Qui était sainte Claire d’Assise ?
Claire d’Assise est née en 1194 dans une famille noble d’Ombrie. Elle aurait pu vivre confortablement, épouser un homme de son rang, mener une existence respectable. Elle a choisi autre chose. Dans la nuit du dimanche des Rameaux 1212, à dix-huit ans, elle s’est enfuie de la maison paternelle pour rejoindre saint François d’Assise à la Portioncule. Là, elle a reçu l’habit religieux et embrassé un idéal de pauvreté radicale.
Installée au couvent de Saint-Damien avec ses compagnes, elle y vivra quarante-deux ans. Prière continuelle, pauvreté absolue, charité débordante. Claire est la première femme de l’histoire de l’Église à avoir écrit une règle de vie religieuse. Son combat pour obtenir le « privilège de la pauvreté » (le droit pour sa communauté de ne posséder aucun bien) est un épisode unique dans l’histoire du droit canonique. Ce n’est que deux jours avant sa mort, en 1253, que le pape Innocent IV approuvera enfin cette règle.
Elle est fondatrice de l’ordre des Pauvres Dames, aujourd’hui connues sous le nom de clarisses. Patronne de la télévision depuis 1958, elle est fêtée le 11 août.
L’Italie au XIIIe siècle
Assise au temps de la renaissance communale
Le XIIIe siècle italien est une époque de transformations profondes. Les communes (ces cités-États indépendantes) connaissent un essor économique et politique spectaculaire. Le commerce, les foires internationales et le développement du système bancaire créent une nouvelle bourgeoisie urbaine qui conteste les privilèges de l’ancienne noblesse féodale. Assise, petite ville d’Ombrie perchée sur les flancs du mont Subasio, n’échappe pas à ces bouleversements. En 1198, quatre ans après la naissance de Claire, une révolution communale renverse le pouvoir du duc Conrad de Urslingen, représentant de l’empereur. Les familles nobles, dont celle de Claire, voient leur position menacée et se réfugient temporairement à Pérouse.
L’Église fait face à des défis considérables. La richesse du haut clergé et de certains ordres monastiques suscite des critiques virulentes. Des mouvements de pauvreté évangélique naissent partout en Europe : les Vaudois, les Humiliés en Lombardie, les Cathares dans le Languedoc. Certains restent dans l’Église, d’autres basculent dans l’hérésie. Le IVe concile du Latran (1215) tentera de répondre à ces défis. C’est dans ce contexte de contestation sociale et de renouveau spirituel que naît le mouvement franciscain, auquel Claire apportera sa contribution décisive en fondant la branche féminine.
Le pontificat d’Innocent III (1198-1216) marque l’apogée de la puissance pontificale médiévale. Ce pape approuve oralement la première règle de saint François et accueille avec bienveillance le mouvement des Pauvres Dames. Il comprend que ces nouveaux ordres mendiants, en vivant la pauvreté à l’intérieur de l’Église, constituent le meilleur rempart contre les hérésies qui se nourrissent du scandale de la richesse ecclésiastique.
Vie et enfance de sainte Claire
Une noble enfance à Assise
Claire (Chiara en italien) naît en 1194 dans le palais de la famille Offreduccio, l’une des plus anciennes et des plus nobles d’Assise. Son père, Favarone di Offreduccio, est un chevalier de haut rang. Sa mère, Ortolana, est une femme d’une piété profonde, qui a accompli plusieurs pèlerinages : en Terre Sainte, à Rome et au sanctuaire du Mont-Gargan. Selon la tradition, Ortolana aurait reçu pendant sa grossesse une révélation : l’enfant qu’elle portait serait une grande lumière pour le monde. D’où le nom de Claire (Clara, la lumineuse). Claire est l’aînée de plusieurs sœurs, dont Agnès et Béatrice, qui la suivront dans la vie religieuse.
Elle reçoit l’éducation raffinée de son rang : lecture, écriture, travaux d’aiguille, gestion domestique. Mais très tôt, Claire manifeste une piété qui dépasse les conventions. Elle prie avec ferveur, pratique des mortifications secrètes (un cilice sous ses vêtements précieux), distribue aux pauvres la nourriture de sa propre table. Les servantes rapporteront plus tard qu’elles la trouvaient souvent en prière au milieu de la nuit.
La rencontre avec François d’Assise
L’événement décisif de la jeunesse de Claire est sa rencontre avec François d’Assise, probablement en 1210 ou 1211. François, fils d’un riche marchand drapier, a déjà accompli sa conversion spectaculaire : il a renoncé à tous ses biens devant l’évêque d’Assise, embrassé la pauvreté totale et commencé à rassembler un groupe de frères vivant selon l’Évangile. Claire a dix-sept ou dix-huit ans. Elle entend François prêcher pendant le Carême dans la cathédrale d’Assise. Ses paroles sur la pauvreté du Christ et la joie de tout quitter pour le suivre la bouleversent. Elle organise des rencontres secrètes avec François, accompagnée de sa confidente Bona di Guelfuccio, pour discerner sa vocation.
