Sainte Cécile, vierge et martyre, patronne des musiciens

Fête
22 novembre
Vie
150 - 230
Patron(ne) de
musiciens, luthiers, chanteurs
martyrs romains IIe siècle musique Rome
Sainte Cécile jouant de l'orgue entourée d'anges musiciens
Didier Descouens• CC BY-SA 4.0

Qui était sainte Cécile ?

Le jour de ses noces, tandis que les instruments jouaient, Cécile chantait dans son cœur pour Dieu seul. Cette phrase, tirée de sa Passio du Ve siècle, a suffi à faire d’elle la patronne des musiciens pour l’éternité.

Sainte Cécile est une vierge et martyre romaine, issue d’une grande famille patricienne. Elle aurait vécu au IIe ou IIIe siècle. Son récit mêle faits historiques et embellissements hagiographiques (impossible de les séparer nettement à cette distance), mais la force de son histoire n’a jamais faibli. Fêtée le 22 novembre, elle est patronne des musiciens, des chanteurs et des luthiers. Elle est aussi vénérée pour sa virginité consacrée, son courage devant la mort et sa capacité à convertir ceux qui l’entouraient, y compris son propre mari, le soir même de leur mariage.

Rome et les premières persécutions chrétiennes

La vie des chrétiens dans la Rome impériale

De l’incendie de Rome sous Néron en 64 jusqu’à l’édit de Milan en 313, les chrétiens vivent dans une précarité juridique permanente. Se déclarer chrétien est un crime passible de mort. Pas pour une offense morale précise, mais pour le refus de sacrifier aux dieux de l’État et de participer au culte impérial.

La communauté chrétienne de Rome comptait des membres de toutes les classes sociales, y compris l’aristocratie. Les familles patriciennes converties offraient leurs maisons comme lieux de culte (les « églises domestiques » ou tituli), finançaient l’aide aux pauvres et aux prisonniers, et utilisaient leurs relations pour protéger la communauté. C’est dans ce milieu que la tradition place Cécile. Sa famille, la gens Caecilia, était l’une des plus anciennes de Rome. Sa maison dans le quartier du Trastevere serait devenue l’un de ces tituli où les chrétiens célébraient l’Eucharistie.

Les persécutions variaient selon les empereurs et les provinces. Sous Marc Aurèle, Septime Sévère ou Alexandre Sévère, les chrétiens subirent des vagues de répression plus ou moins systématiques. La datation du martyre de Cécile reste débattue : certains historiens le placent sous Marc Aurèle, d’autres sous Alexandre Sévère. Ce qui est sûr, c’est que l’Église à cette époque était persécutée et vivante. Ses martyrs en étaient les témoins les plus éloquents.

Vie et enfance de sainte Cécile

Une jeune patricienne consacrée à Dieu

La Passio Sanctae Caeciliae, rédigée au Ve siècle mais fondée sur des traditions plus anciennes, décrit une jeune femme née dans une grande famille patricienne. Piété exceptionnelle dès l’enfance. Connaissance approfondie des Évangiles. Elle portait un cilice sous ses vêtements de soie. Longues heures de prière et de jeûne. Elle avait fait vœu de virginité perpétuelle. Dans une société romaine où le mariage était un devoir civique et familial, ce choix demandait une détermination peu commune.

Ses parents la fiancèrent malgré tout à un jeune patricien païen, Valérien. Mariage arrangé, conforme aux usages de l’aristocratie. Cécile se retrouve devant un dilemme : obéir à sa famille ou rester fidèle à sa consécration. C’est le soir des noces que survient la scène fameuse. Les instruments jouent au banquet. Cécile, elle, « chantait dans son cœur pour le Seigneur seul », lui demandant de préserver sa virginité. Le tumulte de la fête d’un côté. Le chant silencieux de l’âme de l’autre.

La conversion de Valérien et Tiburce

Le soir venu, Cécile révèle à Valérien le secret de sa consécration. Un ange de Dieu veille sur elle, dit-elle. Si Valérien tente de la toucher, l’ange le frappera. S’il la respecte, l’ange l’aimera.

Valérien, intrigué, accepte d’aller trouver le pape Urbain Ier, caché dans les catacombes, pour être instruit et baptisé. Quand il revient, il voit l’ange près de Cécile. L’ange porte deux couronnes, roses et lys, qu’il pose sur la tête des deux époux. Valérien est converti. Il vivra avec Cécile dans la continence.

Valérien convertit ensuite son frère Tiburce. Les deux frères se consacrent aux œuvres de charité : ils ensevelissent les corps des martyrs chrétiens que les autorités abandonnaient sans sépulture (un crime aux yeux de la loi romaine). Le préfet de Rome, Turcius Almachius, les fait arrêter. Ils refusent de sacrifier aux idoles. Décapités tous les deux.

