Sainte Thérèse de Lisieux : vie et petite voie

Fête
1er octobre
Vie
1873 - 1897
Patron(ne) de
missions, France, fleuristes, malades du sida, aviateurs
saints français Lisieux carmélite docteur de l'Église XIXe siècle
Portrait de Sainte Thérèse de Lisieux tenant des roses
PIERRE ANDRE LECLERCQ• CC BY-SA 4.0

Qui était Sainte Thérèse de Lisieux ?

Vingt-quatre ans. C’est tout ce qu’elle a eu. Entrée au carmel à quinze ans, morte de tuberculose à vingt-quatre. Et pourtant, Thérèse Martin a bouleversé la spiritualité chrétienne. Sa « petite voie » de confiance et d’amour a rendu la sainteté accessible à des millions de personnes qui n’avaient ni la force ni le tempérament des grands ascètes.

Le pape Jean-Paul II l’a proclamée docteur de l’Église en 1997. Troisième femme à recevoir ce titre, après Catherine de Sienne et Thérèse d’Avila. Son autobiographie, « Histoire d’une âme », a été traduite dans plus de 60 langues. Comment une jeune carmélite de Normandie qui n’a jamais quitté son cloître est-elle devenue l’une des saintes les plus aimées du monde ? Voici son histoire.

La France de la fin du XIXe siècle

Un siècle de turbulences religieuses

Thérèse naît en 1873, deux ans après la défaite contre la Prusse et la Commune de Paris. La Troisième République est anticléricale. Les tensions entre l’Église et l’État ne cessent de monter. Elles aboutiront à la séparation de 1905.

Pourtant, c’est dans ce climat hostile qu’un renouveau spirituel prend forme. La dévotion au Sacré-Cœur se répand. Les apparitions de Lourdes (1858) et de Pontmain (1871) marquent les esprits. De nouvelles congrégations naissent. La vie religieuse française connaît un essor paradoxal, comme si la persécution nourrissait la ferveur.

Alençon et Lisieux : deux villes normandes

Thérèse naît à Alençon, ville de la dentelle. Famille profondément catholique. Après la mort de sa mère en 1877, la famille s’installe à Lisieux. Thérèse y passera tout le reste de sa courte vie.

Le Carmel de Lisieux, fondé en 1838, deviendra le cadre de sa vocation. Vie contemplative, cloîtrée, faite de prière et de travail. Les quatre sœurs Martin qui choisiront la vie religieuse y entreront successivement.

Vie et enfance de Thérèse Martin

Une famille exemplaire : les époux Martin

Louis Martin (1823-1894) et Zélie Guérin (1831-1877). Le pape François les a canonisés ensemble en 2015. C’est la première fois dans l’histoire de l’Église qu’un couple marié est canonisé en tant que couple. Tous deux avaient d’abord envisagé la vie religieuse avant de se marier.

Louis est horloger-bijoutier. Zélie dirige une entreprise de dentelle prospère. Neuf enfants, dont quatre meurent en bas âge. Les cinq survivantes (Marie, Pauline, Léonie, Céline et Thérèse) entreront toutes en religion.

La famille vit une foi ardente : messe quotidienne, prière en famille, lecture spirituelle, charité envers les pauvres. Thérèse grandit dans un climat d’amour et de piété qui marquera profondément sa spiritualité.

L’enfance de « la petite reine »

Marie-Françoise-Thérèse Martin naît le 2 janvier 1873, dernière des neuf enfants. Si fragile qu’on craint pour sa vie. Confiée à une nourrice à la campagne, elle revient chez ses parents à un an, vigoureuse et joyeuse.

Enfant vive, intelligente. Capricieuse aussi, et colérique. Son père l’appelle « ma petite reine ». Très tôt, une sensibilité spirituelle étonnante et une volonté de fer sous des dehors fragiles.

Le drame de la mort de Zélie

Le 28 août 1877, Zélie Martin meurt d’un cancer du sein. Thérèse a quatre ans. La perte la marque profondément. Elle choisit sa sœur Pauline comme « seconde maman » et s’y attache de manière fusionnelle.

Quand Pauline entre au Carmel en 1882, Thérèse, neuf ans, vit l’événement comme un second abandon. Elle tombe gravement malade. Tremblements, hallucinations, crises inexplicables. Les médecins ne comprennent pas.

Le 13 mai 1883, guérison soudaine. Thérèse contemple la statue de la Vierge Marie dans sa chambre et voit la Vierge lui sourire. La maladie disparaît d’un coup. Elle appellera cela le « sourire de la Vierge ».

La grâce de Noël 1886

Malgré la guérison, Thérèse reste hypersensible et pleurnicharde. Elle le reconnaît elle-même : « insupportable ». La nuit de Noël 1886, à treize ans, tout bascule.

Retour de la messe de minuit. Son père, fatigué, se plaint de devoir encore « remplir les souliers » de Thérèse. D’habitude, elle aurait pleuré. Cette fois, elle retient ses larmes, descend joyeusement, ouvre ses cadeaux avec entrain.

