Sainte Thérèse Couderc : fondatrice du Cénacle

Fête
26 septembre
Vie
1805 - 1885
Patron(ne) de
retraites spirituelles
saints français fondatrice XIXe siècle Cénacle Ardèche
Sainte Thérèse Couderc en prière dans la contemplation et le recueillement
FredSeiller• CC BY-SA 4.0

Qui était sainte Thérèse Couderc ?

Sainte Thérèse Couderc a fondé la Congrégation des Religieuses de Notre-Dame du Cénacle, un institut entièrement consacré aux retraites spirituelles et à l’accompagnement des âmes. Née Marie-Victoire Couderc en 1805 au Mas, dans la commune de Sablières en Ardèche, cette fille de paysans ardéchois a connu un destin spirituel extraordinaire. Après avoir fondé et dirigé l’œuvre du Cénacle à La Louvesc, lieu de pèlerinage dédié à saint Jean-François Régis, elle a été progressivement écartée de la direction de sa propre congrégation. Pendant près de quarante ans, elle a vécu comme une simple religieuse. Cette épreuve terrible, portée dans un silence admirable et un abandon total à la volonté de Dieu, constitue le cœur même de sa spiritualité. Thérèse Couderc a vécu le mystère de la dépossession chrétienne dans sa forme la plus radicale : tout perdre pour tout recevoir de Dieu. Le pape Paul VI l’a canonisée en 1970. Elle reste une figure de sainteté discrète mais profonde, dont le message résonne avec force dans un monde attaché au pouvoir et à la reconnaissance. Les Sœurs du Cénacle poursuivent aujourd’hui son œuvre sur les cinq continents et accompagnent des milliers de retraitants chaque année.

Contexte historique : l’Ardèche catholique au XIXe siècle

Une terre de foi rurale et profonde

L’Ardèche du début du XIXe siècle est une terre de contrastes. Ce département montagneux du sud-est de la France, marqué par un relief escarpé et un isolement géographique, est resté profondément attaché à la foi catholique malgré les bouleversements de la Révolution française. Les campagnes ardéchoises, peuplées de paysans rudes et laborieux, vivent au rythme des saisons et des fêtes liturgiques. L’Église y conserve une influence considérable, et la pratique religieuse est quasi unanime. Les familles sont nombreuses. La vie est dure. La foi est le socle de l’existence quotidienne. Les prêtres occupent une place centrale dans les communautés villageoises : pasteurs, conseillers et parfois médiateurs dans les conflits locaux. C’est dans ce terreau de foi populaire, austère et sincère, que naît Marie-Victoire Couderc.

La Louvesc, lieu de pèlerinage

Le village de La Louvesc, situé dans les montagnes de l’Ardèche à plus de mille mètres d’altitude, occupe une place singulière dans la géographie spirituelle de la France. C’est là que mourut en 1640 le père Jean-François Régis, jésuite missionnaire infatigable qui évangélisa les populations rurales du Vivarais et du Velay. Son tombeau devint rapidement un lieu de pèlerinage très fréquenté. Des dizaines de milliers de pèlerins venaient chaque année. En 1826, le père Étienne Terme, curé de Lalouvesc, conçut le projet d’accueillir les femmes pèlerines dans un établissement dédié. Son idée : leur offrir un hébergement décent et l’occasion de faire une retraite spirituelle. C’est pour réaliser ce projet qu’il fit appel à de jeunes femmes ardéchoises, parmi lesquelles Marie-Victoire Couderc. Il jetait ainsi les bases de ce qui deviendrait la Congrégation du Cénacle. Le Cénacle naît donc d’une rencontre concrète entre un besoin pastoral et la générosité de jeunes femmes de la campagne, prêtes à se donner entièrement au service des âmes.

