Sainte Élisabeth de Hongrie : princesse et patronne

Fête
17 novembre
Vie
1207 - 1231
Patron(ne) de
Tiers-Ordre franciscain, boulangers, hôpitaux
saints hongrois charité XIIIe siècle Tiers-Ordre franciscain
Portrait de sainte Élisabeth de Hongrie portant des roses dans son tablier et une couronne royale
CatholicPhoto• CC BY-SA 4.0

Qui était sainte Élisabeth de Hongrie ?

Sainte Élisabeth de Hongrie, née en 1207, est l’une des figures les plus lumineuses et les plus émouvantes de la sainteté médiévale. Fille du roi André II de Hongrie, elle fut dès l’enfance promise en mariage au landgrave Louis IV de Thuringe et élevée à la cour de la Wartburg, en Allemagne. Épouse aimante et mère dévouée, elle se distingua très tôt par une charité extraordinaire envers les pauvres, les malades et les exclus, au point de susciter l’incompréhension et l’hostilité de la cour. Le miracle des roses, l’un des épisodes les plus célèbres de sa vie, symbolise cette tension entre sa condition princière et sa vocation de servante des plus humbles. Veuve à vingt ans seulement, dépouillée de tous ses biens par sa belle-famille, elle choisit de rejoindre le Tiers-Ordre franciscain et consacra les dernières années de sa brève existence au service des malades dans l’hôpital qu’elle fonda à Marbourg. Morte à vingt-quatre ans à peine, canonisée seulement quatre ans après son décès, Élisabeth de Hongrie reste le visage même de la charité radicale dans l’Évangile. Sa fête est célébrée le 17 novembre.

Contexte historique : l’Europe féodale au XIIIe siècle

Un siècle de ferveur spirituelle et de bouleversements sociaux

Le XIIIe siècle dans lequel naît Élisabeth de Hongrie est une époque d’intenses contrastes. C’est le siècle des grandes cathédrales gothiques, Chartres, Reims, Amiens, qui s’élancent vers le ciel comme autant de prières de pierre. C’est aussi le siècle de saint François d’Assise, dont la conversion radicale et l’amour des pauvres bouleversent la chrétienté et donnent naissance à l’ordre des Frères mineurs. La spiritualité franciscaine, avec son insistance sur la pauvreté volontaire, le service des lépreux et la fraternité universelle, exercera une influence déterminante sur la jeune princesse hongroise.

L’Europe féodale est alors organisée selon un ordre social rigide où chacun occupe la place que Dieu lui a assignée : les nobles combattent, le clergé prie, les paysans travaillent. Dans ce système, la charité des grands envers les petits est certes encouragée par l’Église, mais dans des limites convenables qui ne remettent pas en cause les hiérarchies établies. Or c’est précisément cet ordre qu’Élisabeth va transgresser avec une audace qui stupéfie ses contemporains. En servant personnellement les lépreux, en lavant de ses propres mains les corps couverts de plaies, en distribuant les richesses de la cour aux mendiants, elle renverse les conventions de son rang et vit de manière provocante l’Évangile du Christ. La Hongrie du roi André II, son père, est quant à elle un royaume puissant mais agité par des luttes de pouvoir entre la couronne et la noblesse, un contexte d’instabilité politique qui marquera profondément le destin d’Élisabeth.

Vie et enfance de sainte Élisabeth de Hongrie

Une princesse promise dès le berceau

Élisabeth naît en 1207 à Presbourg (aujourd’hui Bratislava) ou à Sárospatak, fille du roi André II de Hongrie et de Gertrude de Méranie, une princesse d’origine bavaroise. Conformément aux pratiques diplomatiques de l’époque, elle est fiancée dès l’âge de quatre ans au jeune Louis, fils aîné du landgrave Hermann Ier de Thuringe, l’un des princes les plus puissants du Saint-Empire romain germanique. La petite Élisabeth quitte alors la Hongrie pour être élevée à la cour de la Wartburg, la forteresse légendaire qui domine la ville d’Eisenach en Thuringe. Elle emporte avec elle une dot somptueuse (de l’or, des joyaux, un berceau d’argent), mais elle quitte surtout pour toujours la terre de ses ancêtres, sacrifice qui marque profondément cette enfant sensible.