« En cette nuit de lumière, écrit-elle, commença la troisième période de ma vie, la plus belle de toutes, la plus remplie des grâces du Ciel. » Elle appelle cela sa « conversion complète ». L’enfance est finie.

L’entrée au Carmel

Une vocation précoce et ardente

Dès neuf ans, Thérèse sait qu’elle veut entrer au Carmel. À quatorze ans, elle fait sa demande. Le supérieur ecclésiastique refuse : trop jeune.

Thérèse ne lâche pas. Lors d’un pèlerinage à Rome avec son père en novembre 1887, elle fait ce que personne n’ose faire : elle s’adresse directement au pape Léon XIII pour lui demander la permission d’entrer au Carmel à quinze ans. Le pape, surpris, répond : « Vous entrerez si le bon Dieu le veut. » Il faut du culot pour interpeller le pape à quatorze ans.

L’entrée au monastère (9 avril 1888)

Les autorisations finissent par arriver. Le 9 avril 1888, Thérèse franchit la clôture du Carmel de Lisieux. Quinze ans et trois mois. Elle retrouve ses sœurs Pauline (Mère Agnès de Jésus) et Marie (Sœur Marie du Sacré-Cœur).

« Je sentis que le Carmel était le désert où le bon Dieu voulait que j’aille me cacher. » Elle prend le nom de Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus, auquel elle ajoutera « et de la Sainte-Face ».

La vie au Carmel est rude. Lever à 4h45. Offices, travail manuel, silence, jeûne. Le froid en hiver. Thérèse s’y adapte avec joie, mais souffre aussi des petites épreuves quotidiennes. Certaines sœurs ne la comprennent pas.

La petite voie, une révolution spirituelle

Une sainteté pour tous

La grande idée de Thérèse est simple. Face aux géants de la sainteté, elle se sait petite et incapable. Les grandes mortifications des anciens ? Elle n’en a pas la force.

« Je suis trop petite pour gravir le rude escalier de la perfection. » Alors elle cherche autre chose. Et elle trouve : se laisser porter par Dieu comme un enfant dans les bras de ses parents.

« L’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n’ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus. »

Les fondements de la petite voie

La confiance absolue en Dieu d’abord. Thérèse refuse de craindre Dieu. Pour elle, Dieu est avant tout un Père miséricordieux. « Ce qui lui plaît, c’est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c’est l’espérance aveugle que j’ai en sa miséricorde. »

L’abandon à l’amour de Dieu ensuite. On ne mérite pas le Ciel par ses efforts. On s’offre à l’Amour. « Oui, pour que l’Amour soit pleinement satisfait, il faut qu’il s’abaisse jusqu’au néant et qu’il transforme en feu ce néant. »

La sanctification du quotidien aussi. Pas besoin de grandes actions. Un sourire donné malgré la fatigue, un sacrifice caché, un service rendu sans rien attendre en retour. Tout peut devenir offrande.

Et l’amour comme vocation unique : « Ma vocation, c’est l’Amour ! Dans le cœur de l’Église, ma Mère, je serai l’Amour. »

Une influence qui dépasse les frontières

La petite voie a rendu la sainteté accessible. Plus besoin d’être un héros ou un ascète. La sainteté est offerte à quiconque s’abandonne avec confiance à l’amour de Dieu. Cela a changé la vie de millions de croyants.

Pie X disait de Thérèse qu’elle était « la plus grande sainte des temps modernes ». Le mot n’est pas excessif.

Histoire d’une âme, l’autobiographie

La genèse de l’œuvre

Thérèse n’a jamais voulu écrire un livre. Mère Agnès (sa sœur Pauline), devenue prieure, lui ordonne de rédiger ses souvenirs d’enfance. Thérèse obéit : c’est le « Manuscrit A », écrit en 1895.

Suivent le « Manuscrit B » (1896), lettre brûlante sur sa vocation, et le « Manuscrit C », rédigé dans les derniers mois de sa vie alors qu’elle agonise de tuberculose. Elle écrit au crayon parce qu’elle n’a plus la force de tenir une plume.

Après sa mort, ses sœurs rassemblent les textes, les éditent (parfois maladroitement, en lissant le style) et les publient en 1898 sous le titre « Histoire d’une âme ». Le succès est immédiat.

Un succès éditorial sans précédent

Le livre se répand dans le monde entier. Des milliers de lettres arrivent au Carmel de Lisieux. Conversions, grâces, guérisons attribuées à l’intercession de Thérèse. Le petit monastère normand devient un centre de pèlerinage mondial.

Aujourd’hui, « Histoire d’une âme » reste l’un des ouvrages spirituels les plus lus. Traduit dans plus de 60 langues, il continue d’atteindre des lecteurs de toutes cultures et de toutes conditions.

La maladie et la mort

L’épreuve de la tuberculose

Le 3 avril 1896, nuit du Jeudi Saint. Thérèse crache du sang pour la première fois. Tuberculose. Elle sait qu’elle va mourir jeune. « C’est comme un doux murmure qui m’annonce l’arrivée de l’Époux », écrit-elle d’abord avec joie.