Vie et enfance de sainte Thérèse Couderc

L’enfance au Mas de Sablières

Marie-Victoire Couderc naît le 1er février 1805 au hameau du Mas, dans la commune de Sablières, un village perdu dans les gorges escarpées de l’Ardèche méridionale. Elle est la troisième des douze enfants de Claude Couderc et de Marie Buisson, agriculteurs modestes mais profondément chrétiens. La famille vit dans une maison de pierre typique des Cévennes ardéchoises, cultive les châtaigneraies et élève quelques bêtes sur les pentes abruptes des montagnes. L’enfance de Marie-Victoire ressemble à celle de toutes les petites paysannes ardéchoises : travaux des champs, vie communautaire intense, messe dominicale et prière familiale le soir. Rien ne la distingue apparemment de ses compagnes, si ce n’est une piété particulièrement vive et un caractère à la fois doux et résolu. Son entourage en est impressionné.

L’éducation et les premiers appels

Marie-Victoire reçoit son instruction élémentaire à l’école des sœurs de Saint-Joseph, établie dans le village voisin de Sablières. C’est là qu’elle apprend à lire, à écrire et à compter, tout en approfondissant sa formation chrétienne. Sa première communion éveille en elle un désir profond de vie consacrée. Elle manifeste déjà ce qui deviendra le trait caractéristique de sa spiritualité : un attrait pour le silence, le recueillement et la vie intérieure qui contraste avec l’agitation de la vie rurale. Lorsque le père Terme lance un appel pour trouver de jeunes femmes disposées à se consacrer à l’accueil des pèlerines à La Louvesc, Marie-Victoire, alors âgée de vingt et un ans, répond sans hésiter. Elle quitte sa famille et son village natal en novembre 1826 et gravit les montagnes de l’Ardèche pour rejoindre La Louvesc. Ce départ l’arrache à un univers familier et sécurisant. Il faut un courage remarquable à une jeune paysanne qui n’a jamais quitté sa vallée. En entrant dans la communauté naissante, elle prend le nom de Thérèse.

La fondation du Cénacle et les premières années

Les débuts à La Louvesc

À La Louvesc, Thérèse Couderc rejoint une petite communauté de jeunes femmes rassemblées par le père Terme pour accueillir les pèlerines du tombeau de saint Jean-François Régis. Les conditions sont précaires : l’hébergement est rudimentaire, les ressources manquent, et tout est à inventer. Mais Thérèse se distingue rapidement par ses qualités de cœur et d’organisation. Elle est nommée supérieure de la communauté dès 1828, à vingt-trois ans seulement. Sous sa direction, la petite œuvre se développe et se structure. Les pèlerines ne sont plus seulement hébergées ; elles reçoivent désormais de véritables retraites spirituelles, accompagnées de conférences, de méditations et d’entretiens personnels. Thérèse comprend intuitivement que l’accueil matériel doit s’accompagner d’un suivi spirituel profond. C’est cette intuition fondatrice qui donne au Cénacle son identité propre : une congrégation vouée aux retraites spirituelles, dans l’esprit du Cénacle de Jérusalem où les apôtres et la Vierge Marie attendirent la venue de l’Esprit Saint.

La mort du père Terme et les premières épreuves

En 1834, le père Étienne Terme meurt prématurément. La communauté se retrouve orpheline de son fondateur. Thérèse est seule pour porter l’œuvre, avec l’aide de quelques compagnes dévouées. C’est une épreuve considérable, car le père Terme n’a pas eu le temps de donner à la congrégation une assise juridique et spirituelle stable. Les jésuites prennent le relais de la direction spirituelle de l’œuvre, en raison du lien naturel avec le pèlerinage de saint Jean-François Régis, lui-même jésuite. Cette transition va s’avérer lourde de conséquences pour Thérèse. Les pères jésuites, tout en appréciant l’œuvre, cherchent à la réorienter et à lui imposer une direction plus conforme à leurs vues. Des tensions naissent entre la vision de Thérèse et les projets des ecclésiastiques qui encadrent la communauté. Malgré ces difficultés, Thérèse maintient le cap. Sa confiance tenace en la Providence divine lui permet de continuer à développer l’œuvre.

