Qui était sainte Thérèse d’Avila ?
Teresa de Cepeda y Ahumada est née le 28 mars 1515 à Ávila, en Espagne. Elle est morte le 4 octobre 1582 à Alba de Tormes. Entre ces deux dates, elle a fondé dix-sept monastères, réformé l’Ordre du Carmel, écrit trois œuvres majeures (Le Château intérieur, Le Chemin de la perfection, Le Livre de la vie) et atteint les sommets de la vie mystique.
En 1970, Paul VI l’a proclamée docteur de l’Église. Première femme à recevoir ce titre dans l’histoire du catholicisme.
Thérèse était une femme d’action autant que de contemplation. Elle a parcouru l’Espagne pour fonder ses carmels malgré les maladies, les oppositions et les difficultés matérielles. Et son enseignement sur la prière reste, cinq siècles plus tard, d’une clarté et d’une pertinence que peu d’auteurs spirituels ont égalées. « Dieu se trouve aussi parmi les casseroles », disait-elle. Tout Thérèse est dans cette phrase. Patronne de l’Espagne et des écrivains, elle reste un modèle pour quiconque cherche à vivre une foi à la fois profonde et concrète.
Contexte historique : l’Espagne du Siècle d’Or et la Réforme catholique
Un empire au sommet de sa puissance et une Église en renouveau
Thérèse naît un an avant l’accession de Charles Quint au trône d’Espagne. Elle vit dans un pays qui domine le monde : les conquistadors explorent et conquièrent les Amériques, les galions chargés d’or traversent l’Atlantique, la puissance militaire espagnole impose sa loi en Europe. L’Espagne du XVIe siècle est le fer de lance de la lutte contre la Réforme protestante de Luther.
Mais cette puissance extérieure s’accompagne d’une profonde aspiration au renouveau intérieur. Le concile de Trente (1545-1563), réponse de l’Église au défi protestant, appelle à une réforme en profondeur de la vie religieuse. En Espagne, ce mouvement est particulièrement vigoureux : la Compagnie de Jésus d’Ignace de Loyola est fondée en 1540, et une floraison mystique se produit dans la péninsule.
C’est aussi l’époque de l’Inquisition espagnole, qui surveille avec suspicion toute spiritualité jugée déviante. Les « alumbrados » (illuminés), mystiques hétérodoxes, sont persécutés. La frontière entre mystique authentique et illuminisme est souvent très mince aux yeux des inquisiteurs. Thérèse elle-même sera inquiétée à plusieurs reprises. Ses écrits et ses expériences mystiques seront examinés. C’est dans ce climat de ferveur intense mêlée de surveillance que Thérèse mène son œuvre de réforme. Elle navigue avec une intelligence et une prudence remarquables entre les écueils de l’époque.
Vie et enfance de sainte Thérèse d’Avila
Une jeunesse ardente dans la noblesse castillane
Teresa naît le 28 mars 1515 à Ávila, ville fortifiée de Castille. Son père, Alonso Sánchez de Cepeda, est un gentilhomme d’origine conversa (descendant de juifs convertis au christianisme). Sa mère, Beatriz de Ahumada, appartient à la petite noblesse castillane. La famille est nombreuse : neuf frères et deux sœurs. L’éducation qu’elle reçoit est celle de la noblesse espagnole, marquée par la piété catholique, la lecture des romans de chevalerie et les préoccupations de l’honneur.
Dès l’enfance, Thérèse montre un tempérament passionné. À sept ans, elle s’enfuit de la maison familiale avec son frère Rodrigo pour aller « chercher le martyre chez les Maures ». Ils sont persuadés que c’est le moyen le plus rapide d’accéder au paradis. Un oncle les rattrape aux portes de la ville. L’entreprise est naïve, bien sûr. Mais elle révèle une âme ardente, éprise d’absolu. La mort de sa mère, alors que Thérèse a treize ans, la bouleverse profondément. Elle se tourne vers la Vierge Marie et la choisit comme mère spirituelle.
