Qui était sainte Catherine Labouré ?
Pendant quarante-six ans, les religieuses qui vivaient avec elle n’ont rien su. Rien. La sœur qui nourrissait les poules et servait à la porterie de l’hospice d’Enghien, à Paris, était la voyante de la rue du Bac. Celle à qui la Vierge Marie avait confié la Médaille Miraculeuse.
Née Zoé Labouré en 1806 à Fain-lès-Moutiers, en Côte-d’Or, fille de paysan bourguignon, Catherine entra chez les Filles de la Charité de saint Vincent de Paul. En 1830, dans la chapelle du 140 rue du Bac à Paris, la Vierge lui apparut à trois reprises et lui demanda de faire frapper une médaille. Catherine obéit, puis se tut. Quarante-six ans de silence. Seul son confesseur savait.
La Médaille Miraculeuse a été diffusée à des milliards d’exemplaires. L’apparition de la rue du Bac a ouvert un siècle marial exceptionnel, suivi par La Salette (1846), Lourdes (1858) et Pontmain (1871). Catherine a été canonisée en 1947 par Pie XII. Sa fête est le 28 novembre.
La France postrévolutionnaire
L’Église de France après la Révolution
- La France traverse sa troisième révolution en quarante ans. Les Trois Glorieuses de juillet renversent Charles X et installent Louis-Philippe. L’Église porte encore les cicatrices de 1789 : biens confisqués, monastères fermés, prêtres réfractaires persécutés. Le Concordat de 1801 entre Napoléon et Pie VII a rétabli une certaine normalité, mais les blessures restent vives. L’anticléricalisme demeure virulent dans certains milieux.
C’est dans cette France instable que la Vierge choisit d’apparaître. Pas dans une campagne reculée. À Paris, au cœur de la capitale.
Le renouveau marial du XIXe siècle
Les apparitions de 1830 ouvrent ce que les historiens appellent le « siècle marial ». Viendront ensuite La Salette (1846), Lourdes (1858), Pontmain (1871). En 1854, Pie IX proclame le dogme de l’Immaculée Conception, confirmant sur le plan théologique ce que la Médaille proclamait déjà : « Ô Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. »
Le XIXe siècle voit aussi un essor considérable des congrégations religieuses, un renouveau missionnaire, une floraison de sainteté populaire. La Vierge, en apparaissant dans la capitale d’une nation ébranlée, adresse un message simple : la miséricorde existe, même ici, même maintenant.
Vie et enfance de sainte Catherine Labouré
L’enfance bourguignonne
Zoé Labouré naît le 2 mai 1806 à Fain-lès-Moutiers, petit village de Côte-d’Or. Neuvième de onze enfants. Son père Pierre exploite une ferme prospère. Sa mère, Louise-Madeleine Gontard, meurt en 1815. Zoé a neuf ans.
Ce qui se passe alors, on le raconte souvent : la petite fille grimpe sur une chaise, attrape la statue de la Vierge Marie dans la maison, la serre dans ses bras et dit : « Maintenant, c’est vous qui serez ma maman. » Un geste d’enfant orpheline. Simple, spontané. Et qui scelle une relation avec Marie que rien ne brisera.
Une jeunesse de labeur et de prière
Après la mort de sa mère, Zoé est envoyée chez une tante à Saint-Rémy, puis rappelée à la ferme. Elle a douze ans quand elle prend en charge le ménage et la gestion domestique pour son père et ses frères. Sa sœur aînée Marie-Louise est partie chez les Filles de la Charité. Quelqu’un doit s’occuper de la maison.
Zoé ne va presque pas à l’école. Elle apprend tard à lire et à écrire, et gardera toute sa vie une certaine timidité dans l’expression. Mais cette rusticité cache une vie intérieure d’une intensité étonnante. Prière fervente, messe aussi souvent que possible, jeûnes rigoureux pour son âge. À quatorze ans, elle fait sa première communion. Un rêve prophétique la visite : un vieux prêtre l’appelle. Elle le reconnaîtra plus tard sur un portrait. C’est saint Vincent de Paul.
Son père refuse qu’elle parte en religion. Elle est indispensable à la ferme. Zoé patiente. Elle travaille même dans un restaurant tenu par son frère à Paris avant de pouvoir enfin réaliser sa vocation.
