Qui était sainte Brigitte de Suède ?
Sainte Brigitte de Suède, née Birgitta Birgersdotter en 1303 dans une famille de la haute noblesse suédoise, est l’une des plus grandes mystiques de l’histoire de l’Église catholique et l’une des six co-patronnes de l’Europe. Épouse aimante et mère de huit enfants (dont sainte Catherine de Vadstena), elle reçut dès l’enfance des visions et des révélations d’une intensité extraordinaire qui ne cessèrent qu’à sa mort. Après le décès de son époux, le prince Ulf Gudmarsson, elle fonda l’Ordre du Saint-Sauveur, connu sous le nom de Birgittines, et s’installa à Rome où elle vécut près de vingt-cinq ans dans la prière, la pénitence et l’action prophétique.
Ses Révélations célestes, dictées en suédois ancien puis traduites en latin, forment un corpus mystique d’une ampleur exceptionnelle. Elles abordent la Passion du Christ, la vie de la Vierge Marie, la réforme de l’Église et les affaires politiques de son temps. Pèlerine infatigable qui se rendit à Rome, à Saint-Jacques-de-Compostelle et en Terre Sainte, Brigitte de Suède fut une femme de foi qui osa interpeller les puissants de ce monde (papes, rois et prélats) au nom de la vérité divine. Sa fête est célébrée le 23 juillet.
L’Europe du XIVe siècle en crise
Un siècle de calamités et de quête spirituelle
Le XIVe siècle dans lequel vit sainte Brigitte est l’un des plus tourmentés de l’histoire européenne. La Grande Peste, ou Peste noire, ravage le continent à partir de 1347 et emporte entre un tiers et la moitié de la population européenne en quelques années. Les chiffres sont vertigineux. Cette catastrophe démographique sans précédent provoque un effondrement économique, social et psychologique qui ébranle les fondements mêmes de la civilisation médiévale. Les survivants, hantés par la peur de la mort, oscillent entre une piété fervente tournée vers le salut de l’âme et un désespoir nihiliste qui se manifeste par des excès de toutes sortes.
L’Église traverse elle aussi une crise profonde. Depuis 1309, les papes résident à Avignon sous l’influence de la couronne de France, loin de Rome et de la basilique Saint-Pierre. Cette « captivité de Babylone », comme la nommeront les contemporains, suscite un scandale croissant dans la chrétienté. Le luxe de la cour pontificale avignonnaise, la vénalité de la curie et l’absentéisme des prélats nourrissent un anticléricalisme virulent. Brigitte sera l’une des voix les plus puissantes à réclamer le retour du pape à Rome, aux côtés de sainte Catherine de Sienne qui reprendra ce combat une génération plus tard.
La Scandinavie elle-même connaît des bouleversements considérables. Les royaumes du Nord sont en pleine transformation politique, entre tentatives d’unification et rivalités dynastiques. La Suède, patrie de Brigitte, est un royaume vigoureux mais fragile, dont la noblesse disputera le pouvoir à la couronne pendant tout le siècle. C’est dans ce contexte de crise généralisée que la voix prophétique de Brigitte s’élève, rappelant à tous, du plus humble paysan au souverain pontife, l’urgence de la conversion et du retour à l’Évangile.
Vie et enfance de sainte Brigitte de Suède
La fille des Lawspeakers
Brigitte naît en 1303 à Finsta, dans la province d’Uppland, au sein de l’une des familles les plus puissantes de Suède. Son père, Birger Persson, est lawspeaker (juge suprême) de la province d’Uppland, l’une des charges les plus éminentes du royaume. Sa mère, Ingeborg Bengtsdotter, appartient elle aussi à la haute noblesse et est apparentée à la famille royale. L’enfant grandit dans un milieu profondément chrétien, où la piété accompagne naturellement le prestige social. Sa mère meurt alors que Brigitte est encore jeune, et c’est sa tante qui prend en charge son éducation.
Dès l’âge de sept ans, Brigitte fait l’expérience de visions mystiques. Dans la plus célèbre de ces visions enfantines, elle contemple le Christ crucifié qui lui dit : « Regarde-moi, ma fille. » Elle demande : « Seigneur, qui vous a fait cela ? » Et le Christ répond : « Ceux qui me méprisent et négligent mon amour. » Sept ans. Cette vision inaugurale marquera profondément toute sa spiritualité, centrée sur la contemplation de la Passion.
