Sainte Mère Teresa de Calcutta : vie et charité

Fête
5 septembre
Vie
1910 - 1997
Patron(ne) de
Missionnaires de la Charité, bénévoles, personnes en fin de vie
saints albanais charité XXe siècle Inde prix Nobel
Mère Teresa tenant un enfant dans ses bras
This Photo was taken by Timothy A. Gonsalves. Feel free to use my photos, but please mention me as …• CC BY-SA 4.0

Qui était Sainte Mère Teresa ?

Mère Teresa de Calcutta, née Anjezë Gonxhe Bojaxhiu, reste l’une des figures les plus admirées du XXe siècle. Religieuse albanaise naturalisée indienne, elle a donné sa vie aux « plus pauvres d’entre les pauvres » dans les bidonvilles de Calcutta. Elle a fondé les Missionnaires de la Charité et reçu le prix Nobel de la paix en 1979.

On connaît son image : une petite silhouette voûtée en sari blanc bordé de bleu. Ce visage ridé, ces mains noueuses, ce regard doux mais déterminé sont devenus le symbole même de la charité chrétienne. Pourtant, derrière cette icône se cachait une femme tourmentée. Pendant des décennies, elle a traversé une « nuit de la foi » dont la révélation après sa mort a bouleversé notre compréhension de sa sainteté.

Canonisée par le pape François le 4 septembre 2016, Mère Teresa nous enseigne quelque chose de profondément dérangeant : la sainteté n’est pas l’absence de souffrance intérieure, mais la fidélité à l’amour malgré l’obscurité. « Je ne suis qu’un petit crayon dans la main de Dieu », disait-elle. Un crayon qui a écrit l’une des plus belles pages de l’histoire de l’Église.

Le XXe siècle des extrêmes

Les Balkans et l’Albanie en ébullition

Anjezë Bojaxhiu naît en 1910 à Skopje, alors dans l’Empire ottoman (aujourd’hui en Macédoine du Nord). Sa famille est albanaise et catholique, une minorité dans cette région où dominent l’orthodoxie et l’islam. Les Balkans sont à cette époque une poudrière. Deux ans après la naissance d’Anjezë, ils exploseront en guerres successives avant d’entraîner l’Europe entière dans la Première Guerre mondiale.

L’Albanie accède à l’indépendance en 1912, mais la région reste profondément instable. La famille Bojaxhiu, commerçants aisés, connaît des revers de fortune. Le père d’Anjezë meurt en 1919. La cause exacte reste débattue, mais on soupçonne un empoisonnement pour des raisons politiques. Anjezë a neuf ans.

L’Inde coloniale puis indépendante

Quand Mère Teresa arrive en Inde en 1929, le sous-continent est encore sous domination britannique. Le mouvement indépendantiste de Gandhi gagne en puissance. L’Inde accédera à l’indépendance en 1947, dans le chaos sanglant de la partition avec le Pakistan.

Calcutta, grande métropole du Bengale, concentre alors toute la misère urbaine du monde : des millions de réfugiés affluent, les bidonvilles s’étendent sans fin, la faim ronge les corps, la maladie frappe, des hommes et des femmes meurent dans la rue sans que personne ne s’arrête. C’est dans cet enfer que Mère Teresa trouvera sa vocation définitive.

Vie et jeunesse d’Anjezë Bojaxhiu

Une enfance façonnée par la charité

Anjezë Gonxhe Bojaxhiu naît le 26 août 1910 à Skopje. Son père, Nikollë Bojaxhiu, est un commerçant prospère. Sa mère, Dranafile, est une femme pieuse qui prend la charité au sérieux. Anjezë est la cadette de trois enfants.

La famille vit sa foi catholique avec intensité. Dranafile enseigne très tôt à ses enfants que servir les pauvres, c’est servir le Christ lui-même. « Ma fille, disait-elle, ne mange jamais une bouchée qui ne soit partagée avec les autres. » Cette phrase, Anjezë ne l’oubliera jamais. Elle irriguera toute sa vie.

