Qui était Saint Vincent de Paul ?
Saint Vincent de Paul est l’une des plus grandes figures de la charité chrétienne. Ce prêtre gascon du XVIIe siècle a révolutionné l’assistance aux pauvres en France et bien au-delà. Fondateur de la Congrégation de la Mission (les Lazaristes) et co-fondateur des Filles de la Charité avec Louise de Marillac, il a bâti des structures d’aide qui fonctionnent encore aujourd’hui, quatre siècles plus tard.
Son nom est devenu synonyme de charité. Les « conférences de Saint-Vincent-de-Paul », fondées au XIXe siècle dans son esprit, comptent aujourd’hui des centaines de milliers de bénévoles dans le monde entier. Son visage, celui d’un vieil homme bienveillant portant un enfant, est universellement reconnu.
Vincent de Paul n’était pas né pour être saint. Fils de paysans pauvres des Landes, il rêvait d’abord de s’élever socialement grâce à la prêtrise. C’est la rencontre des pauvres, le fait de vraiment les voir, de leur parler, de toucher leur misère, qui le transforma et fit de lui l’apôtre de la charité que l’Église vénère.
La France du XVIIe siècle, entre splendeur et misère
Un siècle de contrastes violents
Le XVIIe siècle français est celui de Louis XIII et Louis XIV, des fastes de Versailles et de la grandeur nationale. Mais c’est aussi un siècle de guerres, de famines et de misère effroyable pour le peuple. La guerre de Trente Ans, de 1618 à 1648, ravage l’Europe. En France, la Fronde plonge le pays dans la guerre civile entre 1648 et 1653.
Les campagnes sont dévastées par les armées qui vivent sur le pays, prenant tout, ne laissant rien. Les épidémies déciment des régions entières. La misère des paysans, des ouvriers, des malades et des enfants abandonnés atteint des niveaux que nous peinons à imaginer.
Le renouveau catholique français
C’est aussi le « Grand Siècle » de la spiritualité française. Après les guerres de Religion, l’Église catholique se réforme en profondeur. De nombreux saints naissent en France durant cette période : François de Sales, Jeanne de Chantal, Jean Eudes, Louise de Marillac, Jean-Baptiste de la Salle…
Vincent de Paul s’inscrit pleinement dans ce mouvement de réforme. Il contribuera avec une énergie considérable à la formation d’un nouveau clergé et à l’organisation rationnelle de la charité.
Vie et jeunesse de Vincent de Paul
Une enfance dans les Landes
Vincent de Paul naît le 24 avril 1581 à Pouy, près de Dax, dans les Landes. Son père, Jean de Paul, est un petit paysan. Sa mère, Bertrande de Moras, élève six enfants dans une maison modeste.
Le jeune Vincent garde les troupeaux de son père. Mais il se distingue par son intelligence vive. Son père décide de l’envoyer étudier, espérant qu’il deviendra prêtre et pourra aider la famille à sortir de la pauvreté. « Mon père était un pauvre laboureur, racontera Vincent des années plus tard, qui me fit étudier parce qu’il me voyait d’un esprit qui ne s’accommodait pas au travail de la terre. »
Les études et une ordination précoce
Vincent étudie chez les Cordeliers de Dax, puis à l’université de Toulouse. Il est ordonné prêtre en 1600, à dix-neuf ans, très jeune même pour l’époque. Ses motivations sont alors ambiguës, et il le reconnaîtra lui-même plus tard : il cherche une situation confortable, un bénéfice ecclésiastique, une carrière.
Pendant plusieurs années, le jeune prêtre mène une vie sans éclat. Il est précepteur, cherche des protecteurs influents, espère un évêché. Rien ne laisse présager le saint qu’il deviendra.
La captivité en Barbarie (1605-1607)
Un épisode mystérieux marque cette période. Vincent aurait été capturé par des pirates barbaresques en Méditerranée et vendu comme esclave à Tunis. Il aurait passé deux ans en captivité avant de s’enfuir avec son dernier maître, qu’il aurait converti au christianisme.
L’historicité de cet épisode fait débat parmi les historiens. Ce qui est certain, c’est que quelque chose a profondément changé en Vincent au cours de ces années. La découverte de l’esclavage et de la misère la plus extrême a commencé à fissurer l’ambition mondaine du jeune prêtre gascon.
La conversion au service des pauvres
La rencontre décisive avec Bérulle
De retour en France, Vincent arrive à Paris vers 1608. Il rencontre Pierre de Bérulle, figure majeure de la réforme catholique française et fondateur de l’Oratoire. Bérulle devient son directeur spirituel et l’oriente, pas à pas, vers une vie intérieure plus profonde.