Mais une autre épreuve l’attend. Pire que la maladie. L’épreuve de la foi. Thérèse est plongée dans une nuit spirituelle profonde. Elle ne « sent » plus la foi. Le Ciel lui semble une chimère. Des pensées de doute et de désespoir l’assaillent.

Elle traverse cette nuit jusqu’à sa mort. Elle s’y offre pour les pécheurs et les incroyants. « Je mange à la table des pécheurs », dit-elle. Cette solidarité avec ceux qui ne croient pas donne à son expérience une portée universelle. Thérèse, dans ses derniers mois, est plus proche de l’athée qui doute que du mystique exalté.

Les derniers mois et la mort

La maladie progresse. Thérèse souffre terriblement. Elle refuse la morphine pour rester lucide. Ses sœurs recueillent ses dernières paroles dans « Les derniers entretiens ».

Le 30 septembre 1897, vers 19h20. Thérèse meurt après une longue agonie. Ses dernières paroles : « Mon Dieu, je vous aime ! » Elle a vingt-quatre ans.

Les sœurs témoignent que son visage, après la mort, reprend une beauté et une jeunesse extraordinaires.

L’héritage spirituel de Thérèse

La pluie de roses

« Je passerai mon Ciel à faire du bien sur la terre. Je ferai tomber une pluie de roses. » C’est la promesse de Thérèse. Et elle s’est accomplie.

Des milliers de récits de grâces, de conversions et de guérisons sont attribués à son intercession. Le signe de la rose est devenu caractéristique : beaucoup de personnes rapportent avoir reçu une rose (réelle ou en image) comme réponse de Thérèse à leur prière. Coïncidence ? Ceux qui l’ont vécu n’y croient pas.

Béatification et canonisation

Le procès de béatification commence en 1910, treize ans seulement après sa mort. Béatification par Pie XI en 1923. Canonisation le 17 mai 1925, devant 500 000 personnes à Rome.

En 1927, elle est proclamée patronne des missions, à égalité avec saint François-Xavier. Paradoxe : elle n’a jamais quitté son cloître. En 1944, co-patronne de la France avec Jeanne d’Arc. En 1997, docteur de l’Église.

Lisieux aujourd’hui

La basilique de Lisieux, construite entre 1929 et 1954, est le deuxième lieu de pèlerinage de France après Lourdes. Le Carmel où Thérèse a vécu et où elle est morte, la maison familiale des Buissonnets, la cathédrale Saint-Pierre où elle fut baptisée : des centaines de milliers de visiteurs chaque année. Si vous y allez, visitez aussi le Carmel. L’atmosphère y est plus intime que dans la basilique.

Prier avec Sainte Thérèse

Prière de Sainte Thérèse (Acte d’offrande)

Ô mon Dieu ! Trinité Bienheureuse, je désire vous Aimer et vous faire Aimer, travailler à la glorification de la Sainte Église en sauvant les âmes qui sont sur la terre et en délivrant celles qui souffrent dans le purgatoire.

Je désire accomplir parfaitement votre volonté et arriver au degré de gloire que vous m’avez préparé dans votre royaume. En un mot, je désire être Sainte, mais je sens mon impuissance et je vous demande, ô mon Dieu, d’être vous-même ma Sainteté.

La prière de confiance

Mon Dieu, je crois en votre amour pour moi. Je sais que vous m’aimez d’un amour infini. Je m’abandonne entre vos mains avec une confiance totale. Comme Thérèse, je veux être un petit enfant dans vos bras de Père. Transformez ma faiblesse en force par votre grâce. Amen.

Questions fréquentes

Pourquoi Thérèse est-elle appelée « la petite Thérèse » ?

Pour la distinguer de Sainte Thérèse d’Avila, la grande réformatrice du Carmel au XVIe siècle. Le surnom reflète aussi toute sa spiritualité : Thérèse a revendiqué sa faiblesse et son insignifiance aux yeux du monde. Elle en a fait le fondement de sa confiance en Dieu. La « petitesse » n’est pas un défaut chez elle. C’est une méthode.

Qu’est-ce que la « petite voie » de Thérèse ?

Une spiritualité de confiance et d’abandon à l’amour miséricordieux de Dieu. La sainteté accessible à tous, fondée non sur les grandes pénitences mais sur les petits actes d’amour quotidiens. Se reconnaître petit et faible, et laisser Dieu nous porter. C’est la voie de l’enfance spirituelle, et c’est ce qui a valu à Thérèse le titre de docteur de l’Église.

Comment se rendre en pèlerinage à Lisieux ?

Lisieux est accessible par train depuis Paris (environ 2h) ou par la route. Les lieux à visiter : la Basilique Sainte-Thérèse, le Carmel (où Thérèse a vécu et où elle est morte), les Buissonnets (maison familiale) et la cathédrale Saint-Pierre où elle fut baptisée. Le sanctuaire accueille les pèlerins toute l’année. Pour plus d’informations, consultez notre guide des pèlerinages.