Sainte Jeanne d'Arc : vie, mission et martyre

Fête
30 mai
Vie
1412 - 1431
Patron(ne) de
France, soldats, prisonniers, personnes ridiculisées pour leur foi
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Sainte Jeanne d'Arc en armure tenant son étendard
Didier Descouens• CC BY-SA 4.0

Qui était Sainte Jeanne d’Arc ?

Sainte Jeanne d’Arc, surnommée la « Pucelle d’Orléans », est l’une des figures les plus extraordinaires de l’histoire de France et de l’Église catholique. Jeune paysanne lorraine, guidée par des voix célestes qu’elle identifiait comme celles de saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite, elle a renversé le cours de la guerre de Cent Ans et permis le sacre du roi Charles VII à Reims.

Capturée par les Bourguignons, vendue aux Anglais, jugée pour hérésie par un tribunal ecclésiastique inique, elle fut brûlée vive à Rouen le 30 mai 1431. Elle avait dix-neuf ans. Son procès fut réhabilité vingt-cinq ans plus tard, et le pape Benoît XV la canonisa en 1920. Elle est co-patronne de la France avec sainte Thérèse de Lisieux.

Comment une adolescente illettrée a-t-elle pu commander des armées, tenir tête aux docteurs de l’Église, et mourir avec une telle force d’âme ? Six siècles plus tard, la question fascine toujours. Sa vie reste un témoignage saisissant de la puissance de la foi face aux forces de ce monde.

La France déchirée de la guerre de Cent Ans

Un royaume en lambeaux

Jeanne d’Arc naît dans une France ravagée par plus de soixante-dix ans de guerre contre l’Angleterre. La guerre de Cent Ans, commencée en 1337, a dévasté le royaume. Les grandes défaites de Crécy (1346), Poitiers (1356) et Azincourt (1415) ont décimé la noblesse française.

En 1420, le traité de Troyes, imposé par les Anglais et les Bourguignons, déshérite le dauphin Charles au profit du roi d’Angleterre Henri V. À la mort d’Henri V et de Charles VI en 1422, la France est coupée en deux : le nord, y compris Paris, est aux mains des Anglais et de leur allié le duc de Bourgogne ; le sud reste fidèle au dauphin Charles, réfugié à Bourges, que ses ennemis appellent avec mépris le « roi de Bourges ».

La détresse du dauphin Charles

Le dauphin Charles VII doute de sa propre légitimité. Sa mère, Isabeau de Bavière, a laissé entendre qu’il n’était pas le fils de Charles VI. Sans argent, sans armée efficace, entouré d’intrigants, le jeune prince semble condamné.

C’est dans ce contexte désespéré qu’une jeune paysanne de dix-sept ans se présente à lui, affirmant que Dieu l’envoie pour « bouter les Anglais hors de France » et le faire sacrer à Reims. L’histoire de France va basculer.

Vie et enfance de Jeanne à Domrémy

Une famille paysanne de Lorraine

Jeanne naît vers 1412 à Domrémy, petit village de la vallée de la Meuse, à la frontière de la Lorraine et de la Champagne. Son père, Jacques d’Arc, est un paysan aisé, doyen du village. Sa mère, Isabelle Romée, est une femme pieuse qui lui enseigne les prières et les bases de la foi catholique.

Jeanne grandit dans une famille nombreuse avec ses frères et sœurs. Elle ne sait ni lire ni écrire, mais connaît parfaitement le Notre Père, le Je vous salue Marie et le Credo. Ses contemporains la décrivent comme une jeune fille pieuse, travailleuse, aimant se confesser souvent et communier régulièrement.

Le village de Domrémy est resté fidèle au dauphin Charles, contrairement au village voisin de Maxey, acquis aux Bourguignons. Des escarmouches opposent parfois les jeunes des deux villages. Jeanne vit dans cette France fracturée.

Les premières voix (1425)

À treize ans environ, Jeanne commence à entendre des « voix » accompagnées de lumières. Elle identifie ces voix comme celles de saint Michel archange, sainte Catherine d’Alexandrie et sainte Marguerite d’Antioche. Ces saints lui apparaissent et lui parlent, parfois plusieurs fois par jour.