À la mort de son père, Dranafile doit travailler pour subvenir aux besoins de la famille. Malgré les difficultés, elle continue à aider ceux qui ont moins qu’elle, offrant à ses enfants l’exemple concret de la charité en actes.

L’appel missionnaire

Dès l’âge de douze ans, Anjezë ressent l’appel à la vie religieuse. Elle dévore les lettres de missionnaires jésuites envoyés en Inde, s’intéresse passionnément à leur travail. À dix-huit ans, sa décision est ferme : elle sera missionnaire. Rien ne la fera changer d’avis.

En 1928, elle quitte sa famille pour rejoindre les Sœurs de Lorette, une congrégation irlandaise présente en Inde. Ce départ est un arrachement définitif. Elle ne reverra jamais sa mère ni sa sœur. « Quand je suis partie, je n’avais que Jésus et j’avais fait le sacrifice de tout. » Elle a dix-huit ans. Elle ne sait pas encore ce qui l’attend.

Noviciat et premiers vœux

Anjezë passe d’abord quelques mois en Irlande pour apprendre l’anglais. Puis elle est envoyée en Inde, à Darjeeling, pour son noviciat. Elle choisit le nom de Sœur Marie-Thérèse, en l’honneur de Thérèse de Lisieux, patronne des missions. Ce choix n’est pas anodin : la « petite voie » de Thérèse, faite de gestes humbles et d’amour quotidien, marquera profondément sa spiritualité.

En 1931, elle prononce ses premiers vœux. On l’envoie à Calcutta, au couvent de Lorette Entally, où elle enseigne la géographie et l’histoire à des jeunes filles de bonne famille. Pendant dix-sept ans, elle mènera cette vie d’enseignante, finissant par devenir directrice de l’école. Une vie confortable, protégée par les murs du couvent, à l’abri de la misère qui gronde juste derrière les grilles.

L’appel dans l’appel

Le 10 septembre 1946

Le 10 septembre 1946, dans le train qui l’emmène à Darjeeling pour sa retraite annuelle, Mère Teresa vit l’expérience qui va tout changer. Elle entend la voix de Jésus. Pas une vague intuition, pas un sentiment diffus : un ordre clair, précis, impérieux.

« Le message était limpide, racontera-t-elle. Je devais quitter le couvent et aider les pauvres en vivant parmi eux. C’était un ordre. Je savais où je devais être, mais je ne savais pas comment y arriver. »

Cet « appel dans l’appel », comme elle le nomme, la lance sur une voie entièrement nouvelle. Mais il lui faudra deux ans de patience, de démarches et d’obéissance pour obtenir les autorisations nécessaires de sa hiérarchie. Deux ans pendant lesquels elle ronge son frein, certaine de sa mission, incapable encore de l’accomplir.

Les premiers pas dans les bidonvilles

En août 1948, Mère Teresa obtient enfin l’autorisation de quitter son couvent. Elle troque son habit de Lorette contre un simple sari blanc bordé de bleu, le vêtement des femmes pauvres de l’Inde. Elle suit une formation accélérée d’infirmière chez les Sœurs Médicales Missionnaires.

Puis elle plonge dans les bidonvilles de Calcutta. Elle ouvre une école en plein air pour les enfants pauvres, traçant les lettres de l’alphabet dans la boue avec un bâton. Elle soigne les malades, lave les plaies, accompagne les mourants. Elle vit de la mendicité et dort dans des conditions précaires. Les premiers jours sont les plus durs. Elle est seule, sans moyens, sans repères.

« Nos seigneurs et maîtres, les pauvres », dit-elle. Dans chaque miséreux, elle reconnaît le Christ. « Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites. » Cette conviction n’est pas une métaphore pour Mère Teresa. C’est une réalité littérale qui guide chacun de ses gestes.

