Sainte Odile d'Alsace : patronne et protectrice

Fête
14 décembre
Vie
662 - 720
Patron(ne) de
Alsace, aveugles
saints français Alsace abbesse VIIe siècle
Sainte Odile d'Alsace tenant un livre ouvert surmonté de deux yeux, symbole de sa guérison miraculeuse
Bernard Chenal• CC BY-SA 4.0

Qui était sainte Odile d’Alsace ?

Sainte Odile d’Alsace est l’une des figures les plus vénérées de la tradition chrétienne en Alsace et dans toute l’Europe rhénane. Née vers 662, probablement à Obernai, cette fille du duc Etichon (ou Adalric) d’Alsace vint au monde frappée de cécité. Son père, puissant seigneur mérovingien, considéra cette infirmité comme une malédiction et ordonna qu’on la fasse disparaître. Sauvée par sa mère et confiée à un monastère, la petite Odile fut miraculeusement guérie de sa cécité lors de son baptême ; elle reçut la vue en même temps que la lumière de la foi. Cette guérison fit d’elle un signe vivant de la grâce divine. Devenue abbesse, elle fonda le monastère de Hohenbourg au sommet de la montagne qui porte aujourd’hui son nom, le Mont Sainte-Odile, l’un des lieux de pèlerinage les plus fréquentés de France. Patronne de l’Alsace et protectrice des aveugles et des malvoyants, sainte Odile est fêtée le 14 décembre. Son sanctuaire, perché à près de huit cents mètres d’altitude au-dessus de la plaine d’Alsace, accueille chaque année plus d’un million de visiteurs et de pèlerins venus du monde entier.

L’Alsace mérovingienne au VIIe siècle

Le duché d’Alsace sous les Mérovingiens

Le VIIe siècle en Alsace est une période de profondes transformations politiques et religieuses. L’Alsace, intégrée au royaume franc depuis la chute de l’Empire romain, constitue un duché puissant au sein du royaume d’Austrasie. Le père de sainte Odile, le duc Etichon (ou Adalric), est l’un des personnages les plus influents de cette époque. Fondateur de la dynastie des Etichonides, il règne sur l’Alsace avec une autorité quasi royale et contrôle un territoire qui s’étend des Vosges au Rhin. Sa famille est apparentée aux grandes familles de l’aristocratie franque, et ses descendants gouverneront l’Alsace pendant plus d’un siècle.

Sur le plan religieux, la christianisation de l’Alsace, commencée dès l’époque romaine, se poursuit activement au VIIe siècle sous l’impulsion des évêques de Strasbourg et des moines missionnaires irlandais et anglo-saxons. Les fondations monastiques se multiplient dans toute la région et contribuent largement à la diffusion de la foi, au défrichement des terres, au développement de l’agriculture et à la transmission de la culture écrite. C’est dans ce contexte de ferveur religieuse et de dynamisme monastique que s’inscrit la fondation du monastère de Hohenbourg par sainte Odile.

L’Alsace du VIIe siècle est aussi un carrefour culturel et commercial, situé au croisement des mondes roman et germanique. Strasbourg, l’ancienne Argentoratum romaine, est déjà une ville importante et le siège d’un évêché influent. La plaine du Rhin, fertile et bien irriguée, nourrit une population en croissance. Les Vosges, couvertes de forêts immenses, abritent des communautés d’ermites et de moines qui cherchent dans la solitude de la montagne la proximité de Dieu. C’est précisément au sommet de l’une de ces montagnes vosgiennes, dominant la plaine d’Alsace, que sainte Odile établira son monastère et transformera un ancien site fortifié en un phare de spiritualité chrétienne.

Vie et enfance de sainte Odile d’Alsace

La naissance d’une enfant rejetée

L’histoire de sainte Odile commence dans le drame. Vers 662, la duchesse Bereswinde, épouse du puissant duc Etichon d’Alsace, donne naissance à une petite fille. La joie attendue est immédiatement assombrie par une découverte terrible : l’enfant est aveugle. Dans la mentalité de l’époque mérovingienne, la cécité congénitale est perçue comme le signe d’une malédiction divine, un opprobre jeté sur la famille. Pour un seigneur aussi orgueilleux et puissant que le duc Etichon, avoir un enfant infirme représente une humiliation insupportable.