Au début, les voix lui recommandent simplement d’être sage et d’aller souvent à l’église. Mais progressivement, leur message se précise : Jeanne doit aller trouver le dauphin Charles, lever le siège d’Orléans et le faire sacrer à Reims. « Va, fille de Dieu, va ! » lui répètent-elles.

Jeanne résiste d’abord, effrayée par l’énormité de la mission. « Je ne suis qu’une pauvre fille, je ne sais ni chevaucher ni faire la guerre », proteste-t-elle. Mais les voix insistent. En 1428, alors que la situation militaire se dégrade, Jeanne se décide enfin à obéir.

De Domrémy à Orléans

Le départ pour Vaucouleurs

En mai 1428, Jeanne se rend à Vaucouleurs, ville voisine restée fidèle au dauphin, pour rencontrer le capitaine Robert de Baudricourt. Elle lui demande de l’envoyer auprès du roi. Baudricourt la renvoie d’abord en la traitant de folle. Mais Jeanne revient en janvier 1429, plus déterminée que jamais.

Cette fois, elle prédit une défaite française qui se vérifie (la « journée des harengs », 12 février 1429). Impressionné, Baudricourt accepte de lui donner une escorte. Jeanne coupe ses cheveux, revêt des habits d’homme pour voyager en sécurité, et part pour Chinon où réside le dauphin.

La rencontre avec Charles VII

Jeanne arrive à Chinon fin février 1429 après onze jours de voyage à travers des territoires hostiles. Le dauphin, méfiant, décide de la mettre à l’épreuve. Il se cache parmi ses courtisans, tandis qu’un autre prend sa place sur le trône. Mais Jeanne le reconnaît immédiatement et va droit vers lui.

Elle lui révèle un secret que lui seul connaît, probablement une prière qu’il avait faite à Dieu concernant sa légitimité. Charles est ébranlé. Il soumet Jeanne à un examen approfondi à Poitiers, où des théologiens l’interrogent pendant trois semaines. Leur conclusion : « On ne trouve rien en elle que de bon, humilité, virginité, dévotion, honnêteté, simplicité. »

La délivrance d’Orléans

Équipée d’une armure, d’un cheval et d’un étendard blanc portant les noms de Jésus et Marie, Jeanne rejoint l’armée royale. En avril 1429, elle arrive devant Orléans, assiégée par les Anglais depuis octobre 1428. La ville est sur le point de tomber.

En quelques jours, Jeanne galvanise les troupes démoralisées. Du 4 au 8 mai, les Français enlèvent les bastilles anglaises une à une. Le 8 mai, Jeanne est blessée d’une flèche entre l’épaule et la gorge en attaquant les Tourelles. Elle arrache elle-même la flèche, se fait panser, et retourne au combat. Le soir même, les Anglais lèvent le siège.

Cette victoire stupéfiante transforme le cours de la guerre. En quelques semaines, Jeanne nettoie la vallée de la Loire, remportant victoire sur victoire. Elle pousse maintenant Charles à marcher sur Reims pour le sacre.

Le sacre de Reims et l’apogée

La chevauchée vers Reims

Malgré les hésitations des conseillers royaux, Jeanne entraîne Charles VII vers Reims à travers des territoires bourguignons. L’armée française avance sans rencontrer de résistance sérieuse. Les villes ouvrent leurs portes les unes après les autres : Auxerre, Troyes, Châlons…

Le 16 juillet 1429, l’armée entre dans Reims. Le lendemain, 17 juillet, Charles VII est sacré roi de France dans la cathédrale, selon le rituel millénaire des rois capétiens. Jeanne assiste à la cérémonie, son étendard à la main. « Il avait été à la peine, c’était bien raison qu’il fût à l’honneur », dira-t-elle.

À ce moment, Jeanne a accompli l’essentiel de sa mission. Elle aurait voulu retourner chez elle, garder les moutons de son père. Mais Charles et ses capitaines veulent continuer la guerre. Jeanne, par obéissance, reste à leurs côtés.