Les Missionnaires de la Charité

La naissance d’une congrégation

Rapidement, des jeunes femmes la rejoignent. En octobre 1950, le pape Pie XII approuve la nouvelle congrégation : les Missionnaires de la Charité. Aux trois vœux traditionnels de pauvreté, chasteté et obéissance, les sœurs ajoutent un quatrième vœu, celui qui fait toute leur originalité : le service gratuit et de tout cœur aux plus pauvres d’entre les pauvres.

La règle est austère. Lever à 4h40. Plusieurs heures de prière quotidienne. Aucune possession personnelle. Nourriture simple. Travail sans relâche auprès des pauvres. Les sœurs vivent exactement comme ceux qu’elles servent. Cette radicalité n’est pas une posture. C’est une exigence spirituelle : comment prétendre servir les pauvres en vivant dans le confort ?

Les maisons de Calcutta

En 1952, Mère Teresa ouvre le « Nirmal Hriday » (Cœur Pur), un hospice pour les mourants abandonnés. Dans un ancien temple hindou mis à disposition par la municipalité, elle accueille ceux qui agonisent dans la rue, ceux que personne ne regarde plus, ceux que la ville enjambe. « Ils doivent mourir comme des anges », dit-elle. Pas dans le caniveau.

Puis viennent d’autres fondations. Le « Shishu Bhavan » (Maison de l’Enfant) recueille les bébés abandonnés. Le « Shanti Nagar » (Cité de la Paix) accueille les lépreux dans un village conçu pour eux. Chaque institution répond à une misère spécifique, chaque maison est un acte de foi concret.

L’expansion mondiale

À partir de 1965, les Missionnaires de la Charité franchissent les frontières de l’Inde. Le Venezuela d’abord, puis la Tanzanie, les États-Unis, l’Europe. À la mort de Mère Teresa, la congrégation compte plus de 4 000 religieuses réparties dans 610 maisons, présentes dans 123 pays. Un réseau de charité qui couvre le globe.

Une branche masculine est fondée en 1963, une branche contemplative en 1976. Des laïcs s’engagent à travers les « Collaborateurs de Mère Teresa », étendant la mission bien au-delà des seules religieuses.

La nuit de la foi

Cinquante ans d’obscurité intérieure

Après la mort de Mère Teresa, la publication de sa correspondance spirituelle a provoqué un choc. Pendant près de cinquante ans, de 1948 à sa mort, cette femme que le monde entier associait à la joie et à la confiance avait traversé une terrible sécheresse spirituelle.

« Il y a une telle obscurité en moi, comme si tout était mort, écrit-elle. Le silence et le vide sont si grands que je regarde et ne vois pas, j’écoute et n’entends pas. » Dieu lui semblait absent. Le ciel, vide. La foi, impossible à ressentir. Cinquante ans.

Cette « nuit de la foi », comparable à celle de Thérèse de Lisieux, ne l’a jamais fait dévier de sa mission. Pas un seul jour. Extérieurement rayonnante de joie et de confiance, elle portait intérieurement un poids immense. Sa sainteté en devient encore plus saisissante : elle a persévéré dans l’amour sans jamais recevoir la moindre consolation sensible.

L’union aux pauvres par la souffrance

Avec le temps, Mère Teresa en est venue à interpréter cette obscurité comme une participation à la souffrance des plus pauvres. Les abandonnés qu’elle recueillait ne souffraient pas seulement dans leur corps. Ils souffraient aussi dans leur âme : rejetés, oubliés, privés d’espérance. En partageant leur nuit intérieure, elle s’unissait à eux d’une manière que personne ne soupçonnait.

« Je suis arrivée à aimer l’obscurité, écrit-elle vers la fin de sa vie. Car je crois maintenant qu’elle est une partie, une très petite partie, de l’obscurité et de la souffrance de Jésus sur terre. » Cette phrase renverse toutes nos idées sur la sainteté.