En 1612, Vincent devient curé de Clichy, près de Paris. Pour la première fois, il découvre le ministère paroissial auprès de gens simples. Il s’y attache, y réussit, y trouve une joie inattendue. Mais Bérulle a d’autres projets pour lui.
Précepteur chez les Gondi
En 1613, Vincent entre comme précepteur au service de la puissante famille de Gondi. Philippe-Emmanuel de Gondi est général des galères ; sa femme, Marguerite de Silly, est une femme pieuse et charitable. Vincent accompagne la famille dans ses terres.
En janvier 1617, au château de Folleville en Picardie, Vincent confesse un paysan mourant et découvre l’ignorance religieuse abyssale des campagnes. Le 25 janvier, il prêche sur la confession générale. Le succès est foudroyant : les paysans affluent pour se confesser. Vincent comprend soudain sa mission. Elle ne consiste pas à courir après un évêché. Elle consiste à évangéliser les pauvres des campagnes.
Châtillon-les-Dombes, naissance de la charité organisée
Quelques mois plus tard, devenu curé de Châtillon-les-Dombes (aujourd’hui Châtillon-sur-Chalaronne), Vincent découvre une famille entière malade, sans aucun secours. Il prêche, et les dames de la paroisse apportent en masse de la nourriture. Mais toutes le même jour, si bien que la nourriture pourrit et que la famille reste ensuite sans aide.
Ce désordre généreux le frappe. Vincent comprend qu’il faut organiser la charité. Il fonde la première « Confrérie de la Charité », ancêtre des associations caritatives modernes. Chaque membre s’engage à visiter les malades à tour de rôle, selon un planning précis. L’improvisation cède la place à la méthode. C’est une idée toute simple. Et c’est une révolution.
Les grandes fondations
La Congrégation de la Mission (1625)
Revenu chez les Gondi, Vincent parcourt leurs terres pour prêcher des missions populaires. Le succès le convainc qu’il faut former des prêtres spécialement dédiés à l’évangélisation des campagnes.
En 1625, avec le soutien financier des Gondi, il fonde la Congrégation de la Mission. Les prêtres de cette société, qui s’installeront au prieuré de Saint-Lazare à Paris (d’où leur nom de « Lazaristes »), se consacreront aux missions rurales et à la formation du clergé.
Vincent impose à ses prêtres la simplicité, l’humilité, le travail manuel. « Nous sommes de pauvres gens, des paysans », dit-il. Les Lazaristes essaimeront dans le monde entier, portant l’Évangile jusqu’en Chine et à Madagascar.
Les Filles de la Charité (1633)
Les Confréries de la Charité, composées de dames de la bourgeoisie et de la noblesse, rencontrent leurs limites. Ces femmes ont des obligations familiales et sociales qui les empêchent de servir les pauvres à plein temps. Il faut des femmes entièrement disponibles.
En 1633, avec Louise de Marillac, Vincent fonde les Filles de la Charité. Ce n’est pas un ordre religieux classique. Les Filles ne sont pas cloîtrées, ne portent pas de voile monastique, ne prononcent que des vœux temporaires renouvelés chaque année. Elles vivent dans le monde, au milieu des pauvres qu’elles servent.
« Elles auront pour monastère les maisons des malades, pour cloître les rues de la ville, pour clôture l’obéissance, pour grille la crainte de Dieu, pour voile la sainte modestie », dit Vincent. Cette formule ouvre une voie entièrement nouvelle pour les femmes consacrées. Elle rompt avec des siècles de clôture obligatoire et libère un potentiel d’action considérable.
L’œuvre des enfants trouvés
Chaque année, des centaines de nouveau-nés sont abandonnés dans les rues de Paris. La plupart meurent de froid ou de faim. Vincent refuse de détourner le regard. En 1638, il confie aux Filles de la Charité l’accueil des enfants trouvés.
L’entreprise est coûteuse, et les fonds menacent de manquer. Un jour de crise, Vincent réunit les dames de charité et leur présente les enfants : « Or sus, Mesdames, la compassion et la charité vous ont fait adopter ces petites créatures pour vos enfants. Vous avez été leurs mères selon la grâce, depuis que leurs mères selon la nature les ont abandonnés. Voyez maintenant si vous voulez aussi les abandonner. »
Les dames pleurent et donnent. Les enfants sont sauvés. L’œuvre des Enfants Trouvés s’institutionnalise et préfigure l’assistance publique moderne. Vincent a compris quelque chose que beaucoup ignorent encore : la charité sans organisation n’est qu’un geste ; la charité organisée change le monde.