L’adolescence et les tentations du monde
L’adolescence de Thérèse est tiraillée entre l’attrait du monde et l’appel de Dieu. Belle, vive, intelligente, charmeuse, elle se laisse séduire par les plaisirs de la société (lectures de romans chevaleresques, conversations galantes, coquetterie) au point d’inquiéter son père. Il l’envoie au couvent des augustines de Notre-Dame-de-Grâce à Ávila pour l’éloigner des mauvaises influences. C’est paradoxalement dans ce pensionnat que la vocation religieuse commence à germer, non sans résistances intérieures considérables.
La décision d’entrer au Carmel, qu’elle prend à vingt ans contre la volonté de son père, naît d’un combat intérieur intense. Thérèse avoue qu’elle ne sentait aucune inclination naturelle pour la vie religieuse. Elle choisit le couvent comme le meilleur moyen d’assurer son salut éternel. Le 2 novembre 1535, elle entre au monastère de l’Incarnation d’Ávila, l’un des plus grands couvents carmélites d’Espagne, où vivent près de deux cents religieuses. Ce choix, fait davantage par raison que par élan, sera pourtant le commencement d’une aventure sans précédent.
La conversion intérieure : la seconde vocation de Thérèse
Vingt années de tiédeur et l’expérience décisive
Les premières années de Thérèse au Carmel sont marquées par la médiocrité spirituelle. Le monastère de l’Incarnation, malgré son nom, vit selon une règle mitigée : les religieuses reçoivent des visites au parloir, possèdent des biens personnels, mènent une vie confortable. Tout cela est bien éloigné de l’idéal de pauvreté et de prière du Carmel primitif. Thérèse elle-même reconnaît avoir passé près de vingt ans dans un état de tiédeur, tiraillée entre ses aspirations profondes et les facilités d’une vie religieuse relâchée.
Vers 1554, à trente-neuf ans, survient la conversion décisive. Devant une statue du Christ flagellé, Thérèse est saisie d’une émotion si intense qu’elle tombe à genoux en larmes. Elle supplie Dieu de la fortifier une fois pour toutes. Tout change à partir de ce moment. Elle commence à recevoir des grâces mystiques extraordinaires : visions intellectuelles, paroles intérieures, ravissements, transverbération du cœur. Ces expériences la conduisent progressivement vers les sommets de l’union mystique. C’est aussi à cette époque qu’elle découvre les Confessions de saint Augustin. Elle s’y reconnaît. Le livre la confirme dans sa résolution de se donner entièrement à Dieu.
La réforme du Carmel et les fondations : l’œuvre d’une vie
Le premier carmel réformé : San José d’Ávila
La transformation intérieure de Thérèse engendre bientôt un projet audacieux : réformer l’Ordre du Carmel en revenant à la rigueur de la règle primitive. Le 24 août 1562, après des années de préparation et malgré une opposition farouche (de la ville d’Ávila, des autorités ecclésiastiques et même de ses propres consœurs), Thérèse fonde San José d’Ávila. C’est un petit couvent, pauvre et austère. Treize religieuses. Clôture stricte, pauvreté absolue, silence, prière continue, selon l’esprit originel du Carmel.
Les cinq premières années à San José sont un temps de bonheur intense pour Thérèse. Elle y rédige Le Chemin de la perfection, guide pratique de la vie spirituelle destiné à ses filles carmélites. Elle y enseigne l’oraison mentale avec une simplicité qui n’a jamais été égalée. Elle commente notamment le Notre Père, transformant chaque demande de la prière en un degré d’approfondissement de la vie intérieure.