L’épouse, la mère et la dame de cour
À l’âge de treize ans, conformément aux usages de la noblesse médiévale, Brigitte est mariée au prince Ulf Gudmarsson, un jeune noble pieux et cultivé. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre d’un mariage arrangé, leur union se révèle profondément harmonieuse. Ensemble, ils auront huit enfants : quatre fils et quatre filles, dont Catherine (Karin), qui sera elle-même canonisée sous le nom de sainte Catherine de Vadstena.
Brigitte gère avec compétence les vastes domaines de la famille tout en menant une vie de prière intense. Elle et Ulf partagent une même aspiration à la perfection chrétienne et entreprennent ensemble un pèlerinage au sanctuaire de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne, l’un des trois grands pèlerinages de la chrétienté médiévale. Ce voyage de plusieurs mois, à travers les routes dangereuses de l’Europe du XIVe siècle, renforce leur foi commune et approfondit le désir de Brigitte de consacrer sa vie entièrement à Dieu.
À la cour du roi Magnus IV de Suède, où elle occupe la charge de dame d’honneur de la reine Blanche de Namur, Brigitte observe avec une lucidité croissante les mœurs dissolues et la corruption qui y règnent. Ses visions se font de plus en plus pressantes et lui dictent des avertissements sévères destinés au roi et à la reine. Elle n’hésite pas à transmettre ces messages divins, ce qui lui attire l’admiration de certains et la méfiance de beaucoup d’autres.
La vocation prophétique : des visions à la fondation de l’Ordre du Saint-Sauveur
La mort d’Ulf et l’appel divin
En 1344, après un second pèlerinage à Trondheim en Norvège, Ulf Gudmarsson meurt au monastère cistercien d’Alvastra. Brigitte, qui a alors quarante et un ans, entre dans une période de deuil et de transformation spirituelle intense. C’est à Alvastra qu’elle reçoit la vision fondatrice de sa mission : le Christ lui révèle la règle d’un nouvel ordre religieux, l’Ordre du Saint-Sauveur. Cet ordre comptera des communautés mixtes, un monastère de femmes et un monastère d’hommes vivant sous l’autorité d’une abbesse, en l’honneur de la Vierge Marie. Cette structure inhabituelle, où une femme exerce l’autorité suprême, révèle l’audace de la vision brigittine et sa conviction que la Vierge Marie occupe une place centrale dans l’économie du salut.
Les Révélations se multiplient et forment progressivement un corpus imposant de huit livres, traduits du suédois ancien en latin par ses confesseurs. Ces textes abordent une variété extraordinaire de sujets. On y trouve des descriptions poignantes de la Passion du Christ, reçues comme des visions directes qui inspireront profondément l’art sacré des siècles suivants. On y lit des méditations sur la vie de la Vierge Marie d’une tendresse et d’une précision remarquables. On y découvre des messages adressés aux papes, aux rois et aux prélats, les exhortant à la réforme et à la conversion. On y rencontre aussi des réflexions théologiques sur la nature de Dieu, le sens de la souffrance et le chemin de la sainteté. L’authenticité de ces Révélations sera longuement examinée et finalement approuvée par l’Église au concile de Bâle.
L’œuvre romaine et les pèlerinages : vingt-cinq ans au service de l’Église
La voix qui interpelle les papes
En 1349, Brigitte quitte définitivement la Suède pour Rome, où elle passera le reste de sa vie, soit près de vingt-cinq ans. Son installation dans la Ville éternelle coïncide avec l’année jubilaire de 1350, qui attire des foules considérables malgré les ravages de la Peste noire. Rome, en l’absence du pape qui réside à Avignon, est une ville délabrée, livrée aux factions rivales de la noblesse romaine. Les basiliques tombent en ruine et le clergé vit dans le désordre. Brigitte s’installe dans une modeste maison du quartier de la place Farnèse et entreprend une vie de prière, de pénitence et d’action charitable qui fait d’elle une figure centrale de la vie religieuse romaine.