Furieux, le duc ordonne que l’enfant soit supprimée. La duchesse Bereswinde, désespérée, parvient à sauver sa fille en la confiant secrètement à une servante fidèle, qui l’emmène loin du palais ducal. L’enfant est conduite au monastère de Palma, peut-être le monastère de Baume-les-Dames en Franche-Comté, ou celui de Balme près de Besançon, où elle est recueillie et élevée par les religieuses. Cette mise à l’écart, motivée par la cruauté paternelle, se transforme providentiellement en un lieu de grâce : c’est dans le silence et la prière du monastère que la petite Odile va grandir dans la foi et la piété.

Le miracle du baptême et la guérison de la cécité

L’événement central de l’enfance d’Odile est sa guérison miraculeuse lors de son baptême. Selon la tradition, l’enfant n’avait pas encore été baptisée lorsqu’elle arriva au monastère. Un évêque itinérant, saint Erhard de Ratisbonne, averti par une vision divine, se rend au monastère pour baptiser la jeune fille. Au moment où l’eau baptismale touche son front et que le saint chrême oint ses yeux, Odile ouvre les paupières pour la première fois et voit la lumière du jour. Ce miracle associe de manière indissociable la naissance à la foi et la naissance à la vue. Il donne à Odile le nom qu’elle portera désormais : Odile, du germanique « od » signifiant richesse, lumière, bonheur.

La nouvelle de ce prodige se répand rapidement dans toute la région. Au monastère, la jeune Odile grandit en âge, en sagesse et en sainteté. Elle apprend à lire les Écritures, à chanter les psaumes et à mener une vie de prière et de pénitence. Sa personnalité est marquée par une joie profonde et une gratitude inépuisable envers Dieu qui l’a arrachée aux ténèbres pour la conduire vers la lumière. Cette expérience fondatrice de la cécité et de la guérison nourrit en elle une compassion particulière pour les souffrants et les exclus, qu’elle manifestera tout au long de sa vie d’abbesse.

La réconciliation avec le duc Etichon et la vocation monastique

Le retour en Alsace et le pardon du père

La réconciliation entre Odile et son père constitue l’un des épisodes les plus émouvants de sa vie. Après de longues années d’éloignement, le frère d’Odile, Hugues, persuade son père de permettre le retour de sa sœur en Alsace. Selon certaines versions de la légende, le duc Etichon, informé de la guérison miraculeuse de sa fille, commence à regretter sa dureté passée. Cependant, lorsque Hugues ramène Odile au palais ducal sans attendre l’autorisation formelle de son père, le duc entre dans une colère noire et frappe son fils si violemment que le jeune homme en meurt (ou, selon d’autres versions, est grièvement blessé).

Ce drame secoue profondément le duc Etichon. Rongé par le remords, il finit par accueillir Odile et se réconcilie avec elle. Touché par la foi et la douceur de sa fille, il lui offre son château de Hohenbourg, situé au sommet de la montagne, pour qu’elle y fonde un monastère. Ce geste de réparation marque un tournant dans la vie d’Etichon comme dans celle d’Odile. La tradition rapporte que le duc lui-même finit par se convertir sincèrement et abandonna la brutalité qui avait caractérisé sa jeunesse. Sainte Odile priera pour le salut de l’âme de son père après sa mort et obtiendra, selon la légende, sa délivrance du purgatoire. Cet épisode rappelle la puissance de la miséricorde divine et la force du pardon filial.

L’œuvre monastique et les miracles de sainte Odile

La fondation de Hohenbourg

La fondation du monastère de Hohenbourg, au sommet de ce qui deviendra le Mont Sainte-Odile, constitue l’œuvre principale de la vie de sainte Odile. Vers 680, la jeune femme transforme l’ancienne forteresse romaine et mérovingienne en un monastère florissant, dédié à la Vierge Marie. Sous sa direction, le couvent attire rapidement de nombreuses vocations. La règle de vie qu’Odile impose à ses religieuses est exigeante mais empreinte de charité : prière liturgique (l’office divin scandant les heures du jour et de la nuit), travail manuel, étude des Écritures, et accueil des pèlerins et des pauvres.

Le monastère de Hohenbourg devient rapidement l’un des centres spirituels les plus importants de l’Alsace et de toute la vallée du Rhin. Sa position géographique au sommet d’une montagne dominant la plaine d’Alsace, avec un panorama qui s’étend de la Forêt-Noire aux Alpes par temps clair, en fait un lieu de contemplation naturelle qui élève l’âme vers Dieu. Odile y accueille des pèlerins de toute la région, et sa réputation de sainteté attire des visiteurs de plus en plus lointains.