Cécile face au persécuteur

L’interrogatoire devant le préfet Almachius

Valérien et Tiburce morts, Almachius se tourne vers Cécile. Il convoite ses biens. Il la fait comparaître et lui ordonne de sacrifier aux dieux. Le dialogue rapporté par la Passio est remarquable. Quand Almachius demande si elle ne connaît pas son pouvoir de vie et de mort, Cécile répond : « Tu mens, car tu ne peux que donner la mort. Mais tu ne peux pas donner la vie. »

Elle démonte l’absurdité de l’idolâtrie avec une logique froide, ridiculisant les statues de pierre et de métal qu’Almachius prétend honorer comme des dieux. Ce trait est caractéristique de la littérature martyrologique : la parrhesia, la liberté de parole du chrétien devant le pouvoir. Cécile ne se contente pas de professer sa foi. Elle argumente, raisonne, confond son accusateur. Plusieurs personnes présentes au tribunal se convertissent en l’écoutant. Ce qui rend Almachius encore plus furieux.

Le martyre de sainte Cécile

La tentative d’étouffement dans le caldarium

Almachius ordonne qu’on enferme Cécile dans le caldarium (la salle chaude) de sa propre maison. Fournaises poussées au maximum. Elle doit mourir étouffée par la vapeur brûlante. Une nuit et un jour entier. La Passio affirme qu’elle ne transpira même pas. Ce premier supplice évoque l’épisode des trois jeunes Hébreux dans la fournaise de Babylone (Daniel 3).

La triple tentative de décapitation

Le caldarium a échoué. Almachius envoie un bourreau avec l’ordre de décapiter Cécile chez elle. Trois coups d’épée sur le cou. Il ne parvient pas à lui trancher la tête. La loi romaine interdisait de porter plus de trois coups. Cécile reste vivante trois jours encore. Elle baigne dans son sang, mais elle continue de prêcher, d’encourager les chrétiens accourus auprès d’elle et de distribuer ses biens aux pauvres. Elle demande au pape Urbain de transformer sa maison en église.

Un détail a profondément marqué l’iconographie. Au moment de mourir, Cécile gît sur le côté droit. Trois doigts de la main droite étendus, un seul doigt de la main gauche levé. Le geste confesse l’unité de Dieu en trois personnes. La Sainte Trinité. En 1600, le sculpteur Stefano Maderno a réalisé une statue de Cécile dans cette position exacte. On peut la voir aujourd’hui sous le maître-autel de la basilique Sainte-Cécile du Trastevere.

L’ensevelissement et le culte primitif

Le pape Urbain Ier ensevelit Cécile dans les catacombes de Saint-Calixte, sur la voie Appienne. Sa tombe devient un lieu de pèlerinage. En 821, le pape Pascal Ier fait transférer ses reliques dans la basilique du Trastevere. Selon la tradition, quand on ouvre son tombeau dans les catacombes, le corps est intact, vêtu d’une robe de soie brodée d’or, les linges tachés de sang disposés à ses pieds.

En 1599, lors de travaux dans la basilique, le cardinal Sfondrati fait ouvrir le sarcophage. Le corps est dans un état de conservation remarquable, dans la position exacte décrite par la Passio. Maderno est présent. Il sculpte immédiatement la statue qui immortalisera ce moment. Si vous allez à Rome, descendez dans la crypte de la basilique. On y voit encore les vestiges de la maison romaine, avec des thermes qui pourraient être le caldarium du récit.

La reconnaissance de sainte Cécile dans l’Église

Une sainte des premiers siècles vénérée dans le monde entier

La date exacte de la mort de Cécile reste incertaine : fin du IIe siècle ou début du IIIe. Ce qui ne fait aucun doute, c’est l’ancienneté de son culte. Son nom figure dans le Canon romain de la messe (la première prière eucharistique), honneur partagé avec très peu de martyrs. Sa fête est le 22 novembre. La basilique Sainte-Cécile du Trastevere, construite sur l’emplacement présumé de sa maison, est l’un des sanctuaires les plus visités de Rome. Sous l’église, des fouilles ont mis au jour les vestiges d’une habitation romaine du IIe siècle, avec des thermes privés qui pourraient correspondre au caldarium de la Passio. Ancrage historique possible, mais pas certain.