Son combat principal est le retour du pape à Rome. Elle écrit au pape Clément VI, puis à ses successeurs Innocent VI et Urbain V, des lettres d’une franchise stupéfiante où elle transmet les avertissements qu’elle dit avoir reçus du Christ et de la Vierge Marie. Elle n’hésite pas à menacer les papes des châtiments divins s’ils persistent dans leur exil avignonnais. Lorsqu’Urbain V revient brièvement à Rome en 1367, Brigitte y voit l’accomplissement partiel de ses prières, mais le pape repart pour Avignon en 1370. Brigitte, accablée, prédit sa mort prochaine, qui survient effectivement quelques semaines plus tard. Ce n’est que sous Grégoire XI, en 1377, quatre ans après la mort de Brigitte, que le retour définitif du pape à Rome sera accompli, largement grâce à l’action combinée de Brigitte de Suède et de Catherine de Sienne.
Le pèlerinage en Terre Sainte et les dernières révélations
En 1371, malgré son âge avancé et sa santé fragile, Brigitte entreprend un pèlerinage en Terre Sainte accompagnée de plusieurs de ses enfants, dont Catherine et Birger. Ce voyage, qui dure près de deux ans, la conduit à Jérusalem, Bethléem et Nazareth, où elle reçoit ses dernières et plus intenses révélations.
À Bethléem, elle contemple dans une vision d’une précision saisissante la scène de la Nativité : la Vierge Marie agenouillée devant l’Enfant Jésus, qui rayonne d’une lumière surnaturelle éclipsant la chandelle de saint Joseph. Cette vision influencera profondément l’iconographie de la Nativité dans l’art européen, notamment dans la peinture flamande et italienne des XVe et XVIe siècles. Si vous avez vu des Nativités où l’Enfant rayonne de lumière, c’est à Brigitte que vous le devez.
À Jérusalem, Brigitte revit les stations du chemin de croix avec une intensité mystique qui la laisse physiquement épuisée. Le voyage est également marqué par un drame familial : son fils Birger, le plus dissolu de ses enfants, mène une vie scandaleuse en Terre Sainte et meurt à Naples sur le chemin du retour.
La mort et la canonisation de sainte Brigitte de Suède
Le retour à Rome et la mort de la pèlerine
De retour à Rome après le pèlerinage en Terre Sainte, Brigitte est épuisée et gravement malade. Elle s’éteint le 23 juillet 1373 dans sa maison romaine, entourée de sa fille Catherine et de ses compagnons fidèles. Ses dernières paroles sont une prière d’abandon à la volonté de Dieu. Son corps est d’abord inhumé à Rome, dans l’église San Lorenzo in Panisperna, avant que Catherine n’organise le transfert de ses reliques en Suède, au monastère de Vadstena. Ce monastère devient la maison-mère de l’Ordre du Saint-Sauveur et un important lieu de pèlerinage scandinave.
Le procès de canonisation est ouvert par le pape Grégoire XI dès 1377. Après un examen approfondi de ses vertus et de ses miracles, Brigitte est canonisée le 7 octobre 1391 par le pape Boniface IX. En 1999, le pape Jean-Paul II la proclame co-patronne de l’Europe, aux côtés de saint Benoît, des saints Cyrille et Méthode, de sainte Catherine de Sienne et de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix. Le pape reconnaît en elle une figure fondatrice de l’identité spirituelle européenne.
L’héritage spirituel de sainte Brigitte de Suède
Une mystique pour l’Europe d’aujourd’hui
L’héritage de sainte Brigitte de Suède est considérable. Ses Révélations célestes, traduites dans de nombreuses langues, ont nourri la piété de millions de chrétiens à travers les siècles. Les quinze oraisons de sainte Brigitte sur la Passion du Christ, bien que leur attribution historique soit discutée, restent parmi les prières les plus répandues dans le monde catholique.
L’Ordre du Saint-Sauveur, bien que réduit après la Réforme protestante qui balaya la Scandinavie au XVIe siècle, a connu un renouveau remarquable depuis le XIXe siècle et compte aujourd’hui des monastères sur plusieurs continents. Le monastère de Vadstena, en Suède, restauré et rendu à la vie religieuse, demeure un lieu de pèlerinage vivant.
L’héritage de Brigitte réside surtout dans sa figure même : celle d’une femme laïque, épouse et mère, qui a vécu pleinement dans le monde avant de se consacrer entièrement à Dieu. Elle prouve que la vie mystique n’est pas réservée aux cloîtres mais peut jaillir au cœur même de la vie familiale et sociale.