Le monastère de Niedermunster et la source miraculeuse

Soucieuse d’accueillir les pèlerins malades et les personnes âgées qui ne pouvaient pas gravir la montagne jusqu’à Hohenbourg, sainte Odile fonde un second monastère, Niedermunster (le « monastère d’en bas »), au pied de la montagne. Ce monastère, doté d’un hospice, traduit la charité concrète d’Odile et son attention aux besoins réels des personnes les plus vulnérables. Elle y organise l’accueil des malades, des indigents et des voyageurs, conformément à la tradition monastique de l’hospitalité chrétienne.

La tradition attribue à sainte Odile plusieurs miracles, dont le plus célèbre est celui de la source miraculeuse. Un jour qu’Odile se promenait sur les pentes de la montagne, elle rencontra un aveugle épuisé par la soif et la fatigue. Prise de compassion, elle frappa le rocher de son bâton de pèlerin, et une source d’eau claire jaillit aussitôt. Le malade se lava les yeux avec cette eau et recouvra instantanément la vue. Cette source, appelée « source de Sainte-Odile », coule encore aujourd’hui au flanc de la montagne. Des centaines de personnes viennent chaque année s’y laver les yeux en invoquant la protection de sainte Odile pour les maladies oculaires. D’autres miracles sont attribués à la sainte : guérisons de malades, protection de la communauté contre les épidémies et les pillards, et même le pouvoir de calmer les tempêtes qui menacent les récoltes des paysans de la plaine.

Sainte Odile est aussi reconnue pour son intense vie de prière. On raconte qu’elle passait des nuits entières en oraison dans la chapelle du monastère, prosternée sur les dalles froides, les bras en croix. Sa dévotion à la Passion du Christ et à la Vierge Marie était particulièrement ardente. Elle imposait à sa communauté un rythme de prière soutenu, mais elle était la première à en donner l’exemple et vivait dans un dépouillement exemplaire malgré ses origines princières.

La mort et le culte de sainte Odile

Le passage vers la lumière éternelle

Sainte Odile meurt vers 720, après avoir gouverné son monastère pendant environ quarante ans. Les circonstances de sa mort, rapportées par la tradition hagiographique, sont empreintes d’une beauté surnaturelle. Sentant sa fin approcher, Odile rassemble ses religieuses autour d’elle et leur adresse un dernier enseignement sur la charité et la fidélité à la règle monastique. Puis elle demande qu’on lui apporte le Saint-Sacrement pour recevoir une dernière communion. Ses sœurs, troublées par l’émotion, tardent à exécuter sa demande. Selon la légende, le calice contenant le sang du Christ apparaît alors miraculeusement entre les mains d’Odile, ce qui lui permet de communier une dernière fois avant de rendre paisiblement son âme à Dieu.

Elle est inhumée dans la chapelle du monastère de Hohenbourg, dans un sarcophage de pierre que l’on peut encore voir aujourd’hui dans la chapelle des Larmes du Mont Sainte-Odile. Son culte se développe immédiatement après sa mort et se répand dans toute l’Alsace, la Rhénanie, la Suisse et au-delà. Comme pour de nombreux saints de l’époque mérovingienne, sa canonisation relève de la vénération populaire et de la reconnaissance par les autorités ecclésiastiques locales, bien avant l’institution de la procédure formelle de canonisation pontificale. Sa fête est fixée au 14 décembre, date traditionnellement associée à son dies natalis, son « jour de naissance au ciel ».

L’héritage spirituel de sainte Odile d’Alsace

La lumière qui vient des ténèbres

L’héritage spirituel de sainte Odile est d’une profondeur remarquable. Son histoire personnelle, celle d’une enfant rejetée à cause de son handicap et sauvée par la grâce divine, parle avec une force particulière à notre époque où la question de l’accueil des personnes handicapées et vulnérables se pose avec acuité. Sainte Odile porte en elle la conviction chrétienne fondamentale que la faiblesse humaine, loin d’être une malédiction, peut devenir le lieu privilégié de la manifestation de la puissance de Dieu. « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse », écrit saint Paul, et la vie de sainte Odile en est peut-être l’illustration la plus lumineuse.

Le Mont Sainte-Odile est aujourd’hui le lieu spirituel le plus fréquenté de l’Alsace. Confié aux sœurs de la Croix, puis géré par le diocèse de Strasbourg, il accueille chaque année plus d’un million de visiteurs. Les pèlerins y viennent pour prier dans la chapelle où repose le tombeau de la sainte, pour se recueillir devant les mosaïques modernes qui racontent sa vie, et pour boire l’eau de la source miraculeuse. Le Mont Sainte-Odile est aussi un lieu de beauté naturelle exceptionnelle, avec le mystérieux mur païen qui ceint le sommet de la montagne, vestige d’une fortification antique dont l’origine exacte fait encore débat parmi les archéologues.