L’influence sur l’Église et la société
La réforme du clergé
Vincent est convaincu que le renouveau de l’Église passe par la formation des prêtres. Il institue les « exercices des ordinands », retraites de dix jours imposées aux candidats à l’ordination. Il crée des séminaires pour la formation initiale et continue du clergé.
Il participe au Conseil de Conscience de la reine Anne d’Autriche, qui nomme les évêques de France. Il travaille à placer des évêques réformateurs dans les diocèses, malgré les pressions politiques. Ce combat pour un clergé digne de sa mission est peut-être, à long terme, sa contribution la plus décisive à l’Église de France.
Le secours aux régions dévastées
Pendant la Fronde et les guerres, Vincent organise des secours massifs pour les populations affamées de Lorraine, de Picardie, de Champagne. Il collecte des fonds considérables, envoie des Lazaristes et des Filles de la Charité sur le terrain, distribue vivres et vêtements.
Ces « missions de secours » font de lui une figure nationale respectée de tous. Même le cardinal Mazarin, qu’il a combattu ouvertement, finit par le respecter.
Mort et postérité
Les dernières années
Vieillissant, épuisé par le travail, Vincent souffre de jambes enflées qui l’empêchent de marcher. Il continue pourtant à diriger ses œuvres depuis son fauteuil, dictant des lettres, recevant des visiteurs, prenant des décisions.
Le 27 septembre 1660, à quatre heures du matin, Vincent de Paul meurt paisiblement à Saint-Lazare, assis dans son fauteuil, en murmurant des prières. Il a soixante-dix-neuf ans. Il laisse derrière lui un réseau d’institutions charitables sans équivalent dans l’Europe de son temps.
Canonisation et rayonnement universel
Béatifié par Benoît XIII en 1729, Vincent de Paul est canonisé par Clément XII en 1737. En 1885, Léon XIII le proclame patron de toutes les œuvres de charité. Son rayonnement est universel et ne s’est jamais démenti.
Les Lazaristes sont présents sur les cinq continents. Les Filles de la Charité sont la plus grande congrégation féminine de l’Église catholique. La Société de Saint-Vincent-de-Paul, fondée par Frédéric Ozanam en 1833, rassemble des centaines de milliers de bénévoles dans plus de cent cinquante pays.
Prier avec Saint Vincent de Paul
Prière de Saint Vincent de Paul
Seigneur, fais que j’aie les dispositions que tu veux que j’aie. Fais que je fasse tout ce que tu veux que je fasse. Je m’abandonne à toi, ô mon Dieu. Dispose de moi selon ton bon plaisir. Je ne désire rien d’autre que l’accomplissement de ta volonté. Amen.
Prière à Saint Vincent de Paul
Saint Vincent de Paul, apôtre de la charité, toi qui as vu le Christ dans le visage des pauvres, ouvre nos yeux à la misère qui nous entoure. Donne-nous un cœur compatissant et des mains généreuses. Aide-nous à servir les pauvres avec respect et amour. Intercède pour ceux qui souffrent de la faim, de la maladie, de l’abandon. Saint Vincent de Paul, priez pour nous. Amen.
Questions fréquentes
Pourquoi Saint Vincent de Paul est-il patron des œuvres de charité ?
Le pape Léon XIII a proclamé Saint Vincent de Paul patron universel de toutes les œuvres de charité en 1885, en reconnaissance de son apport fondateur dans l’organisation de l’assistance aux pauvres. Vincent n’a pas inventé la charité chrétienne, mais il l’a structurée, professionnalisée, rendue efficace à grande échelle. Ses méthodes ont inspiré toutes les organisations caritatives ultérieures, qu’elles soient confessionnelles ou laïques.
Qu’est-ce que la Société de Saint-Vincent-de-Paul ?
La Société de Saint-Vincent-de-Paul est une organisation caritative fondée à Paris en 1833 par Frédéric Ozanam et ses amis. Elle regroupe des laïcs qui visitent les pauvres à domicile, dans l’esprit de Saint Vincent de Paul. Présente dans plus de 150 pays, elle compte environ 800 000 membres bénévoles qui portent secours matériel et moral aux personnes en difficulté.
Où peut-on vénérer Saint Vincent de Paul ?
Le corps de Saint Vincent de Paul repose dans un reliquaire de verre au-dessus du maître-autel de la chapelle des Lazaristes, rue de Sèvres à Paris (6e arrondissement). On peut également visiter le lieu de sa naissance à Saint-Vincent-de-Paul (anciennement Pouy) dans les Landes, la chapelle de la Médaille Miraculeuse rue du Bac (liée aux Filles de la Charité), et Châtillon-sur-Chalaronne où il fonda la première Confrérie de la Charité.