L’entrée chez les Filles de la Charité et les apparitions
La novice de la rue du Bac
Le 21 avril 1830, Zoé entre au séminaire des Filles de la Charité, 140 rue du Bac. Elle a vingt-quatre ans. Elle prend le nom de sœur Catherine. Dès les premiers jours, des grâces extraordinaires se manifestent. Le 25 avril, lors de la translation des reliques de saint Vincent de Paul, Catherine voit le cœur du fondateur apparaître au-dessus du reliquaire, trois jours de suite, sous différentes couleurs. Ce sont les signes avant-coureurs.
La nuit du 18 au 19 juillet 1830
Première apparition majeure. Catherine est réveillée par un enfant lumineux qui la guide jusqu’à la chapelle. La Sainte Vierge est là, assise dans le fauteuil du directeur. Catherine se précipite à ses genoux, pose les mains sur ceux de Marie. La Vierge lui parle des malheurs qui vont frapper la France et la communauté. L’entretien dure plus de deux heures.
Catherine dira toujours de cette nuit : « Je ne savais plus si j’étais au ciel ou sur la terre. » C’est le moment le plus doux de sa vie. Elle a vingt-quatre ans, elle est novice depuis trois mois, et la Mère de Dieu vient de s’asseoir devant elle.
L’apparition du 27 novembre 1830
Le 27 novembre, pendant la méditation du soir, seconde apparition. Marie se tient debout sur un demi-globe, les pieds sur un serpent, les mains ouvertes d’où jaillissent des rayons de lumière. Autour de l’image, des lettres d’or : « Ô Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. » Le tableau se retourne : au revers, la lettre M surmontée d’une croix, les cœurs de Jésus et de Marie.
Une voix dit à Catherine : « Fais frapper une médaille sur ce modèle. Toutes les personnes qui la porteront recevront de grandes grâces. » L’apparition se renouvelle en décembre 1830 et en mars 1831.
La diffusion de la Médaille et la vie cachée de Catherine
Le succès foudroyant de la Médaille Miraculeuse
Catherine confie tout à son confesseur, le père Jean-Marie Aladel, lazariste. L’homme est sceptique. Il consulte l’archevêque de Paris, Mgr de Quélen, qui autorise la frappe. Les premières médailles sortent le 30 juin 1832 des ateliers de l’orfèvre Vachette. Paris est en pleine épidémie de choléra : plus de vingt mille morts.
Les récits de guérisons, de conversions et de protections se multiplient aussitôt. Le peuple de Paris donne spontanément à cette médaille le nom de « Miraculeuse ». En quelques années, des millions d’exemplaires circulent en France et dans le monde. La conversion d’Alphonse Ratisbonne à Rome en 1842 (il avait accepté de porter la médaille par défi, en se moquant) achève de convaincre les sceptiques.
Quarante-six années de silence et de service
Pendant que la Médaille conquiert le monde, Catherine vit dans l’ombre. Hospice d’Enghien, quartier de Reuilly, Paris. Quarante-six ans. Elle soigne les vieillards, s’occupe du poulailler, sert à la porterie. Les tâches les plus ordinaires. Les sœurs qui partagent sa vie quotidienne n’ont aucune idée de son secret. On la trouve compétente mais effacée, un peu brusque dans ses manières de paysanne.
C’est à mon sens l’aspect le plus saisissant de sa sainteté. Quarante-six ans de fidélité à une consigne de silence. Elle obéit à la Vierge, qui lui a demandé de ne parler qu’à son confesseur. Ce n’est que quelques mois avant sa mort, en 1876, qu’elle se résout à parler à sa supérieure, sœur Dufès, pour qu’on réalise la statue de la Vierge au globe, telle qu’elle l’avait vue dans l’apparition.
La mort et la canonisation de sainte Catherine Labouré
Une mort paisible et une reconnaissance tardive
Catherine meurt le 31 décembre 1876, à soixante-dix ans, dans la maison d’Enghien-Reuilly. Mort paisible. Son visage prend une expression de sérénité qui frappe les témoins. Ce n’est qu’après sa mort que la communauté apprend qui elle était. L’émotion est immense.
En 1933, on exhume son corps. Il est intact. Ses yeux ont gardé leur couleur bleue. Ce phénomène d’incorruptibilité est considéré comme un signe de sainteté. Aujourd’hui, son corps repose dans une châsse de verre à la chapelle de la rue du Bac.