Mort et canonisation

Les dernières années sous les projecteurs

Les années 1980 et 1990 apportent à Mère Teresa une célébrité mondiale qu’elle n’a jamais cherchée. Le prix Nobel de la paix en 1979. Des rencontres avec les chefs d’État du monde entier. Des documentaires, des articles, des couvertures de magazines. Elle accepte tout, mais pour une seule raison : chaque caméra, chaque micro lui donne l’occasion de parler des pauvres et de Jésus.

Sa santé décline sérieusement. Plusieurs crises cardiaques l’affaiblissent. Elle démissionne de sa charge de supérieure en 1997, mais continue à travailler jusqu’à ses derniers jours. On ne l’arrête pas facilement.

Le 5 septembre 1997, Mère Teresa meurt à Calcutta. Le gouvernement indien lui accorde des funérailles nationales, un honneur exceptionnel pour une religieuse étrangère. Son corps repose à la Maison Mère des Missionnaires de la Charité, à Calcutta, dans la simplicité qui a marqué toute sa vie.

Une canonisation rapide

Le processus de béatification commence dès 1999, par dérogation au délai habituel de cinq ans. L’Église reconnaît l’urgence. Mère Teresa est béatifiée par Jean-Paul II le 19 octobre 2003, après la reconnaissance d’un premier miracle, la guérison inexpliquée d’une tumeur abdominale chez une femme indienne.

Un second miracle est reconnu en 2015 : la guérison d’un Brésilien atteint de tumeurs cérébrales multiples. Le 4 septembre 2016, le pape François canonise Mère Teresa place Saint-Pierre, devant 120 000 fidèles venus du monde entier. La petite Anjezë de Skopje est désormais sainte.

Prier avec Mère Teresa

Prière de Mère Teresa

Le fruit du silence est la prière. Le fruit de la prière est la foi. Le fruit de la foi est l’amour. Le fruit de l’amour est le service. Le fruit du service est la paix.

Prière à Sainte Mère Teresa

Sainte Mère Teresa, toi qui as vu le Christ dans le visage des plus pauvres, ouvre nos yeux à la misère qui nous entoure. Toi qui as persévéré dans la foi malgré l’obscurité, soutiens-nous dans nos doutes. Toi qui as tout donné aux plus petits, apprends-nous la vraie charité. Intercède pour les mourants, les abandonnés, les oubliés. Sainte Mère Teresa, priez pour nous. Amen.

Questions fréquentes

Pourquoi Mère Teresa a-t-elle reçu le prix Nobel de la paix ?

Mère Teresa a reçu le prix Nobel de la paix en 1979 « pour son travail visant à surmonter la pauvreté et la détresse, qui constituent aussi une menace pour la paix ». Elle a refusé le traditionnel banquet de remise du prix, demandant que l’argent soit donné aux pauvres de Calcutta. Son discours d’acceptation fut un plaidoyer pour la vie et contre l’avortement, ce qui a suscité la controverse dans les milieux progressistes mais illustré sa cohérence absolue.

Qu’est-ce que la « nuit de la foi » de Mère Teresa ?

Après la mort de Mère Teresa, la publication de ses lettres spirituelles a révélé qu’elle avait traversé pendant près de cinquante ans une profonde sécheresse spirituelle. Elle se sentait abandonnée de Dieu, privée de toute consolation dans la prière. Cette épreuve, qu’elle a fini par accepter comme une participation aux souffrances des plus pauvres, n’a jamais entamé sa charité ni sa fidélité. Bien des théologiens y voient la preuve la plus convaincante de sa sainteté.

Comment visiter les lieux liés à Mère Teresa ?

La Maison Mère des Missionnaires de la Charité, au 54A A.J.C. Bose Road à Calcutta (Kolkata), est ouverte aux visiteurs. On peut y voir la chambre de Mère Teresa, restée intacte, et prier sur son tombeau. L’hospice Nirmal Hriday, situé près du temple de Kali, et le Shishu Bhavan peuvent également être visités. À Skopje (Macédoine du Nord), un mémorial a été érigé à l’emplacement de sa maison natale. Le pèlerinage vaut le détour pour qui veut comprendre l’ampleur de son engagement.