L’échec devant Paris

En septembre 1429, Jeanne tente de prendre Paris, toujours aux mains des Anglais et des Bourguignons. L’assaut du 8 septembre échoue. Jeanne est à nouveau blessée, à la cuisse cette fois. Charles VII, peu désireux de poursuivre l’offensive, ordonne la retraite.

Commence alors pour Jeanne une période difficile. Les succès se font rares, les hésitations de la cour paralysent l’action militaire. Jeanne poursuit néanmoins la guerre avec ses moyens, enchaînant escarmouches et sièges mineurs.

La capture et le procès

Prisonnière à Compiègne

Le 23 mai 1430, lors d’une sortie devant Compiègne assiégée par les Bourguignons, Jeanne est capturée par les hommes de Jean de Luxembourg, vassal du duc de Bourgogne. Elle est vendue aux Anglais pour dix mille livres tournois.

Charles VII, qu’elle a fait roi, ne fait rien pour la délivrer. Pas de tentative de rachat, pas d’opération militaire. Jeanne est abandonnée par celui qu’elle a sauvé. Elle passera le reste de sa courte vie en prison.

Le procès de Rouen

Les Anglais veulent la mort de Jeanne, mais une mort « légale » qui la discrédite. Ils organisent un procès ecclésiastique pour hérésie, présidé par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, tout acquis aux Anglais et avide de faveurs.

Du 9 janvier au 30 mai 1431, Jeanne est soumise à des interrogatoires épuisants. Seule, sans avocat, face à des dizaines de docteurs en théologie hostiles, elle répond avec une intelligence et une présence d’esprit remarquables. Quand on lui demande si elle est en état de grâce, elle répond : « Si je n’y suis, Dieu veuille m’y mettre ; si j’y suis, Dieu veuille m’y garder. »

On l’accuse de porter des habits d’homme, de prétendre recevoir des révélations, de refuser de se soumettre à l’Église. Sous la menace de la torture, Jeanne finit par signer une abjuration qu’elle ne comprend pas. Mais quelques jours plus tard, elle revêt à nouveau des habits d’homme (peut-être pour se protéger de ses gardiens) et rétracte son abjuration.

Le martyre et la mort

Le bûcher de Rouen

Le 30 mai 1431, Jeanne est conduite sur la place du Vieux-Marché à Rouen. Elle a dix-neuf ans. Face à la foule et au bûcher, elle demande une croix. Un soldat anglais lui en fabrique une avec deux morceaux de bois. Un prêtre lui apporte la croix de procession de l’église voisine.

Attachée au poteau, Jeanne invoque Jésus, Marie et saint Michel. Ses dernières paroles sont : « Jésus ! Jésus ! » Plusieurs témoins auraient vu une colombe blanche s’élever des flammes. Le bourreau lui-même, bouleversé, confiera plus tard : « J’ai brûlé une sainte. »

Les Anglais font jeter ses cendres dans la Seine, de peur que ses restes ne deviennent des reliques. Mais ils n’ont pas pu éteindre sa mémoire.

La réhabilitation et la canonisation

En 1456, à la demande de Charles VII et de la famille de Jeanne, un nouveau procès révise le jugement de Rouen. Les irrégularités sont flagrantes, les témoins de l’époque confirment la sainteté de Jeanne. Le procès de condamnation est cassé, Jeanne est déclarée innocente.

Il faudra attendre près de cinq siècles pour sa canonisation. Béatifiée par Pie X en 1909, Jeanne d’Arc est canonisée par Benoît XV le 16 mai 1920. En 1922, elle est proclamée patronne secondaire de la France. Sa fête est célébrée le 30 mai, jour anniversaire de sa mort.

L’héritage spirituel de Jeanne d’Arc

Un modèle de foi et de courage

L’exemple de Jeanne d’Arc continue d’inspirer les croyants du monde entier. Sans instruction, elle a fait preuve d’une foi inébranlable, d’un courage surhumain et d’une fidélité totale à sa mission jusqu’à la mort.