François reconnaît en Claire une âme d’élite et l’encourage dans son désir de consacrer sa vie à Dieu dans la pauvreté radicale. Ensemble, ils préparent la rupture.
La fuite et la fondation des Pauvres Dames
La nuit des Rameaux
La nuit du 18 mars 1212 est le moment fondateur. Tandis qu’Assise dort, Claire, dix-huit ans, s’enfuit de la maison paternelle par une porte dérobée, la « porte des morts » selon la tradition (celle qu’on n’ouvrait habituellement que pour sortir les cercueils). Elle descend la colline en courant et rejoint François et ses frères à la chapelle de la Portioncule, dans la plaine en contrebas. Là, à la lumière des torches, François lui coupe les cheveux et lui remet un vêtement de grosse toile, un voile et une corde en guise de ceinture. Claire prononce son vœu de vivre selon l’Évangile dans la pauvreté, la chasteté et l’obéissance.
François la place d’abord chez les bénédictines de San Paolo delle Abbadesse, puis au monastère de Sant’Angelo di Panzo. Sa famille, furieuse, tente par tous les moyens de la ramener. Claire résiste. Quelques jours plus tard, sa jeune sœur Agnès la rejoint et subit à son tour les pressions violentes du clan familial (la légende raconte que les hommes envoyés pour la ramener de force furent miraculeusement empêchés de la soulever de terre). François installe finalement Claire et ses premières compagnes à San Damiano, la petite église qu’il avait restaurée de ses propres mains au début de sa conversion. C’est là que naîtra l’ordre des Pauvres Dames.
Le privilège de la pauvreté et la vie à San Damiano
Un combat unique dans l’histoire de l’Église
Le cœur de la spiritualité de Claire est la pauvreté absolue. Pas seulement individuelle (chaque sœur ne possède rien en propre), mais collective : le monastère lui-même ne possède aucun bien, aucune terre, aucun revenu. Cette radicalité effraie les autorités ecclésiastiques. En 1215, le pape Innocent III accorde verbalement le « Privilegium paupertatis », document unique dans l’histoire du droit canonique, qui garantit aux Pauvres Dames le droit de ne rien posséder. Mais après sa mort, ses successeurs tentent d’imposer à Claire une règle plus modérée, autorisant la possession de biens en commun.
Claire refuse tout compromis. Pendant près de quarante ans, elle lutte avec une ténacité remarquable pour préserver cet idéal. Elle écrit elle-même une règle de vie, la première jamais rédigée par une femme dans l’histoire de l’Église. Ce n’est que deux jours avant sa mort, le 9 août 1253, que le pape Innocent IV vient en personne à San Damiano pour approuver solennellement cette règle. Claire meurt le 11 août 1253, en tenant entre ses mains le document papal.
La vie quotidienne des Pauvres Dames
La vie à San Damiano est faite de prière, de travail et de pénitence dans un dépouillement total. Les sœurs vivent de mendicité et du travail de leurs mains (filature, tissage, broderie). Elles dorment à même le sol ou sur des planches. Elles se nourrissent des aumônes reçues et des légumes de leur petit jardin. Claire elle-même pratique un ascétisme si rigoureux que François et l’évêque d’Assise doivent intervenir pour modérer ses jeûnes. Malgré cette austérité, les témoins décrivent une communauté joyeuse et fraternelle. Claire lave les pieds de ses sœurs, soigne les malades avec tendresse, console les affligées. Elle veille personnellement sur chacune.
Le miracle le plus célèbre de sainte Claire est celui du Saint-Sacrement. En 1240, les troupes sarrasines de l’empereur Frédéric II attaquent Assise et tentent de prendre d’assaut San Damiano. Claire, bien que gravement malade, se fait porter à la fenêtre du monastère en tenant l’ostensoir contenant le Saint-Sacrement. Les soldats sont saisis de terreur et prennent la fuite. Le monastère et la ville sont épargnés. C’est en mémoire de cet épisode (Claire voyant les événements depuis sa cellule) que Pie XII la proclamera patronne de la télévision en 1958.
Mort et canonisation de sainte Claire
L’ultime victoire et la gloire des autels
Les dernières années de Claire sont marquées par la maladie. Pendant près de vingt-huit ans, elle souffre d’infirmités qui la clouent souvent au lit. Mais elle continue de gouverner sa communauté avec sagesse et fermeté, recevant visiteurs et correspondants depuis son lit de douleur. Le pape Innocent IV lui rend visite à plusieurs reprises. Le 9 août 1253, il approuve enfin la règle qu’elle a rédigée. Claire peut mourir en paix. Elle s’éteint le 11 août 1253, entourée de ses sœurs et de plusieurs frères franciscains, dont frère Léon et frère Junipère, compagnons bien-aimés de François.