L’épreuve de la dépossession et la nuit spirituelle

Écartée de sa propre œuvre

Le chapitre le plus douloureux de la vie de Thérèse Couderc commence dans les années 1830-1840, lorsqu’elle est progressivement écartée de la direction de sa propre congrégation. Sous l’influence de divers ecclésiastiques et de bienfaiteurs fortunés, la communauté subit des remaniements profonds. En 1838, une veuve fortunée, Mme de Lavilleurnoy, entre dans la congrégation. Grâce à son apport financier et à ses relations sociales, elle acquiert rapidement une influence considérable. Les autorités ecclésiastiques finissent par lui confier la direction de l’Institut et relèguent Thérèse au rang de simple religieuse. Cette dépossession est d’autant plus cruelle qu’elle s’accompagne d’incompréhensions, de calomnies et d’humiliations quotidiennes. Thérèse est traitée comme une subalterne dans la maison qu’elle a fondée et construite de ses mains. On lui retire toute responsabilité, on ignore ses conseils, on minimise son rôle de fondatrice.

Le silence héroïque de la dépossédée

Face à cette injustice flagrante, Thérèse Couderc adopte une attitude qui défie l’entendement humain : elle se tait. Pendant près de quarante ans, elle accepte sa situation avec une soumission qui n’a rien de passive ; elle procède d’un abandon total à la volonté de Dieu. Jamais elle ne se plaint. Jamais elle ne revendique. Jamais elle ne cherche à faire valoir ses droits. Elle vit dans l’obéissance la plus humble et accomplit les tâches qu’on lui confie (souvent les plus modestes) avec une fidélité et une douceur qui émeuvent ceux qui la côtoient. C’est durant cette longue nuit de dépossession qu’elle approfondit sa vie mystique et reçoit certaines de ses grâces les plus profondes, notamment l’illumination sur le « se livrer » à Dieu. En 1864, elle rédige un texte mystique d’une beauté saisissante sur l’esprit de « se livrer ». Elle y décrit la grâce de l’abandon total de soi entre les mains de Dieu : « Se livrer à Dieu, c’est mourir à tout et à soi-même, ne plus se regarder que comme une chose totalement consommée en Dieu et pour sa gloire. » Ce texte, l’un des trésors de la littérature spirituelle française, résume toute sa doctrine de la dépossession. Thérèse comprend que Dieu l’a dépouillée de tout (autorité, reconnaissance, gratitude) pour lui apprendre le pur abandon, la gratuité absolue de l’amour, le renoncement à toute possession, même spirituelle.

La mort et la canonisation de sainte Thérèse Couderc

Les dernières années à Lyon

Les dernières années de Thérèse Couderc se passent dans la maison du Cénacle de Fourvière, à Lyon, où elle est transférée en 1855. Elle y mène une existence effacée. Elle prie longuement dans la chapelle, rend de menus services et édifie la communauté par sa douceur et sa paix intérieure. Certaines jeunes religieuses ignorent même qu’elles vivent avec la fondatrice de leur congrégation. Thérèse s’éteint le 26 septembre 1885, à l’âge de quatre-vingts ans, dans une obscurité quasi totale. Sa mort passe presque inaperçue au-delà de la communauté. Ce n’est que progressivement que la postérité redécouvre la grandeur de cette femme effacée. Le procès de béatification, ouvert en 1911, aboutit à la béatification en 1951 par le pape Pie XII. Le pape Paul VI prononce la canonisation le 10 mai 1970 et salue en elle un modèle admirable de dépossession et d’abandon à Dieu. Son corps repose à La Louvesc, dans la chapelle du Cénacle, non loin du tombeau de saint Jean-François Régis, là où tout avait commencé.

L’héritage spirituel de sainte Thérèse Couderc

La spiritualité du « se livrer »

L’héritage spirituel de sainte Thérèse Couderc se concentre autour de sa doctrine du « se livrer ». Cette disposition intérieure consiste à se remettre entièrement entre les mains de Dieu, sans réserve et sans retour. Il ne s’agit pas d’une résignation passive, mais d’un acte d’amour positif, une participation consciente au mystère pascal du Christ, qui s’est livré pour le salut du monde. Thérèse enseigne que le « se livrer » concerne tous les aspects de l’existence : se livrer dans la prière, se livrer dans le travail quotidien, se livrer dans les relations humaines, se livrer surtout dans l’épreuve et l’incompréhension. La Congrégation des Religieuses de Notre-Dame du Cénacle, présente aujourd’hui dans de nombreux pays, continue de proposer des retraites spirituelles selon l’esprit de sa fondatrice. Des milliers de laïcs fréquentent chaque année les maisons du Cénacle pour y vivre des temps de silence, de prière et de discernement. Le charisme de Thérèse Couderc (l’accueil, l’accompagnement spirituel et la contemplation) répond à une soif profonde chez nos contemporains, en quête de sens et de profondeur intérieure dans un monde bruyant et dispersé.

