Sainte Marguerite-Marie Alacoque : le Sacré-Cœur

Fête
16 octobre
Vie
1647 - 1690
Patron(ne) de
dévotion au Sacré-Cœur
saints français Sacré-Cœur mystique XVIIe siècle Paray-le-Monial
Sainte Marguerite-Marie Alacoque en prière devant le Sacré-Cœur de Jésus
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Qui était sainte Marguerite-Marie Alacoque ?

Sainte Marguerite-Marie Alacoque est l’une des figures mystiques les plus marquantes du catholicisme français. Née en 1647 à Verosvres, en Bourgogne, cette religieuse visitandine fut choisie par le Christ pour révéler au monde entier la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Entre 1673 et 1675, elle reçut au monastère de Paray-le-Monial une série d’apparitions extraordinaires au cours desquelles Jésus lui dévoila son Cœur brûlant d’amour pour l’humanité. Ces révélations, d’abord accueillies avec méfiance par sa communauté, transformèrent profondément la spiritualité catholique et donnèrent naissance à l’une des dévotions les plus populaires de l’Église. Accompagnée par son directeur spirituel, saint Claude La Colombière, Marguerite-Marie endura avec une patience héroïque les épreuves, les incompréhensions et les souffrances physiques qui jalonnèrent sa courte existence. Canonisée en 1920 par le pape Benoît XV, elle demeure aujourd’hui la messagère privilégiée de l’amour miséricordieux du Christ, et Paray-le-Monial reste un lieu de pèlerinage majeur où des milliers de fidèles viennent chaque année se recueillir devant le Sacré-Cœur.

La France au Grand Siècle

Le catholicisme français sous Louis XIV

Le XVIIe siècle est souvent désigné comme le « Grand Siècle » de la France, une époque de rayonnement culturel, politique et religieux sans précédent. Sous le règne de Louis XIV, le royaume connaît une période d’absolutisme monarchique où le catholicisme occupe une place centrale dans la vie sociale et politique. C’est le siècle de Bossuet, de Fénelon, de la querelle janséniste et de la révocation de l’édit de Nantes en 1685. La vie religieuse connaît un renouveau remarquable, porté par la Réforme catholique issue du Concile de Trente. De nombreuses congrégations religieuses voient le jour ou se réforment, et la ferveur spirituelle atteint des sommets dans certains milieux.

Un siècle de fondations et de mystiques

Cette époque est aussi marquée par l’émergence de grandes figures mystiques et fondatrices. Saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantal ont fondé l’Ordre de la Visitation en 1610, ouvrant un espace de vie contemplative accessible aux femmes de santé fragile. Saint Vincent de Paul révolutionne la charité, tandis que Jean-Jacques Olier et Jean Eudes développent la spiritualité sacerdotale. C’est dans ce terreau spirituel extrêmement fécond que naît Marguerite-Marie Alacoque. La France traverse aussi des guerres, des famines et des épidémies qui frappent durement les campagnes bourguignonnes. Le petit village de Verosvres, dans le Charolais, n’échappe pas à ces difficultés, et c’est dans ce contexte de foi ardente mêlée de souffrances que grandit la future sainte. Le jansénisme, avec sa vision austère et rigoriste de Dieu, gagne du terrain dans les élites, en présentant un Dieu juge et distant. Les apparitions du Sacré-Cœur viendront précisément répondre à cette dérive en rappelant l’amour miséricordieux et tendre du Christ pour chaque âme.

Vie et enfance de sainte Marguerite-Marie Alacoque

Une enfance marquée par la souffrance

Marguerite Alacoque naît le 22 juillet 1647 à Verosvres, cinquième enfant d’une famille de notables du Charolais. Son père, Claude Alacoque, est notaire royal, et sa mère, Philiberte Lamyn, est une femme profondément pieuse. Dès son plus jeune âge, Marguerite manifeste une attirance singulière pour la prière et le recueillement. Elle fait son vœu de chasteté à l’âge de quatre ans, sans même comprendre pleinement la portée de cet engagement, comme elle le racontera plus tard dans son autobiographie. La mort prématurée de son père, alors qu’elle n’a que huit ans, plonge la famille dans une situation dramatique. Marguerite est envoyée chez les Clarisses d’un couvent voisin pour y recevoir son éducation. C’est là qu’elle fait sa première communion, une expérience spirituelle qui la marque profondément et renforce son désir de se consacrer entièrement à Dieu.