L’héritage spirituel de sainte Cécile

Patronne de la musique sacrée et modèle de vie intérieure

Le lien entre Cécile et la musique, né d’un seul passage de la Passio, s’est développé considérablement à partir du Moyen Âge. Au XVe siècle, l’Académie de musique de Rome se place sous son patronage. Depuis, des académies, conservatoires, chœurs et sociétés musicales dans le monde entier portent son nom. Le 22 novembre est la fête des musiciens dans de nombreux pays. Purcell, Haendel, Gounod, Britten lui ont dédié des œuvres.

Mais Cécile est plus qu’une patronne de la musique. L’image de cette jeune femme qui chante pour Dieu seul tandis que le monde fait du bruit enseigne quelque chose de profond sur la prière. La vraie prière est un chant de l’âme qui ne dépend pas des circonstances. Mariage imposé, martyre des proches, propre agonie : Cécile maintient une communion avec Dieu que rien ne peut rompre. La musique la plus belle, nous dit-elle, est celle qui monte du cœur vers Dieu dans le silence.

Prier avec sainte Cécile

Prière à sainte Cécile

Glorieuse sainte Cécile, toi qui as chanté dans ton cœur pour le Seigneur seul tandis que le monde cherchait à te séduire et à t’effrayer, obtiens-nous la grâce d’une vie intérieure profonde et joyeuse. Toi qui as préféré la couronne du martyre aux honneurs éphémères du monde, inspire-nous le courage de professer notre foi avec la même liberté et la même audace. Patronne des musiciens et des chanteurs, sanctifie tous les arts qui élèvent l’âme vers Dieu et fais de notre vie entière un cantique de louange à sa gloire. Protège ceux qui consacrent leur talent à la musique sacrée et aide-nous à percevoir, dans la beauté des mélodies terrestres, un écho de la symphonie céleste qui nous attend. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Neuvaine à sainte Cécile

La neuvaine à sainte Cécile se prie du 13 au 21 novembre, veille de sa fête. Chaque jour, le fidèle récite la prière ci-dessus, suivie d’un Notre Père, de dix Je vous salue Marie et d’un Gloire au Père. Il est recommandé d’écouter ou de chanter un hymne sacré chaque jour de la neuvaine, en union avec sainte Cécile. Les neuf jours sont consacrés à la méditation des vertus suivantes : premier jour, la consécration à Dieu ; deuxième jour, la pureté du cœur ; troisième jour, le courage dans l’épreuve ; quatrième jour, la puissance de la parole de vérité ; cinquième jour, la charité envers les pauvres ; sixième jour, le zèle pour les âmes ; septième jour, la fidélité jusqu’à la mort ; huitième jour, la louange intérieure ; neuvième jour, l’espérance de la gloire éternelle. Cette neuvaine est particulièrement recommandée pour les musiciens, les chanteurs, les artistes et toute personne qui désire approfondir sa vie de prière par la beauté de la louange.

Questions fréquentes

Pourquoi sainte Cécile est-elle la patronne des musiciens ?

Tout vient d’une phrase de la Passio, le récit de son martyre rédigé au Ve siècle. En latin : « cantantibus organis, Caecilia in corde suo soli Domino decantabat » (« tandis que les instruments résonnaient, Cécile chantait dans son cœur pour le Seigneur seul »). Le texte voulait montrer son détachement des festivités mondaines. Avec le temps, on y a lu un lien entre la sainte et la musique. À partir du XVe siècle, les artistes la représentent systématiquement avec des instruments, un orgue le plus souvent. L’Académie de musique de Rome adopte son patronage, et la tradition se répand dans toute la chrétienté.

Peut-on visiter la basilique Sainte-Cécile à Rome ?

Oui. La basilique Sainte-Cécile du Trastevere (Santa Cecilia in Trastevere) est ouverte aux visiteurs. Le quartier du Trastevere est l’un des plus agréables de Rome pour se promener. Dans la basilique, vous trouverez la statue de Maderno (la sainte dans la position de son martyre), les fresques de Pietro Cavallini du XIIIe siècle, et la crypte avec les vestiges de la maison romaine antique. Des moniales bénédictines y résident et assurent le culte quotidien. L’endroit est vivant, pas muséifié.

Quels sont les attributs iconographiques de sainte Cécile ?

Un instrument de musique, le plus souvent un petit orgue portatif (parfois un luth, une harpe ou une viole). Une couronne de roses et de lys, en mémoire des couronnes de l’ange le soir des noces. La palme du martyre. Parmi les œuvres les plus célèbres : « L’Extase de sainte Cécile » de Raphaël (1516, Pinacothèque nationale de Bologne), le « Sainte Cécile et l’Ange » du Guerchin, et la statue de Maderno (1600) sous le maître-autel du Trastevere, qui reste à mes yeux l’une des sculptures les plus émouvantes de Rome.