L’enfant singulière de la Wartburg

À la cour de Thuringe, la jeune princesse hongroise se distingue très vite par un comportement inhabituel pour son rang. Là où les autres enfants nobles jouent et se divertissent, Élisabeth se retire pour prier. Elle s’agenouille devant les crucifix, distribue sa nourriture aux serviteurs et manifeste une compassion précoce pour les souffrants et les démunis. Sa belle-mère, la landgravine Sophie, et les dames de la cour voient d’un mauvais œil ces excentricités qui ne conviennent guère à une future souveraine. Les moqueries et les humiliations ne manquent pas. Certains courtisans tentent même de convaincre Hermann Ier de renvoyer cette fiancée trop singulière en Hongrie et de trouver un parti plus convenable pour son fils. Mais la Providence en décide autrement : Louis, en grandissant, s’attache profondément à Élisabeth. Leur relation, loin d’être un simple arrangement dynastique, se transforme en un amour véritable et profond. Ils forment l’un des plus beaux couples de l’histoire médiévale. Louis comprend et soutient la vocation charitable de son épouse. Il la défend contre les critiques de sa propre famille.

La vocation charitable : du miracle des roses au service des pauvres

Le miracle des roses et la charité héroïque

L’épisode le plus célèbre de la vie de sainte Élisabeth est sans doute le miracle des roses. Selon la tradition, un jour qu’elle descendait de la Wartburg en portant dans son tablier du pain destiné aux pauvres, elle fut interpellée par un membre de la cour (selon certaines versions, par son beau-frère) qui lui demanda de montrer ce qu’elle transportait. Lorsqu’elle ouvrit son tablier, le pain s’était miraculeusement transformé en roses magnifiques. Ce prodige, devenu l’un des attributs iconographiques les plus reconnaissables de la sainte, symbolise la bénédiction divine sur la charité authentique et la protection que Dieu accorde à ceux qui servent les pauvres en Son nom.

Mais la charité d’Élisabeth ne se limite pas à de simples distributions de nourriture. Elle soigne personnellement les malades les plus repoussants, les lépreux dont la vue seule terrifie les courtisans. Elle lave leurs plaies, baise leurs mains déformées, les installe dans son propre lit lorsque Louis est absent. Cette charité concrète, corporelle, viscérale, n’a rien d’une aumône condescendante : Élisabeth voit véritablement le Christ dans le visage de chaque pauvre, conformément à l’enseignement évangélique de Matthieu 25. Louis, loin de s’en offusquer, soutient cette vocation avec une générosité remarquable. Pendant les famines qui frappent la Thuringe en 1226, Élisabeth ouvre les greniers du château pour nourrir les affamés, organise des distributions de vivres et fonde un hôpital au pied de la Wartburg.

L’épreuve du veuvage et l’hôpital de Marbourg

La mort de Louis et la spoliation cruelle

En 1227, le landgrave Louis IV rejoint la croisade de l’empereur Frédéric II en Terre Sainte. Il n’atteindra jamais Jérusalem. Frappé par la peste à Otrante, dans le sud de l’Italie, il meurt le 11 septembre 1227. Élisabeth n’a que vingt ans lorsqu’elle apprend la nouvelle. L’effondrement est total. « Le monde entier est mort pour moi », dit-elle dans un cri qui traverse les siècles. Mais le deuil n’est que le début de son calvaire. La belle-famille de Louis, notamment son frère Henri Raspe, profite de la disparition du landgrave pour expulser Élisabeth et ses trois jeunes enfants de la Wartburg en plein hiver. Dépouillée de tous ses biens, de sa dot, de ses revenus, la jeune veuve erre dans les rues d’Eisenach et en est réduite à mendier son pain. Les habitants, terrorisés à l’idée de déplaire aux nouveaux maîtres de la Wartburg, refusent de l’héberger. Elle trouve finalement refuge dans une porcherie, puis dans une auberge misérable.