Les épreuves de la jeunesse

De retour dans sa famille, Marguerite traverse des années d’humiliation et de souffrance. Des membres de sa parenté se sont installés dans la maison familiale et exercent une véritable tyrannie sur sa mère et sur elle. La jeune fille est traitée comme une servante dans sa propre demeure, privée de liberté et parfois même de nourriture. Une maladie rhumatismale la cloue au lit pendant quatre longues années, entre l’âge de neuf et treize ans. Elle attribuera sa guérison miraculeuse à la Sainte Vierge, à qui elle avait promis de se consacrer comme religieuse. Malgré sa vocation précoce, Marguerite est pressée par sa famille de contracter un mariage avantageux. Elle traverse une période de lutte intérieure où elle tente, par moments, de se conformer aux attentes du monde en participant à des fêtes et des divertissements. Mais le Christ la rappelle sans cesse à lui, et elle ressent des remords profonds chaque fois qu’elle s’éloigne de la prière. Cette tension entre le monde et l’appel divin forge en elle une détermination inébranlable qui la conduira finalement au monastère de la Visitation de Paray-le-Monial en juin 1671, à l’âge de vingt-quatre ans.

La vocation visitandine et l’entrée à Paray-le-Monial

L’appel irrésistible du cloître

Après des années de résistance familiale, Marguerite-Marie entre enfin au monastère de la Visitation Sainte-Marie de Paray-le-Monial le 20 juin 1671. Elle ajoute alors le nom de Marie au sien, devenant sœur Marguerite-Marie. Le choix de la Visitation n’est pas anodin : cet ordre fondé par saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantal est centré sur la douceur, l’humilité et la charité fraternelle, des vertus qui correspondent parfaitement au tempérament de la jeune novice. Dès les premiers jours, elle se distingue par son obéissance exemplaire et sa ferveur dans la prière, mais aussi par des expériences mystiques qui déconcertent ses supérieures. Elle prononce ses vœux définitifs le 6 novembre 1672.

Les premiers signes mystiques

La vie communautaire n’est pas sans difficultés pour Marguerite-Marie. Sa sensibilité extrême, ses extases fréquentes et son comportement parfois singulier suscitent l’incompréhension et la méfiance de certaines sœurs. La maîtresse des novices, mère Thouvant, la soumet à des épreuves humiliantes pour tester l’authenticité de sa vie intérieure. Marguerite-Marie accepte tout avec une soumission remarquable ; elle considère chaque humiliation comme une grâce. C’est dans ce creuset de la vie religieuse ordinaire, faite d’obéissance et de renoncement quotidien, que le Seigneur prépare son instrument pour la grande mission qui l’attend. Sa simplicité et sa droiture finissent par gagner le respect de la communauté, même si les événements extraordinaires qui vont suivre relanceront bien des controverses au sein du monastère.

Les apparitions du Sacré-Cœur et les douze promesses

Les grandes révélations (1673-1675)

Entre décembre 1673 et juin 1675, Marguerite-Marie reçoit quatre apparitions majeures du Christ qui constituent le cœur de sa mission. Lors de la première, le 27 décembre 1673, fête de saint Jean l’Évangéliste, Jésus lui apparaît et l’invite à reposer sa tête sur son Cœur divin, comme l’apôtre bien-aimé lors de la Cène. Il lui révèle les merveilles de son amour et lui confie le désir ardent de son Cœur d’être aimé des hommes. La deuxième apparition a lieu au début de l’année 1674 : le Christ lui montre son Cœur sur un trône de flammes, entouré d’une couronne d’épines et surmonté d’une croix. Il se plaint de l’ingratitude des hommes et demande une dévotion de réparation. Lors de la troisième apparition, probablement en 1674, Jésus demande que le premier vendredi après l’octave du Saint-Sacrement soit consacré à une fête spéciale en l’honneur de son Cœur, avec communion réparatrice et amende honorable. La quatrième et dernière grande apparition, en juin 1675, est la plus solennelle. Le Christ dévoile son Cœur et prononce ces paroles célèbres : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour. »

