Sébastien est calculée et audacieuse. Il s’engage dans l’armée non par ambition mais pour accéder aux prisons. La Passion le dit clairement : « Ce n’est pas pour jouir de la milice que Sébastien revêtit la chlamyde, mais pour pouvoir fortifier les cœurs des chrétiens qu’il voyait défaillir dans les tourments. » Un officier peut visiter les détenus. Il peut leur apporter les sacrements. Il peut convertir des soldats et des gardiens. C’est exactement ce que Sébastien fait, pendant des années, sous le nez de l’empereur.

Ascension dans la garde prétorienne

Ses qualités militaires sont telles que Dioclétien lui-même le remarque. L’empereur, ignorant tout de sa foi, le nomme capitaine de la première cohorte de la garde prétorienne. Proximité quotidienne avec le pouvoir. Sébastien devient une figure respectée de la cour tout en menant une activité missionnaire clandestine intense. Il convertit des nobles, des soldats, des magistrats. On imagine la tension de cette double vie, l’effort constant pour ne rien laisser paraître.

L’apostolat secret et la dénonciation

Un apôtre dans l’ombre du trône

Depuis sa position d’officier, Sébastien visite les chrétiens emprisonnés. Il leur apporte nourriture, réconfort, espérance. Il encourage ceux qui faiblissent. Beaucoup retrouvent courage grâce à lui et acceptent le martyre avec joie. Il évangélise aussi les païens. La tradition cite parmi ses conversions les plus notables le préfet de Rome Chromace et son fils Tiburce, le tribun Nicomède, et les frères jumeaux Marc et Marcellin, soldats romains condamnés à mort pour leur foi.

La dénonciation et la condamnation

Une telle activité ne pouvait rester secrète éternellement. Dénoncé, Sébastien est convoqué devant Dioclétien. L’empereur est furieux. Il se sent trahi personnellement par un homme qu’il estimait. Sébastien confesse sa foi avec audace. Il déclare avoir toujours prié le vrai Dieu pour le salut de l’empereur et de l’Empire, et avoir accompli son service militaire avec fidélité et honneur. Dioclétien, inflexible, le condamne à être percé de flèches par les archers mauritaniens de la garde impériale.

Le double martyre de saint Sébastien

Le supplice des flèches

C’est la scène que tout le monde connaît. Sur ordre de Dioclétien, Sébastien est attaché à un poteau (ou un arbre) sur le Champ de Mars, dévêtu, livré aux archers qui le criblent de flèches. La Passion décrit son corps « hérissé de traits comme un hérisson de ses piquants ». Les soldats le croient mort et l’abandonnent. Mais aucune flèche n’a atteint un organe vital. Sébastien respire encore.

Sainte Irène et la guérison miraculeuse

Pendant la nuit, une femme nommée Irène, veuve du martyr saint Castule, vient chercher le corps pour lui donner une sépulture. Elle découvre qu’il est vivant. Elle le ramène chez elle et le soigne jusqu’à sa guérison complète. Le nom d’Irène signifie « paix » en grec. Les chrétiens de Rome supplient Sébastien de fuir. Le soldat refuse.

Le second martyre et la mort définitive

Guéri, Sébastien prend une décision qui stupéfie tout le monde. Au lieu de se cacher, il se rend au palais impérial et se poste sur le passage de Dioclétien. Il interpelle l’empereur en public, dénonce la cruauté des persécutions contre des sujets innocents et fidèles.

Dioclétien, stupéfait de voir vivant un homme qu’il croyait mort, ordonne cette fois qu’on le batte à mort à coups de bâton. Les bourreaux s’acharnent. Puis ils jettent le corps dans le Cloaca Maxima, le grand égout de Rome, pour empêcher les chrétiens de recueillir les reliques. Mais une chrétienne nommée Lucine reçoit en songe une apparition de Sébastien qui lui indique où se trouve son corps. Elle le retrouve et l’ensevelit dans les catacombes de la voie Appienne. C’est là que s’élève aujourd’hui la basilique Saint-Sébastien-hors-les-Murs.

Mort, canonisation et postérité de saint Sébastien

Un culte précoce et universel

Le culte de saint Sébastien est attesté dès le IVe siècle. Son nom figure dans la Depositio Martyrum de 354, le plus ancien calendrier liturgique romain connu. La basilique sur son tombeau est devenue l’une des sept églises de pèlerinage de Rome.

Au VIIe siècle, son culte explose. Une épidémie de peste ravage Rome. On organise une procession avec ses reliques. La peste cesse. À partir de ce moment, Sébastien est le saint qu’on invoque contre les épidémies. L’association entre les flèches de son martyre et les « flèches » de la peste (image courante dans l’Antiquité pour désigner les fléaux) renforce ce patronage. Pendant tout le Moyen Âge, on priera Sébastien quand la peste frappe.