Le grand voyage : dix-sept fondations à travers l’Espagne
À partir de 1567, Thérèse reçoit l’autorisation de fonder d’autres monastères. Commence alors une période de quinze années extraordinaires. Cette femme de santé fragile, souvent malade, parcourt l’Espagne en chariot, par des routes difficiles, sous la chaleur accablante ou dans le froid glacial, pour fonder dix-sept carmels. Medina del Campo, Malagón, Valladolid, Tolède, Pastrana, Salamanque, Alba de Tormes, Ségovie, Beas, Séville, Caravaca, Villanueva de la Jara, Palencia, Soria, Grenade, Burgos : la liste dessine un itinéraire impressionnant à travers la péninsule.
Chaque fondation est une aventure en soi. Thérèse négocie avec les évêques, les municipalités, les bienfaiteurs, les architectes. Elle gère les finances, sélectionne les religieuses, organise la vie conventuelle, tout en maintenant une vie de prière intense. Sa correspondance (plus de quatre cents lettres conservées) révèle une femme d’affaires redoutable, dotée d’un sens pratique aigu, d’un humour savoureux et d’une connaissance profonde de la nature humaine.
C’est en 1568, lors de la fondation de Duruelo, qu’elle rencontre un jeune carme qui deviendra son plus proche collaborateur : Jean de la Croix. Ils partageront une amitié spirituelle d’une profondeur rare.
C’est aussi pendant cette période que Thérèse rédige son chef-d’œuvre : Le Château intérieur (1577). Elle y décrit l’itinéraire de l’âme vers Dieu à travers sept demeures concentriques, depuis la porte du château (la prière) jusqu’à la septième demeure (l’union transformante avec la Trinité). L’architecture théologique et poétique de ce texte en fait l’un des sommets de la littérature mystique universelle.
Mort et canonisation de sainte Thérèse d’Avila
Les dernières fondations et le repos éternel
Les dernières années de Thérèse sont marquées par l’épuisement physique. En 1582, malgré une santé très dégradée, elle entreprend encore la fondation de Burgos, l’une des plus difficiles. Sur le chemin du retour, elle s’arrête à Alba de Tormes, trop épuisée pour continuer. C’est là qu’elle meurt le 4 octobre 1582, ou plus précisément le 15 octobre, en raison du passage au calendrier grégorien cette nuit-là. Ses dernières paroles : « Mon Seigneur, il est temps de nous voir. » Elle a soixante-sept ans.
Son corps est retrouvé intact lors de l’exhumation, quelques mois après sa mort. Ce phénomène sera confirmé à plusieurs reprises au cours des siècles suivants. Thérèse est béatifiée en 1614 par Paul V, canonisée en 1622 par Grégoire XV (en même temps qu’Ignace de Loyola, François Xavier, Philippe Néri et Isidore le Laboureur). En 1970, Paul VI la proclame docteur de l’Église. Première femme à recevoir cet honneur, qui sera ensuite accordé à Catherine de Sienne (1970) et à Thérèse de Lisieux (1997).
L’héritage spirituel de sainte Thérèse d’Avila
Une maîtresse de vie intérieure pour tous les temps
Sur le plan institutionnel, la réforme du Carmel initiée par Thérèse a donné naissance à une branche florissante de l’Ordre : les carmélites et les carmes déchaussés, présents aujourd’hui sur tous les continents, poursuivent l’idéal de prière contemplative et de pauvreté radicale qu’elle a restauré.
Ses œuvres figurent parmi les classiques de la littérature espagnole et de la spiritualité universelle. Le Château intérieur est étudié par les théologiens, les directeurs spirituels, mais aussi par des philosophes, des psychologues et des spécialistes de la conscience. Comment a-t-elle réussi à rendre accessibles les réalités les plus élevées de la vie mystique ? Par des images concrètes, un langage familier, un humour qui désarme. « Dieu se trouve aussi parmi les casseroles » : voilà sa conviction. La sainteté n’est pas réservée aux cloîtres. Elle s’enracine dans le quotidien le plus ordinaire.