Les douze promesses du Sacré-Cœur

Au fil de ces révélations et des grâces qui suivirent, Marguerite-Marie transmit les douze promesses que le Sacré-Cœur fait à ceux qui lui sont dévoués. Parmi ces promesses figurent la paix dans les familles, la consolation dans les peines, le refuge assuré pendant la vie et surtout à l’heure de la mort, les bénédictions abondantes sur les entreprises, ainsi que la grâce insigne de la persévérance finale pour ceux qui communient les neuf premiers vendredis du mois consécutivement. Ces promesses sont devenues le fondement de la dévotion populaire au Sacré-Cœur et continuent d’inspirer des millions de fidèles à travers le monde.

Le soutien décisif de saint Claude La Colombière

La Providence envoya à Marguerite-Marie un allié providentiel en la personne du père Claude La Colombière, jésuite nommé supérieur de la maison des jésuites de Paray-le-Monial en 1675. Confesseur extraordinaire du monastère, il discerna immédiatement l’authenticité des expériences mystiques de la religieuse. Il devint son directeur spirituel et le premier apôtre de la dévotion au Sacré-Cœur, la propageant dans ses prédications et dans ses écrits. Son soutien fut déterminant pour Marguerite-Marie, qui trouva enfin quelqu’un capable de comprendre et de valider sa mission. Saint Claude La Colombière fut lui-même canonisé en 1992, et son lien spirituel avec Marguerite-Marie demeure l’un des exemples les plus beaux de collaboration entre deux âmes au service de Dieu.

La mort et la canonisation de sainte Marguerite-Marie

Une fin de vie consumée par l’amour

Les dernières années de Marguerite-Marie sont marquées par une santé déclinante et des souffrances physiques intenses qu’elle offre en union avec les souffrances du Christ. Elle est élue assistante de la supérieure, puis maîtresse des novices, fonctions qu’elle exerce avec une sagesse et une bonté qui transforment le monastère. Elle parvient enfin à établir la fête du Sacré-Cœur au sein de sa communauté en 1686. Le 17 octobre 1690, à l’âge de quarante-trois ans, elle rend son âme à Dieu en prononçant le nom de Jésus. Sa mort paisible, entourée de ses sœurs, est marquée par une sérénité lumineuse qui confirme la sainteté de sa vie. Son corps repose aujourd’hui dans la chapelle de la Visitation de Paray-le-Monial, lieu de pèlerinage incessant. Elle est béatifiée en 1864 par le pape Pie IX et canonisée le 13 mai 1920 par le pape Benoît XV. La fête liturgique du Sacré-Cœur, qu’elle avait tant désirée, est étendue à l’Église universelle dès 1856.

L’héritage spirituel de sainte Marguerite-Marie Alacoque

Une dévotion qui a transformé l’Église

L’héritage de sainte Marguerite-Marie Alacoque est immense et continue de rayonner dans l’Église catholique. La dévotion au Sacré-Cœur qu’elle a propagée est devenue l’une des pratiques spirituelles les plus répandues dans le monde. La fête du Sacré-Cœur, célébrée le vendredi suivant l’octave de la Fête-Dieu, rassemble des millions de fidèles. La pratique des neuf premiers vendredis du mois, l’Heure Sainte du jeudi soir et la consécration des familles au Sacré-Cœur sont autant de fruits de sa mission. La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, à Paris, érigée en réponse au vœu national de 1871, montre à quel point cette dévotion a durablement marqué la France. Paray-le-Monial est devenu un haut lieu de pèlerinage international qui accueille chaque été des dizaines de milliers de pèlerins lors des sessions de la Communauté de l’Emmanuel. Le message de Marguerite-Marie reste d’une actualité brûlante : dans un monde marqué par l’individualisme et la froideur spirituelle, la contemplation du Cœur aimant de Jésus offre un chemin de conversion, de consolation et d’espérance.