Une icône de l’art occidental

Avec la Vierge Marie et le Christ en croix, saint Sébastien est l’un des sujets les plus représentés de l’art chrétien occidental. Son martyre a inspiré Mantegna, Antonello da Messina, Pérugin, Giovanni Bellini, Le Guerchin, Guido Reni et des dizaines d’autres. Le sujet offrait aux artistes quelque chose de rare : un corps masculin idéalisé, nu ou semi-nu, dans une pose à la fois tragique et héroïque. La souffrance physique mêlée à la sérénité du visage. Je trouve que les deux Sébastien de Mantegna comptent parmi les plus saisissants.

L’héritage spirituel de saint Sébastien

Le courage de la double fidélité

Ce que Sébastien nous enseigne tient en peu de mots : la foi ne demande pas de quitter le monde, mais d’y vivre avec courage. Tant que ses deux loyautés (Empire et Christ) pouvaient coexister, il a servi les deux avec honneur. Quand le conflit est devenu inévitable, il a choisi le Christ sans hésiter, et il a accepté la mort plutôt que l’apostasie.

Son double martyre est remarquable. Il survit aux flèches. On lui offre une seconde chance, la possibilité de disparaître. Il refuse et retourne affronter l’empereur. Cette persévérance ne connaît ni le découragement ni le compromis. Pour vous qui lisez ceci, la question est simple : auriez-vous fui, ou seriez-vous retourné ?

Prier avec saint Sébastien

Prière à saint Sébastien

Glorieux saint Sébastien, soldat courageux du Christ et double martyr de la foi, toi qui as servi l’Empire tout en servant Dieu, et qui as préféré la mort à l’infidélité envers ton Seigneur, nous implorons ton intercession puissante. Donne-nous le courage de vivre notre foi dans le monde sans compromis ni lâcheté. Toi qui as réconforté les prisonniers et converti les païens par ta parole ardente, embrase nos cœurs du feu de l’Évangile. Toi qui as survécu aux flèches pour retourner affronter le tyran, enseigne-nous la persévérance dans les épreuves et le refus de toute capitulation devant le mal. Protège les soldats, les athlètes et tous ceux qui mettent leur force au service du bien. Par le Christ notre Seigneur. Amen.

Neuvaine à saint Sébastien

La neuvaine à saint Sébastien se prie du 11 au 19 janvier, veille de sa fête. Chaque jour, on récite un Notre Père, un Je vous salue Marie et un Gloire au Père, suivis de la prière ci-dessus. Les intentions quotidiennes s’inspirent de sa vie : le courage dans l’adversité (jour 1), la fidélité à ses engagements (jour 2), le zèle missionnaire (jour 3), la charité envers les souffrants (jour 4), la force de confesser sa foi (jour 5), la guérison des maladies du corps (jour 6), la résistance aux tentations de compromission (jour 7), la persévérance après les échecs (jour 8) et la préparation à la vie éternelle (jour 9). Cette neuvaine est particulièrement recommandée pour les soldats, les sportifs et tous ceux qui font face à des maladies graves.

Questions fréquentes

Pourquoi saint Sébastien est-il le patron des athlètes ?

Son passé de soldat d’élite dans la garde prétorienne impliquait une condition physique hors du commun. Sa survie au supplice des flèches a été lue comme un signe de force surhumaine conférée par la grâce. Ces deux éléments en ont fait le symbole de l’endurance physique au service d’un idéal. Au XXe siècle, le pape Pie XII l’a officiellement proclamé patron des athlètes et des associations sportives.

Le supplice des flèches a-t-il vraiment eu lieu ?

L’historicité du martyre par les flèches est jugée très probable par les historiens. Le culte est attesté dès le IVe siècle. Les catacombes de la voie Appienne conservent des traces archéologiques anciennes de sa vénération. La Passion détaillée, rédigée au Ve siècle, s’appuie sur des traditions plus anciennes. Le supplice par les flèches était une forme d’exécution connue dans l’armée romaine. La survie, bien que remarquable, n’est pas médicalement impossible si aucune flèche n’a atteint un organe vital.

Pourquoi saint Sébastien est-il invoqué contre la peste ?

En 680, une terrible épidémie de peste dévastait Rome et l’Italie. La tradition rapporte que l’épidémie cessa après qu’un autel dédié à saint Sébastien fut érigé dans la basilique Saint-Pierre-aux-Liens. L’association symbolique entre les flèches de son martyre et les « flèches » de la peste (image courante dans l’Antiquité et la Bible pour désigner les fléaux envoyés par Dieu) a consolidé ce patronage. Pendant les grandes épidémies médiévales, il était l’un des premiers saints invoqués.