Prier avec sainte Thérèse d’Avila
Prière à sainte Thérèse d’Avila
Ô sainte Thérèse de Jésus, toi qui as parcouru le chemin de la perfection jusqu’aux demeures les plus intimes du Château intérieur, guide-nous sur cette voie de l’oraison et de l’union avec Dieu. Toi qui as su allier la contemplation la plus profonde à l’action la plus courageuse, obtiens-nous la grâce de vivre pleinement notre vocation chrétienne, enracinée dans la prière et féconde dans le service. Toi qui as réformé le Carmel et fondé dix-sept monastères au prix de sacrifices immenses, donne-nous ton audace et ta détermination pour accomplir la volonté de Dieu dans nos vies. Apprends-nous, comme tu l’as enseigné à tes filles, que « Dieu seul suffit » et que la vraie joie se trouve dans l’abandon total entre ses mains. Amen.
Neuvaine à sainte Thérèse d’Avila
La neuvaine à sainte Thérèse d’Avila se prie pendant neuf jours consécutifs, de préférence du 6 au 14 octobre, veille de sa fête liturgique. Chaque jour, commencez par réciter la prière ci-dessus, puis méditez sur l’un des neuf thèmes suivants tirés de son enseignement : premier jour, la connaissance de soi comme porte d’entrée de la vie spirituelle ; deuxième jour, la détermination déterminée dans la prière ; troisième jour, l’humilité comme fondement de l’oraison ; quatrième jour, le détachement et la pauvreté de cœur ; cinquième jour, l’amour fraternel au sein de la communauté ; sixième jour, la persévérance dans les épreuves et les sécheresses ; septième jour, les différents degrés de l’oraison ; huitième jour, l’abandon total à la volonté de Dieu ; neuvième jour, l’union transformante et la joie de la sainteté. Terminez chaque jour par un Notre Père, un Je vous salue Marie et un Gloire au Père, en confiant votre intention à l’intercession de sainte Thérèse.
Questions fréquentes
Pourquoi sainte Thérèse d’Avila est-elle docteur de l’Église ?
Paul VI l’a proclamée docteur de l’Église en 1970 en raison de la qualité et de l’orthodoxie de son enseignement. Ses œuvres (Le Château intérieur, Le Chemin de la perfection, Le Livre de la vie) constituent une somme inégalée de théologie mystique. Elles décrivent avec une précision remarquable les étapes de la vie intérieure, depuis les débuts de la prière jusqu’aux sommets de l’union transformante avec Dieu. Elle a été la première femme à recevoir ce titre dans l’histoire de l’Église, et son enseignement reste pleinement pertinent et normatif pour tous les chrétiens.
Qu’est-ce que le Château intérieur de sainte Thérèse ?
Le Château intérieur, rédigé en 1577, est le chef-d’œuvre de Thérèse d’Avila. Elle y compare l’âme à un château de cristal composé de sept demeures concentriques. Au centre réside Dieu lui-même. L’itinéraire spirituel consiste à progresser de demeure en demeure : les premières sont marquées par la lutte contre le péché et l’apprentissage de la prière ; la septième est celle de l’union transformante avec la Sainte Trinité. Chaque demeure correspond à un degré de profondeur dans la vie de prière et dans la relation avec Dieu. Ce texte reste un guide indispensable pour quiconque désire approfondir sa vie intérieure.
Quel est le lien entre sainte Thérèse d’Avila et saint Jean de la Croix ?
Thérèse d’Avila et saint Jean de la Croix sont les deux piliers de la réforme du Carmel au XVIe siècle. Thérèse, de vingt-sept ans plus âgée, rencontre Jean en 1568 et reconnaît immédiatement en lui l’homme qu’il faut pour étendre la réforme à la branche masculine de l’Ordre. Elle le convainc de renoncer à son projet de rejoindre les Chartreux pour fonder le premier couvent de carmes déchaussés à Duruelo. Jean sera son confesseur au couvent de l’Incarnation. Leur collaboration est d’une fécondité exceptionnelle, tant sur le plan institutionnel que spirituel. Ils partagent une amitié profonde, fondée sur une même passion pour l’oraison et la réforme.