Elle a vécu la vocation prophétique dans l’Église : être l’instrument de Dieu sans se préoccuper de sa propre réputation ou de sa propre vie. « Je suis venue de par Dieu », répétait-elle. Cette conscience d’être envoyée lui donnait une force que rien ne pouvait briser.

Jeanne est aussi un modèle de pardon. Avant de mourir, elle pardonna à ses juges et à ses bourreaux. « Évêque, je meurs par vous, dit-elle à Cauchon, et je vous adjourne devant Dieu. » Ce n’était pas une malédiction. C’était un appel à la conversion.

Domrémy et les lieux de mémoire

Aujourd’hui, Domrémy-la-Pucelle est un lieu de pèlerinage. On peut y visiter la maison natale de Jeanne, l’église où elle fut baptisée, et la basilique du Bois-Chenu construite au XIXe siècle. Rouen conserve le souvenir du procès et du martyre. Orléans célèbre chaque année les fêtes johanniques en mai.

Prier avec Sainte Jeanne d’Arc

Prière à Sainte Jeanne d’Arc

Sainte Jeanne d’Arc, toi qui as entendu l’appel de Dieu et lui as obéi avec un courage héroïque, intercède pour nous.

Toi qui as aimé la France et as donné ta vie pour elle, protège notre patrie et obtiens-lui la paix.

Toi qui as été abandonnée par ceux que tu avais servis, console ceux qui souffrent l’injustice et la trahison.

Toi qui as pardonné à tes bourreaux, apprends-nous la miséricorde.

Sainte Jeanne d’Arc, patronne de la France, priez pour nous. Amen.

Neuvaine à Sainte Jeanne d’Arc

Pendant neuf jours, récitez chaque jour un Notre Père, un Je vous salue Marie et un Gloire au Père, puis la prière ci-dessus. Confiez à Sainte Jeanne vos intentions, particulièrement si vous avez besoin de courage pour accomplir la volonté de Dieu.

Questions fréquentes

Les voix de Jeanne d’Arc étaient-elles réelles ?

L’Église n’a jamais tranché définitivement sur la nature des voix de Jeanne. Certains y voient des apparitions authentiques de saint Michel et des saintes ; d’autres parlent de locutions intérieures. Ce qui est certain, c’est que ces voix ont conduit Jeanne à accomplir des actes héroïques de foi et de courage, et que leur fruit (le salut de la France) était bon. L’Église a reconnu la sainteté de Jeanne, ce qui implique que sa mission venait bien de Dieu.

Pourquoi Jeanne d’Arc portait-elle des habits d’homme ?

Jeanne expliqua que ses voix lui avaient demandé de porter des habits d’homme. Concrètement, ces vêtements la protégeaient lors des combats et des voyages au milieu des soldats. En prison, ils lui offraient une protection contre les agressions de ses gardiens. Ses juges firent de ce point un chef d’accusation majeur, mais le procès de réhabilitation montra que cette accusation était infondée.

Où peut-on honorer Sainte Jeanne d’Arc ?

Les principaux lieux liés à Sainte Jeanne d’Arc sont : Domrémy-la-Pucelle (sa maison natale et la basilique), Vaucouleurs (où elle obtint son escorte), Chinon (où elle rencontra Charles VII), Orléans (qu’elle libéra), Reims (où elle fit sacrer le roi), et Rouen (où elle fut jugée et brûlée). Chacun de ces lieux permet de méditer une étape de sa mission. Consultez notre guide des pèlerinages pour plus d’informations.

Pourquoi Jeanne d’Arc est-elle patronne de la France ?

Jeanne d’Arc a été proclamée patronne secondaire de la France en 1922 par le pape Pie XI. Ce choix reconnaît son action dans le salut du royaume de France au XVe siècle, mais aussi sa valeur de modèle spirituel pour tous les Français. Elle représente le courage, la foi, l’amour de la patrie et la fidélité à sa mission jusqu’au sacrifice suprême.