Béatification le 28 mai 1933 par Pie XI. Canonisation le 27 juillet 1947 par Pie XII. La chapelle de la rue du Bac reçoit plus de deux millions de visiteurs par an. C’est l’un des lieux de pèlerinage les plus fréquentés de Paris.
L’héritage spirituel de sainte Catherine Labouré
Un modèle de vie cachée et d’abandon à Dieu
L’héritage de Catherine Labouré tient en deux choses. La Médaille Miraculeuse d’abord, portée aujourd’hui par des centaines de millions de personnes dans le monde. Elle rappelle la protection de Marie et sa conception immaculée.
Et puis la vie de Catherine elle-même. Dans un monde qui valorise la visibilité, la notoriété, les followers, cette femme a gardé le plus grand secret de sa vie pendant quarante-six ans. Pas par indifférence. Par obéissance. Elle savait que la gloire appartenait à Marie, pas à elle. Son exemple s’adresse particulièrement à ceux qui se sentent insignifiants : Dieu accomplit ses plus grandes œuvres à travers les personnes les plus humbles.
La chapelle de la rue du Bac, avec le corps incorrompu de Catherine et le fauteuil de la Vierge, reste un lieu où les conversions, les guérisons et les consolations ne cessent pas.
Prier avec sainte Catherine Labouré
Prière à sainte Catherine Labouré
Ô sainte Catherine Labouré, toi qui as eu le privilège de contempler la Très Sainte Vierge Marie dans la chapelle de la rue du Bac, intercède pour nous auprès de Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse. Toi qui as gardé le silence pendant quarante-six ans sur les grâces extraordinaires que tu avais reçues, enseigne-nous l’humilité véritable et le détachement de toute gloire humaine. Obtiens-nous la grâce de servir Dieu et notre prochain avec la même fidélité et la même simplicité que toi. Par ton intercession, que la Vierge Marie étende sur nous les rayons de grâce qui jaillissaient de ses mains bénies, et qu’elle nous protège par la Médaille Miraculeuse de tout mal spirituel et corporel. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Neuvaine à sainte Catherine Labouré
La neuvaine à sainte Catherine Labouré se prie pendant neuf jours consécutifs, idéalement du 19 au 27 novembre, veille de sa fête liturgique. Chaque jour, récitez la prière ci-dessus, suivie de trois invocations à Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse : « Ô Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. » Méditez chaque jour sur un aspect de la vie de Catherine : son enfance orpheline, sa vocation persévérante, les apparitions, son humilité, sa vie cachée, son service des pauvres, son silence héroïque, sa fidélité à la mission et sa mort paisible. Il est recommandé de porter la Médaille Miraculeuse pendant cette neuvaine et de la faire bénir par un prêtre si ce n’est déjà fait.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la Médaille Miraculeuse de la rue du Bac ?
La Médaille Miraculeuse est un sacramental catholique dont le modèle a été révélé par la Vierge Marie à sainte Catherine Labouré le 27 novembre 1830, dans la chapelle des Filles de la Charité, au 140 rue du Bac à Paris. Sur la face avant, Marie se tient debout sur un globe, les mains ouvertes, des rayons de grâce jaillissant de ses doigts, entourée de l’invocation « Ô Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ». Au revers : la lettre M surmontée d’une croix, avec les cœurs de Jésus et de Marie.
Pourquoi sainte Catherine Labouré est-elle restée cachée si longtemps ?
Par obéissance à la Vierge, qui lui avait demandé de ne confier les apparitions qu’à son confesseur. Catherine considérait que la gloire devait revenir à Marie seule. Quarante-six ans de silence. Ce n’est que quelques mois avant sa mort, en 1876, qu’elle a accepté de parler, et uniquement pour que la statue de la Vierge au globe soit enfin réalisée.
Peut-on visiter la chapelle de la rue du Bac à Paris ?
Oui. La chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse, au 140 rue du Bac dans le 7e arrondissement, est ouverte tous les jours. Vous pouvez y voir le corps incorrompu de sainte Catherine dans une châsse de verre, ainsi que le fauteuil où la Vierge se serait assise lors de la première apparition. Plus de deux millions de visiteurs chaque année. Des messes sont célébrées quotidiennement. Si vous passez par Paris, je vous recommande d’y faire un arrêt. L’endroit a quelque chose de particulier.