La fondation de l’hôpital et l’entrée au Tiers-Ordre

Après l’intervention de ses puissants parents et le retour des compagnons de croisade de Louis, qui rapportent ses reliques, Élisabeth obtient la restitution partielle de sa dot. Mais plutôt que de regagner les honneurs de la cour, elle fait un choix radical qui stupéfie ses contemporains : elle renonce définitivement à son rang princier, confie ses enfants à des familles de confiance et entre dans le Tiers-Ordre franciscain sous la direction de son confesseur, le rigoureux maître Conrad de Marbourg. Elle s’installe à Marbourg, en Hesse, où elle fonde un hôpital dédié à saint François d’Assise. C’est là qu’elle consacre les dernières années de sa vie au service des malades les plus misérables. Elle accomplit elle-même les tâches les plus rebutantes : nettoyer les plaies purulentes, nourrir les grabataires, veiller les mourants.

La direction spirituelle de Conrad de Marbourg est d’une sévérité extrême, parfois cruelle. Il lui impose des pénitences physiques humiliantes, lui interdit de voir ses amis, la prive de ses servantes les plus fidèles. Élisabeth accepte ces épreuves avec une obéissance qui confine au martyre ; elle voit dans ces souffrances une conformité au Christ souffrant. La question de la relation entre Élisabeth et Conrad, entre la sainte et son directeur abusif, reste l’un des aspects les plus troublants et les plus débattus de sa biographie. Quoi qu’il en soit, rien n’altère la flamme intérieure d’Élisabeth : sa charité demeure intacte, rayonnante, inépuisable.

La mort et la canonisation de sainte Élisabeth

Une mort précoce et une canonisation fulgurante

Épuisée par les austérités, les privations et le labeur incessant au service des malades, Élisabeth de Hongrie meurt le 17 novembre 1231 à Marbourg, à l’âge de vingt-quatre ans seulement. Ses dernières heures sont marquées par une paix lumineuse. Selon les témoins, elle chante doucement et parle de la présence du Christ à ses côtés. Immédiatement après sa mort, des miracles se multiplient sur son tombeau : guérisons de paralytiques, d’aveugles, de malades réputés incurables. La réputation de sainteté d’Élisabeth se répand comme une traînée de poudre à travers toute l’Europe.

Le procès de canonisation, l’un des plus rapides de l’histoire, est ouvert dès 1232 par le pape Grégoire IX. Plus d’une centaine de témoins sont entendus, et les miracles authentifiés se comptent par dizaines. Le 27 mai 1235, à peine quatre ans après sa mort, Élisabeth est solennellement canonisée à Pérouse par le pape Grégoire IX. L’empereur Frédéric II lui-même assiste à la translation de ses reliques dans la magnifique église gothique construite en son honneur à Marbourg, la Elisabethkirche, qui devient l’un des plus grands centres de pèlerinage de l’Allemagne médiévale.

L’héritage spirituel de sainte Élisabeth de Hongrie

Une charité qui traverse les siècles

L’héritage de sainte Élisabeth de Hongrie est immense et toujours vivant. Elle est devenue le modèle par excellence de la charité chrétienne active, celle qui ne se contente pas de beaux discours mais qui se fait service concret, engagement corporel, don total de soi. Des centaines de congrégations religieuses, d’hôpitaux et d’œuvres caritatives portent son nom à travers le monde. Le Tiers-Ordre franciscain, dont elle fut l’une des premières et des plus éminentes figures, la vénère comme sa patronne. Elle est également patronne des boulangers, en souvenir du pain distribué aux pauvres, et des hôpitaux, en mémoire de celui qu’elle fonda à Marbourg. Son exemple rappelle à chaque chrétien que la sainteté n’est pas réservée aux cloîtres et aux ermitages, mais qu’elle se vit dans le service quotidien des plus vulnérables. La rose, devenue son attribut iconographique, symbolise la beauté que la grâce divine fait jaillir de tout acte d’amour authentique.