Prier avec sainte Thérèse Couderc

Prière à sainte Thérèse Couderc

Seigneur Jésus, Toi qui as donné à sainte Thérèse Couderc la grâce de se livrer totalement à Ton amour dans le silence et la dépossession, accorde-nous, par son intercession, de nous abandonner avec confiance entre Tes mains. Sainte Thérèse Couderc, toi qui as accepté d’être dépouillée de tout (autorité, reconnaissance, gratitude humaine) pour ne garder que l’essentiel, l’amour de Dieu, apprends-nous le secret du vrai détachement. Obtiens-nous la grâce de ne rien retenir pour nous-mêmes et de nous offrir sans réserve à la volonté du Père. Que notre vie, à ton exemple, devienne une offrande totale, un acte de « se livrer » continu, dans la joie comme dans l’épreuve. Aide-nous à trouver la paix dans l’effacement et la grandeur dans l’humilité. Par le Christ notre Seigneur. Amen.

Neuvaine à sainte Thérèse Couderc

La neuvaine à sainte Thérèse Couderc se prie pendant neuf jours consécutifs, de préférence du 17 au 25 septembre, veille de sa fête liturgique. Chaque jour, récitez la prière ci-dessus, suivie d’un Notre Père, d’un Je vous salue Marie et d’un Gloire au Père. Méditez chaque jour sur un aspect du « se livrer » : se livrer dans la prière, se livrer dans les tâches quotidiennes, se livrer dans les relations difficiles, se livrer dans la maladie et la souffrance, se livrer face à l’injustice, se livrer dans le silence et la solitude, se livrer dans la confiance en la Providence, se livrer dans le pardon, et se livrer dans l’espérance de la vie éternelle. Cette neuvaine est particulièrement recommandée aux personnes qui traversent des épreuves d’incompréhension, de solitude ou de dépossession, ainsi qu’à celles qui cherchent à approfondir leur abandon à la volonté de Dieu.

Questions fréquentes

Qui était sainte Thérèse Couderc et quelle est son œuvre ?

Sainte Thérèse Couderc, née Marie-Victoire Couderc en 1805 en Ardèche, a fondé la Congrégation des Religieuses de Notre-Dame du Cénacle. Elle a créé à La Louvesc une œuvre d’accueil des pèlerines qui s’est transformée en congrégation vouée aux retraites spirituelles. Écartée de la direction de sa propre fondation pendant près de quarante ans, elle a vécu dans un effacement héroïque qui constitue le cœur de sa spiritualité. Le pape Paul VI l’a canonisée en 1970. Elle est un modèle de dépossession et d’abandon à Dieu.

Qu’est-ce que la spiritualité du « se livrer » de Thérèse Couderc ?

Le « se livrer » est au cœur de la spiritualité de sainte Thérèse Couderc. Il désigne l’acte de se remettre totalement entre les mains de Dieu, sans conditions et sans retour. Thérèse l’a exprimé dans un texte mystique écrit en 1864 : « Se livrer à Dieu, c’est mourir à tout et à soi-même, ne plus se regarder que comme une chose totalement consommée en Dieu et pour sa gloire. » Il ne s’agit pas d’une résignation passive mais d’un acte d’amour libre et conscient, une participation au mystère du Christ qui s’est livré sur la croix.

Que sont les Sœurs du Cénacle aujourd’hui ?

Les Religieuses de Notre-Dame du Cénacle forment une congrégation internationale présente sur les cinq continents. Fidèles au charisme de leur fondatrice, elles se consacrent principalement à l’animation de retraites spirituelles, à l’accompagnement personnel et à la formation chrétienne. Leurs maisons de retraites accueillent chaque année des milliers de personnes (laïcs, religieux, prêtres) qui viennent y vivre des temps de silence, de prière et de discernement selon la tradition ignatienne, enrichie par la spiritualité propre du Cénacle héritée de Thérèse Couderc.