Prier avec sainte Marguerite-Marie Alacoque

Prière à sainte Marguerite-Marie Alacoque

Seigneur Jésus, Toi qui as daigné révéler à sainte Marguerite-Marie les richesses insondables de Ton Sacré-Cœur, accorde-nous, par son intercession, de grandir dans l’amour et la dévotion envers ce Cœur qui a tant aimé les hommes. Que nous puissions, à son exemple, nous offrir en victimes de réparation pour les péchés du monde et consoler Ton Cœur blessé par l’ingratitude des hommes. Sainte Marguerite-Marie, toi qui as enduré tant de souffrances pour faire connaître l’amour du Sacré-Cœur, intercède pour nous afin que nous soyons fidèles à la grâce et persévérants dans la prière. Obtiens-nous la grâce d’une véritable conversion du cœur et conduis-nous sur le chemin de la sainteté. Par le Christ notre Seigneur. Amen.

Neuvaine à sainte Marguerite-Marie Alacoque

La neuvaine à sainte Marguerite-Marie se prie pendant neuf jours consécutifs, de préférence du 7 au 15 octobre, veille de sa fête liturgique. Chaque jour, récitez la prière ci-dessus, suivie d’un Notre Père, d’un Je vous salue Marie et d’un Gloire au Père. Méditez chaque jour sur l’une des douze promesses du Sacré-Cœur et demandez à sainte Marguerite-Marie de vous aider à approfondir votre dévotion au Cœur de Jésus. Il est recommandé d’offrir une communion réparatrice pendant la neuvaine et de consacrer un temps d’adoration devant le Saint-Sacrement, en union avec les heures que Marguerite-Marie passait en contemplation devant son Époux divin.

Questions fréquentes

Quelles sont les apparitions du Sacré-Cœur à Paray-le-Monial ?

Entre 1673 et 1675, sainte Marguerite-Marie Alacoque reçut quatre apparitions majeures du Christ au monastère de la Visitation de Paray-le-Monial. Au cours de ces révélations, Jésus lui montra son Cœur brûlant d’amour, entouré d’une couronne d’épines et surmonté d’une croix. Il exprima son désir d’être aimé des hommes et demanda l’institution d’une fête en l’honneur de son Sacré-Cœur, ainsi qu’une pratique de communion réparatrice les premiers vendredis du mois.

Quelles sont les douze promesses du Sacré-Cœur ?

Les douze promesses du Sacré-Cœur sont des grâces que Jésus a promises à ceux qui pratiqueraient la dévotion à son Cœur sacré. Elles incluent notamment la paix dans les familles, la consolation dans les épreuves, un refuge sûr pendant la vie et à l’heure de la mort, les bénédictions divines sur toutes les entreprises, et surtout la grande promesse : la grâce de la persévérance finale et celle de ne pas mourir sans les sacrements pour ceux qui communient neuf premiers vendredis du mois consécutifs.

Quel est le lien entre sainte Marguerite-Marie et saint Claude La Colombière ?

Saint Claude La Colombière, jésuite, fut envoyé à Paray-le-Monial en 1675 comme supérieur de la résidence des jésuites. Devenu confesseur extraordinaire du monastère de la Visitation, il reconnut l’authenticité des expériences mystiques de Marguerite-Marie et devint son directeur spirituel. Il fut le premier à propager la dévotion au Sacré-Cœur en dehors du monastère et il contribua de manière décisive à la diffusion de ce message à travers l’Église. Il a été canonisé en 1992 par le pape Jean-Paul II.