Sa canonisation est l’une des plus rapides de l’histoire médiévale : Alexandre IV la proclame sainte le 15 août 1255, à peine deux ans après sa mort. La bulle de canonisation, Clara claris praeclara, fait un jeu poétique sur son nom : « Claire, éclatante par la splendeur de ses mérites, resplendit dans le ciel par la grandeur de sa gloire et fait briller sur terre des miracles retentissants. » Sa dépouille repose dans la basilique Sainte-Claire d’Assise, achevée en 1260, où des milliers de pèlerins viennent chaque année se recueillir.
L’héritage spirituel de sainte Claire
La pauvreté comme chemin de liberté
L’ordre des clarisses compte aujourd’hui encore des centaines de monastères répartis dans le monde entier. Des femmes y vivent selon l’idéal de pauvreté contemplative hérité de Claire. La règle de 1253 reste le texte fondateur de ces communautés. Son insistance sur la pauvreté collective, le refus de toute propriété, continue de défier la conscience chrétienne et d’interroger notre rapport aux biens matériels.
Claire a montré que la pauvreté n’est pas une fin en soi. C’est un chemin de liberté intérieure qui permet à l’âme de s’attacher uniquement à Dieu. Sa correspondance avec sainte Agnès de Prague, princesse de Bohême devenue clarisse, développe cette vision : la pauvreté comme miroir du Christ pauvre et crucifié. Le pape François, qui a choisi son nom en référence à saint François d’Assise, a rappelé à plusieurs reprises la pertinence du message de Claire pour l’Église d’aujourd’hui, en invitant les chrétiens à une « Église pauvre pour les pauvres ».
Prier avec sainte Claire d’Assise
Prière à sainte Claire d’Assise
Ô glorieuse sainte Claire, lumière d’Assise et miroir de la pauvreté du Christ, toi qui as tout quitté pour suivre les traces du Seigneur Jésus, intercède pour nous auprès du Père. Toi qui as repoussé les ennemis de la foi par la seule puissance du Saint-Sacrement, obtiens-nous une foi vive et un amour ardent de l’Eucharistie. Toi qui as vécu dans le dénuement le plus total pour posséder le seul trésor qui ne passe pas, libère nos cœurs de l’attachement aux biens de ce monde. Apprends-nous la joie de la pauvreté et la richesse de la contemplation. Par le Christ notre Seigneur. Amen.
Neuvaine à sainte Claire d’Assise
Pour prier la neuvaine à sainte Claire, commencez neuf jours avant sa fête, le 2 août. Chaque jour, récitez la prière ci-dessus, un Notre Père, un Je vous salue Marie et un Gloire au Père. Méditez chaque jour sur un aspect de la vie de Claire : sa jeunesse noble et pieuse, sa rencontre avec François, la nuit des Rameaux, la fondation de San Damiano, le privilège de la pauvreté, le miracle du Saint-Sacrement, sa patience dans la maladie, la rédaction de sa règle, et sa mort bienheureuse. Offrez chaque jour de la neuvaine une intention particulière, en demandant par l’intercession de sainte Claire la grâce du détachement et de la confiance en la Providence.
Questions fréquentes
Pourquoi sainte Claire est-elle la patronne de la télévision ?
En 1958, Pie XII a proclamé sainte Claire patronne de la télévision. La raison est un épisode de sa vie : alors qu’elle était clouée au lit par la maladie et ne pouvait assister à la messe de Noël célébrée dans la basilique Saint-François, Claire vit et entendit miraculeusement la liturgie depuis sa cellule, comme si elle y assistait en personne. Cette vision à distance fut interprétée comme une anticipation symbolique de la transmission télévisée, ce qui justifie son patronage sur ce média.
Quelle est la différence entre les clarisses et les franciscaines ?
Les clarisses sont le deuxième ordre franciscain, fondé par sainte Claire pour les femmes vivant une vie contemplative et cloîtrée. Elles suivent la règle de sainte Claire et se consacrent principalement à la prière et au travail manuel. Les franciscaines, au sens large, désignent les religieuses du tiers ordre, qui vivent une vie apostolique active (enseignement, soins aux malades, œuvres sociales) tout en s’inspirant de la spiritualité de saint François. Les deux branches partagent l’idéal franciscain de pauvreté et de fraternité, mais diffèrent par leur mode de vie.
Que contient la règle de sainte Claire ?
La règle de sainte Claire, approuvée par Innocent IV en 1253, est la première règle de vie religieuse écrite par une femme dans l’histoire de l’Église. Elle organise la vie quotidienne autour de la prière liturgique (l’office divin), du silence, du travail manuel, du jeûne et de la pénitence. Son point le plus original est l’insistance sur la pauvreté collective absolue : le monastère ne possède aucun bien, aucune terre, aucun revenu fixe. Les sœurs vivent exclusivement de leur travail et des aumônes. Cette radicalité distingue les clarisses de tous les autres ordres féminins de l’époque.