Prier avec sainte Odile d’Alsace

Prière à sainte Odile d’Alsace

Ô sainte Odile, patronne bien-aimée de l’Alsace, toi qui es née dans les ténèbres de la cécité et que le Seigneur a comblée de la lumière de la foi et de la vue, nous venons à toi avec confiance. Intercède pour nous auprès de Dieu afin qu’il ouvre les yeux de notre âme à la beauté de son amour. Toi qui as pardonné à ton père et transformé son château en une demeure de prière, apprends-nous le pardon et la miséricorde. Protège l’Alsace, ta terre bien-aimée, et tous ceux qui viennent en pèlerinage sur ta sainte montagne. Accorde ta protection particulière aux aveugles, aux malvoyants et à tous ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme. Que par ton intercession, nous marchions toujours dans la lumière du Christ et que nous parvenions un jour à contempler la face de Dieu dans la gloire éternelle. Amen.

Neuvaine à sainte Odile d’Alsace

La neuvaine à sainte Odile se prie pendant neuf jours consécutifs, du 5 au 13 décembre, la veille de sa fête liturgique le 14 décembre. On peut la prier chez soi ou, idéalement, au Mont Sainte-Odile même. Chaque jour, on commence par le signe de la croix et on récite la prière ci-dessus, suivie d’un Notre Père, d’un Je vous salue Marie et d’un Gloire au Père. On médite ensuite sur un aspect de la vie de sainte Odile : le premier jour, sa naissance dans l’épreuve ; le deuxième, son baptême et sa guérison miraculeuse ; le troisième, ses années de formation au monastère ; le quatrième, la réconciliation avec son père ; le cinquième, la fondation de Hohenbourg ; le sixième, sa charité envers les pauvres et les malades ; le septième, ses miracles et la source guérisseuse ; le huitième, sa vie de prière et de pénitence ; le neuvième, sa mort sainte et sa gloire céleste. On termine chaque jour en invoquant sainte Odile pour les intentions personnelles, en particulier pour les problèmes de vue et pour la protection de la famille.

Questions fréquentes

Pourquoi sainte Odile est-elle la patronne de l’Alsace ?

Sainte Odile est la patronne de l’Alsace en raison de son lien indissoluble avec cette terre. Fille du duc d’Alsace, fondatrice du monastère de Hohenbourg au sommet de la montagne qui porte désormais son nom, elle a marqué l’histoire spirituelle de la région d’une empreinte indélébile. Son sanctuaire au Mont Sainte-Odile est le lieu de pèlerinage le plus important d’Alsace depuis plus de treize siècles. Le peuple alsacien la considère comme sa mère spirituelle et sa protectrice, et il l’invoque dans les moments de détresse nationale comme lors des guerres et des épidémies. Le pape Léon IX, lui-même alsacien, a confirmé son culte au XIe siècle.

La source de Sainte-Odile guérit-elle vraiment les yeux ?

La source miraculeuse de Sainte-Odile, qui jaillit au flanc de la montagne, est depuis des siècles un lieu de dévotion populaire pour les personnes souffrant de maladies oculaires. De nombreux récits de guérisons ou d’améliorations ont été rapportés au fil des siècles, bien que l’Église n’ait pas prononcé de reconnaissance officielle de miracles liés à cette source. La foi des pèlerins qui viennent s’y laver les yeux exprime la confiance du peuple chrétien en l’intercession de sainte Odile. L’Église invite les fidèles à prier avec foi tout en recourant aux soins médicaux appropriés.

Comment se rendre au Mont Sainte-Odile ?

Le Mont Sainte-Odile est situé à environ cinquante kilomètres au sud-ouest de Strasbourg, sur la commune d’Ottrott, dans le Bas-Rhin. On y accède par une route départementale sinueuse qui monte à travers la forêt vosgienne. Le sanctuaire est ouvert toute l’année et propose des messes quotidiennes, des temps d’adoration et un accueil pour les pèlerins et les retraitants. On peut y visiter la chapelle de la Croix, la chapelle des Larmes où se trouve le tombeau de sainte Odile, le cloître et le chemin de croix extérieur. Le sentier qui mène à la source miraculeuse part du monastère et descend à travers la forêt. Le site offre également un panorama exceptionnel sur la plaine d’Alsace, la Forêt-Noire et, par temps clair, les Alpes suisses.