Prier avec sainte Brigitte de Suède
Prière à sainte Brigitte de Suède
Seigneur Jésus-Christ, Toi qui as daigné révéler à ta servante Brigitte les mystères de ta Passion et la tendresse de ta Mère, accorde-nous par son intercession la grâce de contempler avec amour tes souffrances rédemptrice et de marcher fidèlement sur le chemin de la croix. Que l’exemple de cette épouse, mère et mystique nous enseigne à Te chercher dans tous les états de vie et à porter ta parole prophétique dans un monde qui a soif de vérité. Toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles. Amen.
Neuvaine à sainte Brigitte de Suède
La neuvaine à sainte Brigitte de Suède se prie du 14 au 22 juillet, veille de sa fête liturgique. Chaque jour, récitez la prière ci-dessus, suivie d’un Notre Père, d’un Je vous salue Marie et d’un Gloire au Père. Le premier jour, méditez sur les visions d’enfance de Brigitte et priez pour la grâce d’un cœur ouvert aux appels de Dieu. Le deuxième jour, contemplez sa vie conjugale avec Ulf et demandez la bénédiction sur les couples chrétiens. Le troisième jour, méditez sa maternité de huit enfants et priez pour les familles nombreuses. Le quatrième jour, contemplez son veuvage et sa conversion et demandez la grâce du détachement. Le cinquième jour, méditez la fondation de l’Ordre du Saint-Sauveur et priez pour la vie consacrée. Le sixième jour, contemplez ses Révélations sur la Passion et priez pour la grâce de la compassion. Le septième jour, méditez son combat pour le retour du pape à Rome et priez pour l’unité de l’Église. Le huitième jour, contemplez son pèlerinage en Terre Sainte et priez pour la paix en ces lieux saints. Le neuvième jour, méditez sa mort sainte et demandez la grâce d’un abandon total à la volonté divine. Concluez chaque jour en récitant l’une des quinze oraisons de sainte Brigitte sur la Passion du Christ.
Questions fréquentes
Que sont les Révélations célestes de sainte Brigitte de Suède ?
Les Révélations célestes de sainte Brigitte constituent un vaste corpus mystique composé de huit livres, rédigés en suédois ancien puis traduits en latin par ses confesseurs, notamment le prieur Pierre d’Alvastra et l’évêque Alphonse de Jaén. Ces textes rapportent les visions et les messages que Brigitte dit avoir reçus directement du Christ, de la Vierge Marie et de divers saints tout au long de sa vie. Ils abordent des sujets variés : descriptions détaillées de la Passion et de la Nativité, messages prophétiques adressés aux papes et aux rois, enseignements spirituels sur la prière et la conversion, et la règle de l’Ordre du Saint-Sauveur. Leur authenticité a été examinée et approuvée par l’Église au concile de Bâle.
Pourquoi sainte Brigitte de Suède est-elle co-patronne de l’Europe ?
En 1999, le pape Jean-Paul II a proclamé sainte Brigitte de Suède co-patronne de l’Europe, aux côtés de sainte Catherine de Sienne et de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (Edith Stein). Ce choix reconnaît le rôle de Brigitte dans la construction spirituelle de l’Europe. Par ses voyages incessants entre la Scandinavie, Rome et la Terre Sainte, elle a tissé des liens entre le Nord et le Sud du continent. Par ses interventions auprès des papes et des rois, elle a œuvré pour l’unité de la chrétienté. Par sa fondation de l’Ordre du Saint-Sauveur, elle a créé un réseau monastique qui a rayonné à travers toute l’Europe du Nord.
Qu’est-ce que l’Ordre du Saint-Sauveur fondé par sainte Brigitte ?
L’Ordre du Saint-Sauveur, également appelé Ordre des Birgittines, est un ordre religieux fondé par sainte Brigitte de Suède vers 1346 sur la base d’une révélation divine. Sa particularité réside dans sa structure mixte : il comprend des communautés de femmes et d’hommes vivant dans des monastères juxtaposés, sous l’autorité d’une abbesse. Cette organisation, inspirée par la place centrale de la Vierge Marie dans la spiritualité brigittine, était révolutionnaire pour l’époque. Le monastère principal fut établi à Vadstena, en Suède, et l’ordre essaima rapidement à travers l’Europe du Nord. Affaibli par la Réforme protestante, il a connu un renouveau depuis le XIXe siècle et compte aujourd’hui des maisons sur plusieurs continents.