Prier avec sainte Élisabeth de Hongrie

Prière à sainte Élisabeth de Hongrie

Seigneur notre Dieu, Toi qui as donné à sainte Élisabeth de Hongrie la grâce de voir et de servir le Christ dans les pauvres, accorde-nous par son intercession un cœur semblable au sien : libre de tout attachement mondain, brûlant de charité pour les plus petits, et courageux dans l’épreuve. Que son exemple nous apprenne à transformer en roses de bonté le pain quotidien de nos gestes les plus humbles. Par le Christ, notre Seigneur. Amen.

Neuvaine à sainte Élisabeth de Hongrie

La neuvaine à sainte Élisabeth de Hongrie se prie du 8 au 16 novembre, veille de sa fête liturgique. Chaque jour, récitez la prière ci-dessus, suivie d’un Notre Père, d’un Je vous salue Marie et d’un Gloire au Père. Le premier jour, méditez sur l’enfance d’Élisabeth à la Wartburg et priez pour la grâce d’une foi simple et confiante. Le deuxième jour, contemplez son amour conjugal avec Louis et demandez la bénédiction sur les familles. Le troisième jour, méditez le miracle des roses et priez pour la grâce de la générosité. Le quatrième jour, contemplez son service des lépreux et demandez le courage de servir les plus démunis. Le cinquième jour, méditez l’épreuve du veuvage et priez pour les personnes endeuillées. Le sixième jour, contemplez sa spoliation et demandez la grâce du détachement. Le septième jour, méditez sa vie à Marbourg et priez pour les soignants. Le huitième jour, contemplez sa mort sainte et demandez la grâce d’une bonne mort. Le neuvième jour, rendez grâce pour sa canonisation et priez pour que son exemple inspire de nouvelles vocations de charité.

Questions fréquentes

Quel est le miracle des roses de sainte Élisabeth de Hongrie ?

Le miracle des roses est l’épisode le plus célèbre de la vie de sainte Élisabeth. Selon la tradition, alors qu’elle descendait de la Wartburg en portant du pain caché dans son tablier pour les pauvres, un courtisan lui demanda de montrer ce qu’elle transportait. En ouvrant son tablier, le pain s’était miraculeusement transformé en roses magnifiques. Ce miracle symbolise la bénédiction divine sur la charité authentique. Il est devenu l’attribut iconographique le plus reconnaissable de la sainte, représentée dans l’art chrétien portant des roses dans les plis de son manteau princier.

Pourquoi sainte Élisabeth de Hongrie est-elle patronne des boulangers ?

Sainte Élisabeth est patronne des boulangers en raison de son lien étroit avec le pain, symbole de sa charité inlassable. Toute sa vie, elle s’est consacrée à nourrir les affamés : elle distribuait quotidiennement du pain aux mendiants de la Wartburg, elle ouvrit les greniers du château pendant les famines de 1226, et elle nourrissait de ses propres mains les malades de l’hôpital de Marbourg. Le miracle des roses transforme d’ailleurs du pain en fleurs, unissant dans un même geste la nourriture du corps et la beauté de la grâce.

Quel rôle le Tiers-Ordre franciscain a-t-il eu dans la vie de sainte Élisabeth ?

Après la mort de son époux Louis IV de Thuringe en 1227, Élisabeth a choisi de renoncer à sa condition princière pour entrer dans le Tiers-Ordre franciscain, l’ordre des laïcs vivant selon la règle de saint François d’Assise. Ce choix radical signifiait pour elle l’adoption définitive de la pauvreté volontaire, du service des malades et de la vie de pénitence. Elle devint l’une des premières et des plus éminentes figures de cet ordre, au point d’en être considérée comme la patronne. Son engagement franciscain donna une forme concrète et institutionnelle à la vocation charitable qui l’habitait depuis son enfance.